Il y a 25 ans, la chute du régime communiste après « Quelques phrases »

Několik vět, photo: ČT24

Un quart de siècle déjà… La République tchèque fête en cette fin juin un anniversaire important. Le 22 juin 1989 était en effet publié le manifeste «Několik vět » (« Quelques phrases »), un mois seulement après la sortie de prison de l’un de ses auteurs, Václav Havel. Mais plus que comme une pétition, le texte est avant tout considéré comme une des prémices à l’effondrement du régime communiste en Tchécoslovaquie quelques mois plus tard. L’occasion pour Radio Prague de se replonger dans cette période où les jours du colosse aux pieds d’argile commençaient à être comptés.

Několik vět, photo: ČT24
Libération des prisonniers politiques, suppression de la censure, reconnaissance des initiatives civiques indépendantes… Autant de revendications que la pétition « Několik vět » (« Quelques phrases ») énumère en sept points, le tout contenu sur une page. Car l’objectif est clair pour ses auteurs Václav Havel, Jiří Křižan, Stanislav Devátý et Alexandr Vondra : le texte doit être court et concis. Et pour cause : s’il ne s’agit pas du premier manifeste à critiquer la situation sous le régime communiste, c’est la première fois que le mur qui sépare la sphère dissidente et le reste de la population tchécoslovaque est franchi. Et le résultat est là : pas moins de 40 000 signatures recueillies parmi des étudiants, des ouvriers, mais également certaines personnalités connues sous le régime comme la très populaire chanteuse Hana Zagorová. Les noms des signataires sont ainsi régulièrement cités sur les radios étrangères « Radio Free Europe » et « La Voix de l'Amérique ». C’est d’ailleurs sur ces ondes qu’est lu le manifeste pour la première fois, entre autres par le journaliste et dissident Ivan Medek depuis Vienne :

Ivan Medek, photo: NoJin, CC BY-SA 3.0 Unported
« Nous appelons les dirigeants de notre pays à comprendre que le temps est venu pour de réels et profonds changements du système, et ces changements ne seront possibles et réalisables que s’ils sont disposés à une discussion libre et démocratique. »

« Ils », ce sont bien entendu les dirigeants communistes que la pétition « Několik vět » (« Quelques phrases ») appelle également à ouvrir un dialogue sur les sujets tabous du régime, notamment les procès politiques des années 50, le printemps de Prague ou encore l’épisode de l’invasion de la Tchécoslovaquie par les forces du Pacte de Varsovie qui a précédé la période de normalisation. Si le régime communiste était déjà affaibli au moment de la publication du texte, des représailles ont néanmoins été entreprises contre les signataires d’un texte que le pouvoir a par la suite qualifié de « pamphlet antisocialiste et subversif », comme l’explique le journaliste Jan Rejžek, qui a participé activement à la diffusion du texte :

Hana Zagorová, photo: YouTube
« J’ai beaucoup de respect pour la chanteuse Hana Zagorová, qui a été l’une des seules du pouvoir central à avoir l’honnêteté de reconnaître que les revendications de la pétition étaient logiques et à les approuver. Mieux même, elle a ensuite défendu sa position durant les interrogatoires pénibles du StB et s’y est tenue. »

Si le texte n’a pas entraîné à lui seul la chute du régime communiste, il s’inscrit néanmoins dans un mouvement de contestation qui n’a eu de cesse de se renforcer à partir du milieu des années 80 pour finalement aboutir à la révolution de Velours de la fin de l’année 1989, permettant ainsi l’instauration d’un nouveau régime démocratique. Vingt-cinq ans plus tard, pour l’un des auteurs du manifeste Stanislav Devátý, le constat est positif et les objectifs revendiqués pleinement remplis:

Stanislav Devátý, photo: Filip Jandourek, ČRo
« Instaurer un régime totalitaire réclame un jour comme nous avons pu le comprendre en février 1948. Mais retourner à un régime qui se rapproche le plus d’une démocratie demande dix ans. Le communisme a eu pour conséquence de laver le cerveau des gens ou, comme j’ai l’habitude de le dire, ‘d’abîmer’ leur âme, et nous portons encore tous cet héritage en nous. La route est et sera de toute façon longue. Cela nécessite de la patience et je pense que nous suivons le bon chemin. Si on regarde les revendications qu’il y avait à l’époque du communisme, on se rend compte qu’elles ont toutes été remplies. »

Pour ce qui est de l’état actuel du pays, et en particulier les scandales de corruption qui alimentent régulièrement la chronique, Alexandr Vondra, autre plume qui a participé à la rédaction du manifeste, considère que la situation n’est pas aussi catastrophique que sous le régime communiste et porte un regard plus sage :

« Nous sommes désormais capables de réaliser nous-mêmes un régime vertueux, tout comme nous pouvons choisir de produire un régime néfaste et défaillant. Dans cette optique, je dirais que cela fait vingt-cinq ans que nous assistons à un miracle et certainement pas à une catastrophe, qui est un mot que je ne peux accepter. »