La République tchèque s’aligne sur la position de l’UE à l’égard de la Russie

Catherine Ashton, photo: ČTK

En réaction à la situation d’extrême urgence en Crimée provoquée par l’intervention militaire russe, les vingt-huit ministres européens se sont réunis ce mardi à Bruxelles lors d’un sommet extraordinaire. L’Union européenne a menacé la Russie de suspendre les négociations visant la suppression réciproque de certains visas. La République tchèque a été un des premiers pays à demander cette suspension. Il était toutefois prévu que les ministres des Affaires étrangères envisagent de prendre des mesures beaucoup plus sévères à l’égard de la Russie.

Catherine Ashton, photo: ČTK
La Haute Représentante de l’Union européenne aux affaires étrangères, Catherine Ashton, a fermement condamné, ce lundi, l’intervention militaire russe, en dénonçant une violation des obligations internationales. L’Union européenne a appelé la Russie à retirer ses troupes militaires de la Crimée. Dans le cas contraire, Catherine Ashton a fait savoir que cela pourrait avoir des conséquences néfastes sur les relations bilatérales entre la Russie et l’Union européenne. Cette dernière envisagerait la mise en place de sanctions ciblées à l’égard de la Russie. Lors de ce sommet extraordinaire, le « mémorandum de Budapest » a également été évoqué : dans le cadre de l’adhésion de l’Ukraine au Traité sur la non-prolifération des armes nucléaires (TNP), la Russie, les États-Unis et la Grande-Bretagne avaient signé le 5 décembre 1994, plusieurs protocoles, appelés « mémorandum de Budapest », qui garantissent l’intégrité de l’Ukraine. Les présidents des trois pays s’étaient ainsi engagés notamment à « respecter l’indépendance, la souveraineté et les frontières existantes de l’Ukraine ».

Si les ministres européens se sont mis d’accord ce lundi sur le fait de qualifier d’agression l’intervention militaire en Crimée, la République tchèque faisait partie des Etats voulant la suspension immédiate des négociations portant sur l’assouplissement des règles en matière de visas ainsi que la mise en place d’un embargo sur les armes contre la Russie. Le chef de la diplomatie tchèque, Lubomír Zaorálek, a confirmé cette position :

Lubomír Zaorálek, photo: ČTK
« Je ne nie pas que cela me réjouirait de prendre une telle décision tout de suite et ainsi de pouvoir dire concrètement que nous avons suspendu certaines négociations avec la Russie. »

Or les pays tels que l’Allemagne ou la Slovaquie ne souhaitent pas envenimer la situation, dans la mesure où, selon les ministres des Affaires étrangères de ces pays, il y aurait toujours une possibilité de négocier avec la Russie. Le chef de la diplomatie slovaque, Miroslav Lajčák, a ainsi émis certaines objections quant à une suspension immédiate des négociations liées aux visas :

« Je me soumettrai aux avis exprimés par la majorité des Etats de l’UE. C’est-à-dire que nous ne devrions pas punir les citoyens de la Fédération de Russie pour les agissements de leurs représentants. »

Le ministre de la Défense tchèque, Martin Stropnický (ANO) a indiqué ce lundi qu’il était difficilement imaginable qu’une société russe prenne en charge la construction de deux nouveaux réacteurs à la centrale nucléaire de Temelín, au regard de la situation politique en Ukraine. Le Premier ministre Bohuslav Sobotka (ČSSD) a cependant tempéré les paroles de son ministre en déclarant que les relations commerciales entre la République tchèque et la Russie ne peuvent être suspendues de la sorte. La société énergétique ČEZ, dont l’Etat est actionnaire à 70%, est propriétaire de la centrale de Temelín et continue pour l’heure d’évaluer deux candidats potentiels dans le cadre de l’appel d’offres : la société américano-japonaise Westlinghouse et le consortium tchéco-russe MIR.1200. Rappelons que le groupe français Areva avait été écarté de l’appel d’offres. Dans le sens d’un maintien des relations commerciales tchéco-russes, Bohuslav Sobotka, a fait savoir ce lundi :

Bohuslav Sobotka, photo: ČTK
« Le fait que la République tchèque fasse pression pour une résolution diplomatique et pacifique du conflit va dans l’intérêt d’une prospérité mutuelle future ainsi que dans l’intérêt de la conclusion de contrats par les sociétés tchèques. Je suis bien conscient du fait que l’Ukraine et la Russie représentent un marché important pour un grand nombre de sociétés tchèques. Et c’est pourquoi le gouvernement agit de façon très réfléchie. Nous ne voulons en aucun cas faire échouer les chances d’exportations des entreprises tchèques. »

Des divergences apparaissent ainsi au sein du gouvernement tchèque et le ministre des Affaires étrangères tchèque, Lubomír Zaorálek, est de son côté critiqué par certains analystes politiques pour son attitude peu active et équivoque.

Dans le cadre d’un sommet extraordinaire ce jeudi, c’est au tour des chefs des Etats européens de se pencher sur d’éventuelles sanctions à l’encontre de la Russie.