La scène politique tchèque risque d’être plus fractionnée que jamais

Photo: Kristýna Maková

A moins de deux mois de la tenue des élections législatives anticipées, qui auront lieu les 25 et 26 octobre prochains, on assiste à un éparpillement, plus grand que jamais, de la scène politique. La dernière édition de l’hebdomadaire Respekt s’est penchée sur ce phénomène. La presse écrite et les médias en ligne ont offert également d’autres thèmes intéressants.

Photo: Kristýna Maková
« La Tchéquie a une nouvelle spécificité : le fait que la scène politique tchèque ne cesse de se fractionner en de nouveaux petits partis au point de devenir très confuse ». C’est ce que l’on peut lire en introduction de l’éditorial du magazine Respekt intitulé « Tous contre tous ». Son auteur compare la situation de l’électeur tchèque à celle d’un client dans un supermarché devant choisir entre une dizaine de yaourths tous plus ou moins identiques. Il précise :

« La situation est assez transparente en ce qui concerne la gauche. Ses sympathisants peuvent choisir entre trois formations – le parti social-démocrate (CSSD), le parti communiste et le parti SPOZ qui réunit les partisans du président Miloš Zeman... Il existe en revanche tout un éventail de partis se situant à droite et au centre-droit. A côté de celles établies déjà depuis longtemps, on voit naître plusieurs nouvelles formations qui se réfèrent à la même orientation. Du fait de cet éparpillement sur l’échiquier politique existe le risque de voir l’ensemble de la droite s’affaiblir considérablement. »

Le journal précise que d’autres nouvelles formations pourraient encore voir le jour très prochainement, ce qui ajouterait à la confusion d’électeurs qui ne s’y retrouveront plus et ne sauront pas qui choisir. Il conclut :

« Pour cette raison, les petits partis sont probablement condamnés à échouer, tout comme le seront leurs idées et leurs programmes pourtant souvent dignes d’intérêt... La donne politique change, mais les erreurs des petits partis restent toujours les mêmes. »

Dans un article publié dans le quotidien Lidové noviny, son auteur remarque que, comme souvent dans le passé, les gens se posent la question suivante : « Pour qui vas-tu voter ? ». Cette question traduit le désarroi d’une certaine catégorie de personnes qui cherchent sérieusement une solution et ont un trait en commun – l’idéalisme. Il les décrit comme suit :

« Ce sont des gens qui ne prêchent pas pour un leader fort, des gens pour qui la morale et les idées comptent plus que tout le reste. Des gens qui ne regardent pas à gauche ou à droite, détestent le communisme, croient en l’Europe et soutiennent la ‘société civique’. Ce sont de gens qui ne pensent pas que la politique soit forcément un sale labyrinthe, qui ne veulent pas accepter l’état des choses tel qu’il existe actuellement et qui s’intéressent aux affaires publiques. Et bien oui, ce sont des gens qui croient que la vérité et l’amour doivent l’emporter sur le mensonge et la haine (le mot d’ordre qui était tellement cher à Václav Havel). »

Selon l’auteur Jan Dražan, ces élections ne seront cependant pas conçues pour les idéalistes, car tout indique jusqu’à présent qu’ils devront se comporter en réalistes et choisir dans l’offre qui se présente à eux.

Pavel Tigrid, grande figure de la résistance contre le communisme, est mort il y a dix ans

Pavel Tigrid,  photo: Fousek.apple,  CC BY-SA 3.0 Unported
Plusieurs journaux ont rappelé une figure importante de l’exil tchécoslovaque après la Deuxième Guerre mondiale, Pavel Tigrid, à l’occasion du 10e anniversaire de sa mort. Il aurait eu 100 ans en octobre prochain. Considéré par les autorités communistes comme le représentant le plus fort de la résistanece anticommuniste en exil, Pavel Tigrid a édité, d’abord aux Etats-Unis puis à Paris, le magazine trimestriel Témoignage (Svědectví), le périodique tchèque le plus reconnu publié à l’étranger. Après la chute du régime communiste, Tigrid est devenu un proche collaborateur de Václav Havel et a travaillé pendant un certain temps comme ministre de la Culture. Dans une des récentes éditions du quotidien Mladá fronta Dnes, nous avons pu lire :

« La valeur de Pavel Tigrid, adversaire du régime communiste, consistait justement dans son anticommunisme.... Ne pas être communiste, c’était au XXe siècle une attitude rare au sein de la communauté intellectuelle. Souvent, on a vu les anticommunistes exclus de cette communauté, sinon ostracisés ou critiqués. Une fois instauré, le pouvoir communiste les a pour cela durement réprimés. Pavel Tigrid, quant à lui, a échappé à un tel destin de justesse, en février 1948. A l’étranger, il est devenu un ilôt, un espoir et un noyau de la pensée anticommuniste. Sa revue Svědectví constituait une des lumières dans la misère de la grisaille d’alors. »

D’un autre côté, comme le souligne l’auteur de l’article, Pavel Tigrid n’était pas un fanatique. Il savait aussi comprendre la tragédie des intellectuels dont l’enthousiasme pour le communisme a tourné à la désillusion.

