Jan Sokol : « Grâce à mon scepticisme de 1989, je n’ai jamais été déçu depuis »

Jan Sokol, photo: Jan Bartoněk, ČRo

Philosophe, ancien dissident, professeur d’université et homme politique après la chute du régime communiste, Jan Sokol est mort à l'âge de 84 ans.

Jan Sokol a été, pour la petite histoire, orfèvre et mécanicien durant quelques années de sa vie sous le régime communiste. Il a étudié ensuite les mathématiques pour se consacrer enfin à la philosophie chrétienne, à l’étude des religions et à l’anthropologie philosophique. Pour la grande Histoire, cette fois, il a été dissident et un des premiers signataires de la Charte 77, membre du Parlement tchécoslovaque entre 1990 et 1992, ministre de l’Education dans la seconde moitié des années 1990 ou encore candidat à la succession de Václav Havel à la présidence de la République en 2003.

Gendre du philosophe Jan Patočka, Jan Sokol a également été un auteur fécond et traducteur de nombreux philosophes français en tchèque. Francophone et officier de la Légion d'honneur française, Jan Sokol a été maintes fois l’invité de la rédaction francophone de Radio Prague International. Dans l’une de nos émissions, il s’est souvenu de son engagement au sien du mouvement de la dissidence formé autour de Václav Havel :

Jan Sokol,  photo: Petr Novák,  CC BY-SA 3.0

« On ne peut pas comparer ma position au sein de la dissidence tchèque avec celle de Václav Havel. Je ne faisais pas partie du cercle étroit de ses amis et collaborateurs, mais je me souviens de nos nombreuses rencontres et ce sont de beaux souvenirs. Havel était un homme calme, ouvert et très amical. J’ai gardé un souvenir particulier d’une de nos rencontres qui date du début des années 1990. Par un concours de circonstances, nous étions tous deux aux Etats-Unis, Václav Havel était alors invité au Congrès américain, à Washington. Nous nous sommes croisés en ville. Les amis qui m’accompagnaient étaient fascinés par le fait de voir Havel marcher seul dans la rue ! Ensuite, nous avons eu une très belle conversation avec lui sur les Etats-Unis, sur les sociétés tchèque et américaine. »

Jusqu’à la fin de sa vie, Jan Sokol est resté un observateur très attentif de l’évolution politique de son pays mais aussi morale de la société tchèque. Professeur à la Faculté des sciences humaines de l’Université Charles, qu’il a co-fondée après la révolution de Velours, il écrivait aussi, ces dernières années, des articles pour l'encyclopédie en ligne Wikipedia. Il a même initié un projet incitant les séniors tchèques à transmettre, de cette manière, leur culture à la jeune génération.

Invité dans les studios de Radio Prague en novembre 2014, à l’occasion du 25e anniversaire de la révolution de Velours, Jan Sokol avait répondu à la question de savoir ce qui restait aujourd’hui, selon lui, des grands changements de 1989. Etait-il déçu, comme certains de ses concitoyens, de l’évolution de la République tchèque ?

« Grâce à mon scepticisme de 1989, je n’ai jamais été déçu depuis. Nous savions bien que les choses ne se passeraient pas aussi simplement et n’iraient pas aussi vite qu’en novembre et décembre 1989. Nous savions qu’il allait y avoir des problèmes avec un passage d’un système socialiste à un Etat ‘normal’. C’est une chose qui n’est encore jamais arrivée à son terme et comme l’a très bien dit Adam Michnik (ancien militant de l’opposition dans la Pologne communiste, ndlr), il est beaucoup plus facile de prendre des œufs pour faire une omelette que l’inverse, prendre une omelette pour en faire des œufs. C’était là tout le problème… »