« Je suis confiant sur les possibilités de changements si on travaille avec les Tchèques »
Une délégation des Parcelles Assainies, une des plus grandes communes de Dakar, a effectué, début juillet, une visite de plusieurs jours en Tchéquie.
Organisée par Afripoli, une initiative qui concentre son action sur la promotion d’une collaboration proactive et l’établissement de liens constructifs pour stimuler le développement en Afrique subsaharienne, cette mission visait à mettre sur pied des partenariats durables à des échelles de coopération très concrètes entre le Sénégal et la Tchéquie.
Proche collaborateur de Bassirou Diomaye Faye et d’Ousmane Sonko, les nouveaux jeunes dirigeants à la tête du Sénégal depuis 2024, Aboubacar Djamil Sané est le maire des Parcelles Assainies. Il s’est longuement exprimé, lors de son passage à Prague, au micro de RPI :
Principaux extraits de l'entretien qu'il est possible d'écouter dans son intégralité en cliquant sur lecture :
« C’est la première fois que je viens en Tchéquie. Cette visite s’est faite par l’intermédiaire d’un représentant de Koma, une entreprise tchèque spécialisée dans les constructions modulaires qui a remporté différents marchés au Sénégal. C’est ainsi que j’ai eu l’occasion de rencontrer l’ambassadeur tchèque en poste à Dakar, rencontre qui a été suivie d’une visite d’une équipe de l’ambassade dans notre commune au cours de laquelle je leur ai expliqué les problèmes auxquels nous sommes confrontés. Je leur ai également fait part de notre volonté de mettre sur pied une collaboration avec une commune tchèque, à Prague ou à Brno, parce que nous possédons une population de près de 300 000 habitants. »
« Cette forte population est source de défis importants et la Tchéquie possède différents atouts pour nous aider à y répondre. Du point de vue technologique, c’est l’un des pays les plus avancés en Europe et je suis convaincu qu’une collaboration avec des pays comme la Tchéquie peut nous apporter beaucoup de choses en termes de développement. Or, l’Afrique a besoin d’avancer. »
Concrètement, au niveau de votre commune, quels sont ces besoins auxquels pourraient donc répondre certaines entreprises tchèques ?
« L’Afrique est un continent très ensoleillé. Dans notre commune, nous dénombrons vingt-quatre écoles primaires qui sont fréquentées par un peu de plus de 11 000 élèves. Le solaire pourrait nous permettre de doter ces établissements d’énergie électrique. Cette visite en Tchéquie nous a déjà permis de constater de façon concrète qu’il y avait des possibilités de trouver des solutions. C’est probablement le point le plus important. »
« Notre commune possède également des centres de soins de santé, un stade municipal, des bâtiments administratifs... Autant de sites que pourrions alimenter en énergie solaire. N’oublions pas non plus que la ville de Dakar est composée de 552 communes... Cela vous donne une idée des opportunités envisageables dans ce cadre et je serai peut-être celui qui ouvrira la porte. Notre pays en a besoin ! »
Quel a été le programme de votre visite en Tchéquie ?
« Nous avons rencontré les représentants d’un groupe spécialisé notamment dans le montage de camions, ainsi que dans d’autres secteurs d’activité. Même s’il s’agirait là davantage d’échanges au niveau de l’État et que ce n’est donc pas, a priori, notre domaine de compétence, nous sommes là aussi pour représenter notre pays et transmettre un message à nos autorités. Nous percevons un important potentiel de développement en matière de transfert de connaissances et de technologie, car le Sénégal est un pays qui a complètement changé. »
« Soyons clairs : l’objectif du gouvernement est de coopérer sur la base d’un modèle gagnant-gagnant et pas autre chose. Il y a des possibilités d’ouverture avec un nouveau programme du gouvernement qui tend vers 2050. Les institutions sont en train de travailler sur un plan d’investissements. En même temps, il y a des propositions pour réformer la fiscalité, les droits de douane et ainsi attirer davantage d’entreprises. Tout cela, l’État travaille actuellement dessus. »
« Je pense aussi que collaborer dans les deux sens peut être bénéfique non seulement pour le Sénégal, mais aussi pour un pays comme la Tchéquie. N’oublions pas que le volume des exportations de la Tchéquie représente 1 % des exportations mondiales. C’est très important et c’est au niveau d’un pays comme l’Inde. Mais cela signifie que les Tchèques aussi ont besoin de nouveaux marchés. Si je ne me trompe pas, vous avez fermé la porte aux exportations vers la Russie... »
« Donc, oui, nous sommes là, mais nous le sommes pour établir des relations bilatérales, multilatérales, gagnant-gagnant. Je pense que le Sénégal est une opportunité pour la Tchéquie et nous allons travailler pour renforcer les relations entre les différentes communautés susceptibles d’être intéressées par le développement de ces échanges. »
« Je pense, par exemple, au secteur de l’éducation, et c’est pourquoi l’établissement d’un partenariat avec une commune tchèque concrète serait intéressant. Leur façon de faire peut être différente de la nôtre et il peut être intéressant d’échanger nos expériences pour établir quelle est la meilleure stratégie à adopter, comment organiser les formations. Actuellement, nous sommes en train de construire un centre de formation dans notre commune, c’est la raison pour laquelle cet échange avec Afripoli est très important. Je dois dire que j’ai été fasciné par l’accueil qui nous a été réservé en Tchéquie et par la qualité des exposés qui nous ont été présentés. »
Étant membre du parti PASTEF, vous être proche du président de la République, Bassirou Diomaye Faye, et du Premier ministre, Ousmane Sonko, mais aussi une voix porteuse dans la vie politique sénégalaise. Vous faites partie de ces jeunes dirigeants qui incarnent ce nouveau gouvernement qui est arrivé au pouvoir au printemps 2024. La Tchèquie a une ambassade à Dakar et le Sénégal est un des rares pays en Afrique de l’Ouest où la Tchéquie possède une représentation diplomatique. Le Sénégal, vu de Prague, a longtemps été considéré comme un pays stable. Or, le gouvernement actuel représente davantage la rupture par rapport à l’ancien régime. Dans quelle mesure les Tchèques sont-ils sensibles à cette évolution dans l’optique d’un développement des échanges entre les deux pays ?