La fille du « bourreau rouge »

Karel Vaš,  photo: Post Bellum
Il était surnommé « le bourreau rouge ». Décédé il y a un an de cela à l’âge de 96 ans, Karel Vaš est devenu en Tchéquie le synonyme de l’arbitraire judiciaire communiste des années 1950. Procureur et juge lors des procès politiques manipulés, Karel Vaš a prononcé une vingtaine de peines de mort, parmi lesquelles la plus spectaculaire a été la condamnation du général Heliodor Pika. Accusé après la chute du régime communiste en 1989 d’avoir participé aux crimes du régime, Karel Vaš a pourtant échappé à la justice, ses activités ayant été prescrites. Son père n’ayant jamais reconnu sa culpabilité, c’est désormais sa fille qui s’efforce, comme elle le peut et à sa façon, de s’excuser à sa place en reversant l’argent hérité de son père à des œuvres caritatives. Tenant à garder strictement son anonymat, la fille de Karel Vaš s’est pourtant confiée au site Lidovky.cz :

« Je ne peux pas faire autrement. J’ai tellement honte des actes de mon père qui sont inexpiables, ce qui est pour moi traumatisant. Il est donc tout à fait logique que je veuille mettre cet argent au profit de projets utiles, ce que mon père n’aurait jamais fait. Il y a beaucoup de nécessiteux et d’institutions qui ont besoin d’aide. J’ai choisi ceux dont j’apprécie le travail et qui possèdent un trait les reliant à mon père, comme les associations Post Bellum et Condition humana qui se consacrent à l’étude de notre histoire récente. J’ai envoyé une partie de cet argent au projet ‘Les Filles des années 1950’ qui s’occupe des descendantes des victimes qui ont durement ressenti les activités atroces de mon père. »

Le journal remarque que la fille de l’ancien procureur Karel Vaš est l’unique parent des gens ayant commis des crimes sous l’ancien régime à avoir engagé une telle démarche. Elle espère pouvoir inspirer d’autres personnes dans une situation similaire à la sienne, car même si l’on ne refait pas le passé, on peut au moins l’affronter. A la question de savoir si sa vie a changé depuis la mort de son père, la fille de Karel Vaš affirme :

« Force m’est de constater que ma vie n’a pas foncièrement changé. J’espère tout de même que je récupèrerai au fur et à mesure plus de paix intérieure. Pour l’instant, je suis toujours obsédée par lui. Ces dernières années, j’ai fait des efforts pour l’écouter tranquillement et j’avais beaucoup de pitié pour lui, ce qui n’était pas son cas. Il s’agit d’un stigme dont je n’arriverai probablement jamais à me débarasser. Encore aujourd’hui, à 63 ans, je ne réussis pas à être au-dessus de cette histoire. »

Une pénurie d’eau en République tchèque ?

Photo: Archives de Radio Prague
Tout en se référant à l’avis d’experts, l’hebdomadaire Týden avertit dans sa dernière édition que la Tchéquie risque de souffrir d’un manque d’eau à l’avenir, si les conditions météorologiques de cette année restent les mêmes. Il explique :

« Pendant ces vacances, notamment en juillet, nous avons connu un climat extrêmement chaud et sec. Tout indique qu’il en sera de même en septembre où les précipitations sont annoncées rares. Cette année nous a donc offert un modèle de ce à quoi pourrait ressembler l’évolution future. A l’avenir, les pluies seront probablement moins fréquentes mais en revanche plus abondantes, d’où le risque de voir l’eau s’écouler des terres au lieu d’y pénétrer. »

Selon le bioclimatologue Miroslav Trnka, auquel l’article donne la parole, la hausse des températures et la diminution des précipitations risquent d’avoir des retombées dramatiques sur le paysage et l’agriculture tchèques. D’autres experts rétorquent cependant que dresser des scénarios catastrophiques est déplacé, car la sécheresse et les inondations ont toujours étaient présentes sur le territoire tchèque au cours du dernier millénaire.