La question du concordat entre Prague et le Vatican toujours en suspens

Benoît XVI et le ministre des Affaires étrangères Cyril Svoboda, photo: CTK
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Le ministre des Affaires étrangères tchèque, Cyril Svoboda, était en visite ce mercredi au Vatican. Il s'agit de la toute première rencontre entre une délégation tchèque et Benoît XVI, depuis que celui-ci est devenu pape en avril dernier, l'occasion aussi de prendre la température des relations entre la République tchèque et le Saint-Siège, pour le moins complexes.

Benoît XVI et le ministre des Affaires étrangères Cyril Svoboda, photo: CTK
La rencontre entre Cyril Svoboda et l'ancien cardinal allemand Joseph Ratzinger, successeur du pape Jean-Paul II, a été plus qu'« éclair » : c'est ce qui ressort en tout cas de l'entretien que le ministre des Affaires étrangères tchèque a accordé au quotidien Lidove noviny. Benoît XVI a d'après lui, souligné qu'il pensait à la République tchèque et qu'il lui offrait sa bénédiction.

Les réels enjeux de la visite de Cyril Svoboda au Saint-Siège n'ont pris toute leur signification que lors de sa rencontre avec le Secrétaire d'Etat aux relations internationales, Giovanni Lajolo. Au coeur des discussions, la question du concordat entre la République tchèque et le Vatican. En effet, la République tchèque est le seul pays de l'ex-bloc communiste qui n'a toujours pas de traité réglant ses relations avec l'Eglise. Une situation inconfortable qui traîne, un problème qui se repasse au fil des gouvernements successifs, révélateur du rapport douloureux du pays avec la question religieuse, un pays qui, rappelons-le, est considéré comme le plus athée d'Europe. C'est le contenu même de ce concordat qui fait l'objet de tensions : s'il a été signé en 2002 entre Prague et le Vatican, la Chambre des députés tchèque l'a rejeté, et le président Vaclav Klaus lui-même l'a critiqué comme un traité qui serait désavantageux pour l'Etat. La pomme de discorde reste notamment l'éternel problème des restitutions des biens confisqués à l'Eglise par l'ancien régime communiste, et met en lumière le problème fondamental d'une régulation des liens entre l'Eglise et l'Etat, dans le pays : aujourd'hui, en effet, les représentants ecclésiastiques dépendent essentiellement des dotations issues des caisses de l'Etat.

Ce même Cyril Svoboda, qui à l'époque avait signé le concordat avec le nonce apostolique à Prague, se veut rassurant quant à l'issue de toute l'affaire : d'après lui, le processus de ratification n'est pas achevé, le Parlement pourrait à nouveau s'exprimer à ce sujet, et le Sénat lui-même n'a pas encore donné son avis. C'est, affirme-t-il, le gouvernement qui a les cartes en main désormais pour décider de la suite à donner à la ratification du traité. Mais sur ce point, le Premier ministre Jiri Paroubek a été pour le moins clair : elle n'est en aucun cas réaliste en cette période pré-électorale, renvoyant de fait la responsabilité au gouvernement issu des prochaines élections législatives, prévues en juin 2006.

Un autre sujet épineux a également été abordé lors de cette rencontre : celle de l'amendement de la loi sur les Eglises, adoptée par le Parlement en juin dernier mais rejetée par le Sénat, qui oblige diaconats et charités à se faire enregistrer comme personnes morales. Cyril Svoboda, membre du parti chétien-démocrate, lui-même avait à l'époque critiqué l'amendement comme une atteinte aux libertés des Eglises par l'Etat.