Presse : l’épidémie et l’étonnante ressemblance des Tchèques et des Slovaques

La façon dont Tchèques et Slovaques gèrent la crise sanitaire se ressemblent. Cette nouvelle revue de presse proposera une explication et une réflexion à ce propos. Les différences entre les responsabilités politique et pénale, toujours en lien avec l’épidémie, sera un autre sujet traité. L’optimisme naïf est-il un trait caractéristique de la mentalité tchèque ? Tentative de réponse également dans ce magazine. On s’intéressera également à la visite du pape François en Irak et sur son intérêt pour le public tchèque. 

« Les Tchèques et les Slovaques traversent main dans la main la vallée de larmes », titrait un texte de la plume d’un journaliste slovaque publié dans une récente édition du quotidien Deník N. « Au vu d’une gestion analogue de la pandémie et du taux de décès liés au covid particulièrement élevé tant en Tchéquie qu’en Slovaquie, on a du mal à croire que près de trente ans se sont écoulés depuis la dissolution de leur Etat commun, la Tchécoslovaquie. On dirait qu’il s’agit de jumeaux qui vivent séparés, mais dont les parcours continuent à se ressembler », constate-t-il avant de s’interroger : « Est-ce dû à nos caractéristiques nationales, sommes-nous rattrappés par notre passé commun ou souffrons-nous d’une étrange maladie qui nous tue plus que d’autres nations? », s’interroge-t-il. Voici sa réponse :

« L’évolution au cours des trente dernières années a dévoilé des différences entre les Tchèques et les Slovaques, notamment au niveau du fonctionnement de leur administration publique. Or, la proximité historique ne saurait expliquer la ressemblance liée à la mortalité au covid. A l’heure actuelle, les deux Etats ont un autre trait en commun : ils sont entre les mains de populistes qui sont sortis vainqueurs des dernières élections législatives et qui sont en mal d’idéologie. Sous leur direction, les gouvernements ne sont qu’une simple structure au service de l’exécution du pouvoir, l’expérience politique ou spécialisée de leurs membres n’ayant que peu d’importance. »

Un an après l’intrusion de la pandémie dans nos vies, il s’avère clairement que le coronavirus peut être battu, car grâce aux scientifiques, les gouvernements disposent d’assez de connaissances et d’instruments pour faire baisser le taux de mortalité au minimum. « Si le nombre de décès lié au covid est tellement élevé, la faute en revient aux politiciens », prétend le commentateur du journal Deník N dont le ton est catégorique :

« Le caractère national ou le passé commun n’arrivent pas à expliquer notre tragédie commune. Ils sont en revanche le signe du fait que nos sociétés sont malades. Les deux nations, tchèque et slovaque, sont tombées malades en choissant à leurs têtes des populistes, persuadés de leur exclusivité ».

Une responsabilité politique qui n’est pas celle d’ordre pénal

« Malgré des milliers de décès, Andrej Babiš ne mérite pas de se retrouver derrière les barreaux ». C’est ce qu’indique un commentateur du quotidien économique Hospodářské noviny ce jeudi suite à la décision du parquet municipal de Prague de suspendre définitivement la plainte déspoée contre le Premier ministre et l’ancien ministre de la Santé publique Adam Vojtěch en lien avec l’important nombre de victimes du coronavirus :

Andrej Babiš | Photo: Archives du Gouvernement tchèque

« Cette décision est adéquate et sage. On ne saurait imaginer que par ses actes, Andrej Babiš aient eu l’intention de faire de la Tchéquie un cimetière de morts du Covid-19. Un acte criminel intentionnel est à exclure. De même, on ne saurait l’accuser de la mort des milliers d’individus par négligence, car dans une situation aussi unique que l’épidémie de coronavirus, il est impossible de prouver ce qu’il aurait fallu faire et ce qui a été omis. Par ailleurs, les concepts de lockdown et de port du masque ont différé d’un pays à l’autre, les scientifiques étant à leur tour loin de trouver un consensus sur ces sujets. Ainsi, même si le gouvernement de Babiš a commis beaucoup d’erreurs et entrepris certaines choses de manière chaotique, celles-ci ne sont pas passibles de poursuites judiciaires. »

