Hommage à Pavel Tigrid, gentleman journaliste

Pavel Tigrid

Pavel Tigrid. Plus qu'un nom. Une personnalité. Grande figure de l'exil tchécoslovaque en France, décédé en août 2003, il aurait eu 90 ans le 27 octobre. L'occasion d'évoquer son souvenir.

La cérémonie en hommage de Pavel Tigrid; Vaclav Klaus, Ivana Tigrid, Vaclav Havel, photo: CTK
Dans l'histoire tourmentée de la Tchécoslovaquie de la seconde moitié du XXe siècle, les grands hommes ne sont pas légion. Mais Pavel Tigrid, né Schönfeld, fait partie de ce petit cercle restreint. A l'occasion de l'inauguration, jeudi, d'une plaque commémorative dans le quartier juif de Prague, le quotidien économique Hospodarske noviny a décidé de consacrer quatre pages d'un dossier rappelant l'importance de cette figure de l'exil tchécoslovaque. Et les qualificatifs ne manquent pas pour décrire ce journaliste : « un gentleman », « le journaliste tchèque le plus marquant », comparable à Karel Havlicek Borovsky, autre grande figure du journalisme tchèque.

Ivana Tigrid, épouse de Pavel Tigrid, photo: CTK
Fin août 2003, Pavel Tigrid est parti comme il a vécu, en homme libre qui a choisi de mettre un point final à son existence. A cette occasion, notre correspondant à Paris, Jiri Slavicek, qui le connaissait personnellement, avait évoqué pour Radio Prague le parcours incroyable du fondateur de la revue en exil Svedectvi.

« Cet homme a vécu deux exils. Il a pu s'échapper de la Tchécoslovaquie occupée par les nazis et il a pu prendre place aux côtés du président Benes. C'est lui qui, à la BBC, participait au programme du gouvernement tchèque en exil à Londres, et c'est lui qui présentait les programmes de cette radio. Brièvement rentré après la guerre en Tchécoslovaquie, il n'allait plus avoir de place à nouveau à Prague, après les événements de 1948. Une fois Radio Europe libre fondée, c'est lui qui a recruté la rédaction tchèque et slovaque. Dans les années cinquante, les années les plus noires, c'est lui qui faisait les émissions vers la Tchécoslovaquie communiste, la Tchécoslovaquie des procès. »

Malgré ces deux longs et douloureux exils évoqués par Jiri Slavicek, Pavel Tigrid s'est toujours intéressé à son pays d'origine, comme il le confessait il y a quelques années :

« Mon pays me tient beaucoup à coeur. C'est peut-être parce que je n'y ai pas vécu. Ce qui me préoccupe, ce n'est pas tellement la politique, mais des choses, disons, plus générales : comment les Tchèques vont-ils ? Comment le pays évolue-t-il dans l'histoire ? Je pense que nous avons toutes les chances pour réussir. Il ne faut surtout pas qu'un jour nous soyons de nouveau obligés de 'faire nos valises', comme on dit. Je l'ai vécu deux fois et ça ne doit plus se reproduire. Evidemment, dans un pays démocratique, cela ne devrait pas arriver... Mais la démocratie n'est qu'une façon de gouverner. Et parfois, la majorité au pouvoir peut aussi avoir tort, voilà le malheur. »

Pavel Tigrid n'était pas à un paradoxe près. Il est né dans une famille juive, mais était de confession catholique. Il était un émigré en même temps farouche patriote. Et comme l'écrit Vladimir Kucera dans Hospodarske noviny, politiquement, il était plutôt un « conservateur progressiste ». Et avant tout « quelqu'un de bien », une désignation assez rare pour être rappelée.