Le président tchèque a rencontré le pape François au Vatican

Miloš Zeman, photo : ČTK

Vendredi dernier, le président tchèque Miloš Zeman était au Vatican pour rencontrer le pape François. La question du rôle de l’Eglise catholique en République tchèque et de son financement dans le cadre de la loi sur les restitutions des biens confisqués sous le communisme, celle du concordat entre les deux pays, mais aussi l’éventuelle venue du Souverain pontife dans le pays : autant de sujets qui ont été abordés dans le cadre de cette première visite de Miloš Zeman au Saint-Siège.

Ivana Zemanová, Miloš Zeman et Dominik Duka, photo : ČTK
Dans la basilique Saint-Pierre, c’est le cardinal Dominik Duka qui officiait vendredi dernier dans le cadre d’une « prière pour la patrie » organisée à l’occasion de la visite du président Zeman au Vatican. S’il y a eu évidemment d’autres visites de présidents tchèques au Vatican, celle de Miloš Zeman est intervenue, à quelques jours près, 25 ans après la reprise des relations diplomatiques entre le Saint-Siège et la République tchèque (alors Tchécoslovaquie), survenue le 19 avril 1990, suivie deux jours plus tard de la visite de Jean-Paul II dans le pays.

Le pape François, photo : Korea.net, CC BY-SA 2.0
D’ailleurs, au cours des échanges entre Miloš Zeman et le pape François, tous deux ont affirmé leur volonté commune de conclure les discussions autour du concordat entre les deux pays. Dans les faits, il s'agit d’un traité censé coucher sur le papier l’état des relations entre les deux pays. Cet accord-cadre avait été signé en 2002, mais n’avait ensuite pas été ratifié par le Parlement. Le pape François aurait accepté la nouvelle version présentée par le ministère des Affaires étrangères tchèques. Milan Badal, directeur des relations extérieures au sein de l’archevêché de Prague :

« Le président tchèque a exprimé sa volonté que cet accord-cadre soit ratifié et ce dans les plus brefs délais. Selon moi, les équipes chargées de cet accord, tant du côté tchèque, que du côté du Vatican, travaillent sur le sujet. Il n’y a pas d’obstacle à ce que la question soit mise à l’ordre du jour au Parlement. »

Miloš Zeman, photo : ČTK
Dans le cadre de leur rencontre, Miloš Zeman a, à cet égard, exprimé sa volonté que l’Eglise catholique s’implique davantage dans le domaine du social, de la culture, de la santé ou de l’éducation, un rôle qui devrait être encadré justement par ce concordat :

« Je suis très heureux que le pape François ait été d’accord avec l’idée que l’Eglise doit s’ouvrir davantage au public et ne pas rester enfermée dans ses églises. »

Jindřich Forejt, photo : Martin Strachoň, Wikimedia CC BY-SA 3.0
A l’occasion de cette visite, justement, le Souverain pontife a béni la première pierre d’un hôpital qui sera construit en République tchèque, destiné aux malades en phase terminale. Le chef de l’Etat tchèque en a profité pour réitérer son antienne selon laquelle la construction de telles institutions devrait en partie être financée par les fonds obtenus dans les cadres des restitutions des biens aux églises.

Parmi les autres sujets abordés, celle de la possible nomination par Miloš Zeman de Jindřich Forejt, un de ses proches collaborateurs, à la tête de l’ambassade tchèque au Vatican. Une éventualité qui a fait grincer des dents certains : l'ancien ambassadeur tchèque en poste au Saint-Siège, Pavel Jajtner critiquait récemment dans les colonnes du quotidien Mladá fronta Dnes la visite présidentielle, n’appréciant pas cette façon dont le chef de l'Etat tente d’imposer son chef du protocole au Vatican. Il n’a pas non plus jugé d’un bon œil l'annonce de Miloš Zeman d'une possible visite papale en République tchèque à l'horizon 2018, une déclaration selon lui précipitée.

Photo : Tim Green, CC BY 2.0
Car c’est en effet l’annonce qui a retenu l’attention de tous les médias tchèques : alors que nombre d’observateurs estimaient qu’une visite du pape François dans les temps qui viennent était improbable, ce dernier aurait accepté l’invitation de Miloš Zeman.

« J’ai proposé deux variantes au Saint-Père. Soit une visite pastorale ou bien une rencontre avec les patriarches des églises orthodoxes dans le cadre d’une visite œcuménique. Le Saint-Père a préféré la deuxième possibilité. »

En dépit du fait que la République tchèque soit un des pays les plus sécularisés d’Europe, les relations avec le Vatican depuis 1989, ont toujours été importantes, après des décennies de relations exécrables. En témoigne le fait que la Tchécoslovaquie a été le deuxième pays du bloc de l’Est, après la Pologne, que le pape Jean-Paul II a visité après les révolutions qui ont mis fin au régime communiste. Avant de revenir encore deux fois pendant son pontificat. La dernière visite d’un Souverain pontife en République tchèque remonte à celle de Benoît XVI en 2009 à l’occasion de l’anniversaire du martyre de saint Venceslas et des 20 ans depuis la Révolution de velours.