« Vous savez, monsieur l’ambassadeur, Marek Skolil, est quelqu’un de très ouvert. Dès l’instant où je l’ai rencontré, nous avons discuté de sujets comme l’éducation et la santé. Et dès la fin de notre rencontre, il a dépêché trois personnes au niveau de la mairie pour voir quels étaient nos besoins et comment il serait possible de nous accompagner. Dès la première rencontre, il a cherché à mieux comprendre la situation de notre commune et de quelle nature pourraient être les échanges pour répondre à ces besoins. Il nous a vraiment facilité beaucoup de choses et c’est ce qui est à l’origine de notre déplacement aujourd’hui en Tchéquie qui, encore une fois, vise à renforcer les relations bilatérales en passant par les communes, qui sont la base de tout. C’est la population sur laquelle il faut se baser pour mieux asseoir les relations avec un pays. »
« Me concernant, je suis effectivement membre du parti PASTEF, qui a été fondé en 2014 et qui est au pouvoir depuis désormais un peu plus d’un an. J’en suis aussi un des membres fondateurs. En 2014, nous avons commencé à nous battre. Notre façon de voir la politique est différente des autres. Nous affirmons que nous devons nous sacrifier pour la population, pour nos enfants et nos petits-enfants, et non le contraire. C’est dans cet état d’esprit que nous avons commencé à bâtir ensemble, rassemblés autour du président Bassiri Diomaye Faye et du Premier ministre Ousmane Sonko, qui est le président de notre parti. »
« Nous nous connaissons depuis très longtemps, et ce qui nous a tous réunis, c’est la réflexion sur la manière de transformer le Sénégal pour que, demain, nos enfants et nos petits-enfants puissent vivre dans un environnement économique stable. C'est uniquement cette vision qui nous a poussés à entrer en politique et, depuis, nous conservons de très bonnes relations. »
« Nous nous battons pour faire changer ce Sénégal-là, pour que les relations avec les autres pays ne soient plus des relations de dominant-dominé, mais reposent sur un respect mutuel et, encore une fois, de gagnant-gagnant. C’est cette volonté qui nous guide actuellement. »
Et cela vous semble donc possible avec un pays comme la Tchéquie ?
« Peu importe la taille de ces pays. Aujourd’hui, ce que j’ai compris pour ce qui est de la Tchéquie, c’est que nous avons en face de nous des gens ouverts, qui respectent la personne avec laquelle ils traitent. Des gens aussi qui favorisent l’entraide pour arriver à une meilleure synergie entre des gens aux compétences différentes. »
« L’exemple le plus parlant est celui de l’entreprise Koma. Ils sont implantés dans une zone très éloignée de Dakar. Les employés de cette entreprise sont, pour la plupart, des gens qui ne possédaient pas certaines formations. Aujourd’hui, grâce à eux, ils ont acquis des connaissances qui, demain, leur permettront de travailler de manière indépendante. Il est rare de voir ce genre de comportement pour des entreprises européennes en Afrique. C’est aussi la raison pour laquelle je suis confiant sur les possibilités de changements si on parvient à travailler avec les Tchèques. »
Monsieur Sané, vous êtes, certes, pour la première fois à Prague. Néanmoins, connaissez-vous le meilleur ambassadeur du Sénégal aujourd’hui en Tchéquie ?
« Je pense que c’est vous ! »
Bien sûr que non. Il s’agit d’un footballeur...
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« Ah! El Hadji Malick Diouf ! Je l’ai suivi lors du match Angleterre - Sénégal (1-3) en juin dernier lors duquel il a été excellent. Il a très bien défendu et a bien attaqué aussi. On m’avait dit aussi que c’était le meilleur latéral du championnat tchèque la saison dernière. Mais au fond, je ne le connaissais pas jusqu’à ce match contre l’Angleterre. »
« Vous savez, au niveau de notre commune, nous avons mis en place aussi une académie et nous travaillons avec les enfants et les jeunes joueurs de 10 à 14 ans. Ce sont des enfants qu’il faut venir voir et j’inviterai nos amis tchèques à la finale de la Coupe du maire, une compétition à laquelle participent 36 équipes d’école de football. »







