La candidature turque dans l'Union européenne toujours en débat

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La question de l'entrée de la Turquie dans l'Union Européenne reste d'actualité : en octobre dernier, l'UE a officiellement ouvert les négociations d'adhésion du pays, en vue d'une probable entrée en 2015. Le Sénat tchèque accueillait, mardi, un séminaire de réflexion autout du thème intitulé « La Turquie dans l'Europe, l'Europe en Turquie ? »

Il y a d'une part les critères « officiels » que doit remplir la Turquie, ceux de Copenhague, établis en 1993 et fixant les conditions d'accession d'un pays à l'UE. Puis, dans le cas de la Turquie, il y a les demandes « non-officielles », qui n'apparaissent qu'en filigranne, des réticences importantes vis-à-vis du pays : la reconnaissance du génocide arménien, celle de Chypre ou encore celle des droits pour les minorités ethniques. Un débat sensible où les lignes de fraction se font plus sensibles encore quand on touche aux questions de culture, de religion, en somme à la définition même de l'UE.

En République tchèque, les opinions divergent très fortement sur la candidature turque. Ecoutons l'opinion de Josef Jarab, sénateur et président du Conseil des Affaires étrangères, de la Défense et de la Sécurité au Sénat :

Parmi les orateurs présents, Soner Cagaptay, du Washington Institute pour la politique du Proche Orient, a exposé un argument en faveur du rôle important que pourrait jouer la Turquie au niveau énergétique : d'après lui, le pays pourrait offrir plus d'indépendance à l'UE par rapport au géant russe, notamment lors de crises énergétiques comme celle entre la Russie et l'Ukraine début janvier. Pour Jean-Paul Burdy, maître de conférences d'histoire à l'Institut d'Etudes Politiques de Grenoble, la formule est un peu optimiste. Il nous détaille cependant le rôle énergétique de la Turquie :

« La Turquie devient un pays de transit important pour le gaz et le pétrole. On a ouvert un grand oléoduc entre Bakou, Tbilissi et Ceyhan, un port turc sur la Méditerrannée qui permet d'exporter du pétrole de la Caspienne vers la Méditerrannée sans passer par la Russie, donc ça c'est un grand progrès, et effectivement, ça prive les Russes d'un contrôle de ce pétrole de la Caspienne. De la même manière on va bientôt inaugurer le gazoduc qui suit à peu près le même trajet, qui va de Bakou à Tbilissi et à Erzurum, et qui permet potentiellement d'exporter les gazs d'Asie centrale vers l'Europe occidentale. De ce point de vue-là, la Turquie devient un pays de transit important qui permet de court-circuiter la Russie. En même temps, je dirais que la Turquie n'a pas besoin d'être dans l'UE pour être ce pays de transit, c'est-à-dire que l'argument me paraît un peu limité. »