La polémique papale vue de République tchèque

Photo: CTK

Les propos du pape Benoît XVI sur l'islam et le djihad qui ont enflammé le monde musulman, sont suivis et largement commentés dans la presse nationale. La retenue et la prudence marquent en revanche la position de hauts responsables tchèques. Alena Gebertova

Photo: CTK
« Le pape a exprimé ses regrets pour ce qu'il n'avait pas fait », écrit dans les pages du quotidien MfDnes Jan Jandourek, journaliste et écrivain, qui estime que Benoît XVI n'a outragé ni l'islam ni le Prophète. Il conclut : « La polémique autour du pape et l'empereur byzantin représente un nouveau chapitre d'un feuilleton interminable, plus long que ceux qui s'appellent Dallas, Salman Rushdie, Pim Fortuyn ou les carricatures danoises... Un vieux professeur, actuellement pape, s'est humilié lui-même par ses regrets, histoire d'empêcher que de nouvelles églises ne s'embrasent et que des religieuses ne meurent. Et pourtant, ce n'est qu'un temps de répit.»

Dans une réflexion parue la veille dans le même quotidien, le théologien Ivan O. Stampach se déclare plus critique à l'égard des propos en question du pape tout en admettant que « les musulmans, contrairement à la directive claire du Coran, professent leur foi par la violence ». Il dit que l'exemple pris par le pape pour illustrer la violence religieuse a été mal choisi, car ceux de l'histoire chrétienne auraient été non moins pertinents. « Benoît XVI a sapé les efforts visant à développer le dialogue et la coopération avec l'islam », écrit-il.

Le pape Benoît XVI, photo: CTK
Dans les pages du quotidien Hospodarske noviny, Petr Fischer admet que le pape aurait pu choisir une autre citation, puisant dans l'histoire mouvementée de l'Eglise catholique. « Mais dans un tel cas », explique-t-il, « son intervention n'aurait pas été d'actualité et n'aurait pas le caractère d'une provocation intellectuelle et d'un appel au dialogue ». Dans l'article intitulé « Jouez avec nous sur notre terrain de jeu », nous pouvons aussi lire, je cite : « Il n'est guère étonnant que la citation d'une autorité non religieuse de la fin du XIVe siècle, prononcée sur le sol universitaire, provoque la rage des musulmans radicaux. Ce qui inquiète c'est de voir que des penseurs islamiques libéraux s'y joignent à leur tour ».

La voix la plus critique intervenant dans la « polémique papale » menée dans les pages de la presse tchèque est venue - cela n'étonne guère - du quotidien de gauche Pravo. « Oui et non », titre Jiri Hanak qui saisit l'occasion pour rappeler les péchés et les périodes peu glorieuses de l'Eglise catholique avant de conclure : « Tous les musulmans ne sont pas terroristes, mais la majorité écrasante des terroristes sont musulmans. Une trop grande tolérance est donc à éviter. D'un autre côté, il ne faut pas irriter le monde musulman par des propos peu réfléchis comme l'avait fait le pape ».

Selon l'évêque Vaclav Maly, les paroles du pape Benoît XVI ont été extraites de leur contexte, d'où la réaction inadéquate voire aggresive du monde musulman. Ceci dit, selon sa déclaration auprès der l'agence CTK, « compte tenu de la situation vulnérable qui existe aujourd'hui, il faut dorénavant bien peser chaque mot ».