La privatisation par coupons, dix ans après

r_2100x1400_radio_praha.png

Il y a de cela dix ans, précisément le 1er octobre 1991, commençait l'opération de privatisation la plus originale dans les pays postcommunistes, de son nom : la privatisation par coupons. En quoi consiste cette privatisation ? Pourquoi cette privatisation ? Son objet et son évaluation, dix ans après ? Les détails avec Omar Mounir.

C'est une distribution, sans contrepartie, d'une tranche du patrimoine productif national, à l'ensemble des citoyens tchèques majeurs. Elle s'est faite moyennant un carnet de privatisation portant une valeur nominale de 1000 couronnes que le citoyen pouvait investir, à sa guise, dans une ou plusieurs des sociétés offertes par ce mode de privatisation.

Toutes les sociétés d'Etat n'étaient pas compatibles avec cette technique et furent cédées soit par vente aux enchères publique, et c'est le cas des restaurants et cafés, ou ont fait l'objet de privatisation ultérieure comme les sociétés stratégiques ou monopolistiques. D'autres sociétés sont restées propriété de l'Etat. La partie non privatisée du patrimoine national, toujours détenue par le Fonds de privatisation national, représente, au mois d'août dernier, 248 sociétés, d'une valeur de 202 milliards de couronnes, soit 36 milliards de FF.

Pourquoi cette donation ? Tout simplement parce qu'on considérait que ce patrimoine, ayant été, sous le communisme, propriété de l'Etat, devait, ne serait-ce que pour la partie qui s'y prête, revenir directement aux citoyens.

La privatisation par coupons s'était faite en deux vagues successives ayant porté chacune sur un patrimoine de 367 milliards de couronnes, soit l'équivalent de 66 milliards de FF, ce qui correspondait à pas moins de 1172 sociétés. Ce mode de privatisation, qui, à son époque, avait fait merveille et des émules, même à l'étranger, va décevoir. A tel enseigne que le Premier ministre, Milos Zeman, va le qualifier d' "escroquerie du siècle".

Le symbole à verser à l'actif de cette observation est sans doute un certain Viktor Kozeny qui, par l'intermédiaire du Fonds de privatisation Harvard, est tenu responsable du détournement de plusieurs milliards de couronnes, au détriment de petits épargnants. Aux dernières nouvelles, il fait l'objet d'un mandat d'arrêt international. Mais les détenteurs de coupons sont aussi victimes de plusieurs autres sociétés dont ils étaient actionnaires, et d'où il se sont fait évincer, par les grands associés, à la faveur d'une législation embryonnaire. D'autres victimes, dont personne ou presque ne parle, ce sont les mineurs tchèques, d'entrée de jeu, exclus de cette privatisation, alors qu'ils avaient la qualité de citoyen.

A l'actif, cependant, de ce mode de privatisation, un relatif succès, dans l'initiation de la population, à la pratique de la bourse, mais aussi des réussites, nombreuses, où l'investissement initial de 1000 couronnes a pris des plus values substantielles.

Auteur: Omar Mounir
lancer la lecture