Fashion Revolution Week : pour une mode plus équitable et responsable

Photo: Fashion Revolution Week

Toute cette semaine se déroule à en République tchèque, comme ailleurs dans le monde, la Fashion Revolution Week, qui entend sensibiliser le grand public à la nécessité d’une prise de conscience vis-à-vis de l’industrie de la mode et de promouvoir une mode plus éthique, plus écologique, plus responsable. Coordinatrice de la semaine en République tchèque et Slovaquie, et également de la campagne Fashion Revolution, Kamila Boudová a rappelé au micro de Radio Prague, comment cette dernière était née :

La catastrophe du Rana Plaza, photo: rijans, CC BY-SA 2.0 Generic
« La campagne Fashion Revolution a été lancée à Londres en réaction à la catastrophe du Rana Plaza, une usine de mode au Bangladesh. Elle employait énormément de gens, mais il y avait de graves problèmes de sécurité dans l’immeuble qui s’est effondré. Plus de 1000 personnes sont mortes le 24 avril 2013. A Londres, les professionnels de la mode équitable et éthique ont réagi en disant qu’ils ne voulaient plus d’une industrie de la mode comme cela et qu’il y ait une vraie révolution. C’est comme cela qu’ils ont lancé cette campagne. »

Dans le cadre de cette campagne, il y a cette semaine qui se déroule en République tchèque mais aussi ailleurs dans le monde. En quoi consiste la Fashion Revolution Week ?

Photo: Stephanie Sian Smith / Fashion Revolution Week
« En fait les activités de la campagne Fashion Revolution se déroulent toute l’année. Mais cette semaine, qui correspond à l’anniversaire de cette catastrophe du Rana Plaza, on essaye de faire encore plus d’activités et d’impliquer plus de personnes. Cela veut dire que chacun d’entre nous qui portons des vêtements peut participer à la campagne, se prendre en photo, la partager sur les réseaux sociaux et la poster avec le hashtag #whomademyclothes, et demander à la marque précise qui a fait les vêtements. L’objectif est de sensibiliser les marques en leur disant que nous ne sommes pas indifférents, que nous sommes sensibles aux conditions dans lesquelles les vêtements ont été produits, qu’on veut que les gens qui les fabriquent ne meurent pas. On essaye de faire pression pour que les marques deviennent plus transparentes. »

On comprend bien que la catastrophe du Rana Plaza a été un tournant. En tant que créatrice de mode, quand avez-vous personnellement pris conscience d’une approche éthique et écologique de la mode ?

Photo: ClaudioMontesanoCasillas / Fashion Revolution Week
« C’était avant. Au moment de la tragédie du Rana Plaza, je faisais mon MBA dans le commerce de la mode. A ce moment-là je ne créais plus de la mode, j’enseignais et j’étais plutôt dans le management et le développement de produit. Quand je travaillais à Paris, pour une grande marque, j’étais responsable du développement de produit et de la coordination de la production en Asie. C’était donc moi qui appelais les usines et disais que s’il y avait du retard, on paierait moins que prévu. C’est donc moi qui poussais à la production. Peut-être qu’à cause de mes appels, des gens sont restés tard au travail et ont travaillé très dur. Parallèlement, je faisais encore des études et j’ai lu beaucoup d’articles en français dans lesquels j’ai appris des choses sur le travail des enfants, les incendies qui peuvent survenir dans les usines. Un an avec le Rana Plaza, j’ai commencé à travailler sur des projets en direction d’une mode équitable et éthique. »

Quel est le niveau de conscience des gens en République tchèque et en Slovaquie, sur ce problème ?

Photo: Fashion Revolution Week
« Je reçois beaucoup d’e-mails de gens qui me disent que depuis qu’ils m’ont entendue à telle ou telle émission et qu’ils ont commencé à réfléchir à comment faire la révolution de la mode dans leur garde-robe. Je trouve que les réactions sont plutôt positives. C’est certes la réaction de quelques gens seulement, mais de manière générale, je vois quand même un grand intérêt des médias, du public. Même les médias plus mainstream, de lifestyle, plus mode s’y intéressent. Je trouve que la prise de conscience progresse vite, même si cela reste une petite partie de la population. »

Pour finir, pouvez-vous nous donner quelques idées de comment mieux consommer, choisir ses vêtements de manière éthique. J’imagine que ce qui peut parfois rebuter les gens dans l’idée de changer leur manière de consommer, c’est le coût, comme on imagine que consommer bio est plus cher que de faire ses courses au supermarché…

Photo: Fashion Revolution Week
« Les vêtements pas chers, qu’on achète en mode de consommation ‘j’achète, je le porte trois, quatre fois, avant de perdre sa forme, et je jette’ sont de piètre qualité. C’est d’ailleurs prévu dans le produit qui est fait pour être jeté très vite. Se comporter de manière plus responsable et avoir une garde-robe plus équitable ne doit pas forcément être plus cher, car on a besoin de moins de vêtements : on achète davantage de produits de qualité qui restent avec nous, et non pas tous les mois. On peut ainsi construire une garde-robe efficace et économique. Je le trouve même plus beau : comme les matières sont de qualité, il n’y a pas de petits défauts sur le pull, ça tient bien sa forme… Je vois beaucoup de points positifs à avoir une garde-robe efficace et responsable. »