Le commentateur de Hospodářské noviny constate que lorsqu’en Tchéquie il y a un problème d’ordre politique, on a l’habitude de criminaliser les décisions prises et de se demander « qui est coupable et pour combien de temps il sera mis sous les verrous ». Une tendance qui est selon lui aussi fallacieuse que destructrice. Il explique :

« Tant qu’un engagement politique est directement lié à une menace d’emprisonnement, les gens hésiteront à s’engager ativement en politique. Ou bien, ils acccompliront leurs éventuelles fonctions passivement. Mais qui dirigera alors l’Etat et les communes ? »

Mais tout ceci ne veut pas dire, comme le remarque le journaliste, que le gouvernement Babiš s’en tire sans faute. « Toutefois, il faut tenir compte du fait qu’il ne s’agit pas d’une responsabilité pénale mais d’une responsabilité politique et que c’est dans les urnes que celle-ci sera jugée », souligne-t-il en conclusion.

Les Tchèques et l’optimisme naïf

L’optimisme naïf. Telle serait une des caratéristiques de la mentalité des Tchèques qui se manifeste de façon négative lors de l’épidémie de coronavirus.  C’est du moins ce qui ressort d’un sondage effectué en Tchéquie à l’intention de l’Organisation mondiale de la santé dans le but d’établir les causes de la propagation non-contrôlée du Covid-19 dans le pays. Un de ses auteurs, la psychologue Helena Hnilicová s’est exprimée à ce propos pour le quotidien Lidové noviny de ce mardi :

Photo illustrative: Ivan Radic,  Flickr,  CC BY 2.0

« Le plus étonnant, c’est qu’au fil des trois vagues de l’épidémie, la perception de la gravité du risque est demeuré la même au sein de la société, en dépit de la détérioration de la situation. Pendant tout ce temps, seulement quelque 18% des personnes interrogées considéraient le coronavirus comme une menace grave. En tant que psychologue, j’estime que la société tchèque est encline à accepter un certain niveau de risque, incapable, malgré les circonstacnes, d’aller plus loin. Il s’agit d’un mécanisme de défense qui est par ailleurs cultivé par l’atmosphère dans l’espace public. ‘Il n’est pas bon de d’être effrayé par le covid, car le stress est pire encore’ est une formule fréquemment utilisée. »

La psychologue interrogée estime que cet « optimisme naïf », très répandu en Tchéquie, est lié au style de vie de ses habitants qui, toujours à en croire les différentes enquêtes, semble assez risqué. « S’agissant, par exemple, de la cigarette, de l’addiction aux drogues et aux jeux de hasard, du taux d’alcoolisme, la Tchéquie occupe effectivement une des premières places au monde, » a-t-elle affirmé pour Lidové noviny.

Le pape François en Irak et l’intérêt de cette visite pour les Tchèques

« Extraordinaire, risquée, audacieuse ». C’est en ces termes que le site aktualne.cz a présenté la récente visite du souverain pontife en Irak. « Le pape nous a montré ce que c’est que d’être libre », estimait l’auteur d’un texte consacré à cet événement :

Le pape François  (à droite) a rencontré le grand ayatollah Ali al-Sistani,  photo: ČTK/AP/HO

« Le pape François provoque et dérange. Lors de sa mission en Irak, il a rencontré le grand ayatollah Ali al-Sistani. Cette rencontre de deux personnalités positives, préocupées par l’évolution au monde, l’une âgée de 84 et l’autre de 90 ans, est remarquable en soi. En plus, elle a une grande valeur symbolique. Elle montre qu’aussi rare soit-elle, une entente entre deux hommes de religions différentes est possible. Elle rappelle également que la recherche de la compréhension et de la capacité de faire front au mal, même s’il est plus fort, a un sens profond. »

L’intérêt de cette rencontre, selon le commentateur du site aktualne.cz, est aussi de déjouer les idées reçues sur l’islam. « Faire l’amalgame entre cette religion et le terrorisme est une approche très répandue au sein de la société tchèque. Un paradoxe, car elle a été jusqu’ici épargnée par les violences terroristes islamistes », remarque-t-il avant de préciser :

« La colère contre les musulmans, en opposition à une entente telle que le prône le pape François, a été et demeure artificiellement nourrie. Cela concerne aussi certains ecclésiastiques tchèques, catholiques, protestants et autres... Le refus et la haine sont contagieux ».