La République tchèque va signer la Convention sur la lutte contre les violences à l'égard des femmes

Photo: ČRo

La République tchèque va enfin signer la Convention du Conseil de l'Europe sur la prévention et la lutte contre les violences à l'égard des femmes et la violence domestique. Elle fait partie à l’heure actuelle des quelques rares pays membres du Conseil de l’Europe à ne pas l’avoir encore fait, alors que ce traité international a été adopté en 2011 à Istanbul. Une décision qui satisfait les associations de défense des droits des femmes qui reprochaient depuis longtemps aux autorités tchèques leur lenteur à s’engager formellement.

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C’est symboliquement mercredi 25 novembre, à l’occasion de la journée internationale contre les violences faites aux femmes, que le ministre en charge des droits de l’Homme, Jiri Dienstbier, a choisi d’annoncer la signature par la République tchèque de la Convention du Conseil de l'Europe sur la prévention et la lutte contre la violence à l'égard des femmes et la violence domestique. Depuis l’adoption de ce traité international, trente-neuf Etats l'ont signé et dix-neuf autres l’ont ratifié. La République tchèque faisait un peu figure de mauvais élève, et l’annonce de la future signature est donc une bonne nouvelle pour les ONG tchèques, même s’il restera encore à ratifier la convention, comme le relève Zdena Prokopová, de l’association Rosa, qui offre son aide aux femmes victimes de violences domestiques :

« Cette signature est très importante. De nombreux pays européens ont déjà signé cette convention d’Istanbul. Par cette signature, la République tchèque va devoir s’engager à respecter les recommandations de la convention. Elle devra ensuite être ratifiée, d’ici la mi-2018, et faire en sorte de remplir toutes les conditions nécessaires. Mais la signature signifie un engagement formel de la République tchèque, et c’est ce qui est important. »

En réalité, une bonne partie des exigences de la convention d’Istanbul sont déjà en vigueur en République tchèque. Certains aspects spécifiques des violences contre les femmes, qu’elles soient domestiques ou autres, vont toutefois devoir être inscrites dans la loi tchèque puisque la convention qualifie par exemple le mariage forcé de crime. La législation tchèque devra également intégrer la possibilité d’engager des poursuites en cas de stérilisation forcée ou encore modifier la durée de prescription dans le cas d’excision.

Zdena Prokopová, photo: Jana Chládková, ČRo
Si le cadre législatif tchèque est donc déjà très proche des recommandations de la convention, il n’en reste pas moins que sa signature et donc son application auront une valeur contraignante pour l’avenir et permettront de combler certaines carences, selon Zdena Prokopová :

« La République tchèque a adopté un Plan d’action national pour les femmes victimes de violences et il est assez proche de la convention d’Istanbul. Il n’y aura donc pas beaucoup de modifications. Toutefois, nous voulons que soit intégrée dans le Plan d’action national l’augmentation du nombre de refuges avec adresse secrète pour les femmes, parce qu’il y en a très peu à l’heure actuelle. Il n’y en a que quatre, dont deux à Prague. Il n’existe pas non plus de ligne de détresse pour les victimes de violences. Il manque encore beaucoup de choses, même si la législation existe. Il faut que les organisations de soutien aux femmes puissent être soutenues, que les femmes aient un accès facilité aux refuges, mais aussi qu’elles aient la possibilité d’avoir un représentant légal. A l’heure actuelle, elles doivent payer tous leurs frais légaux. »

En République tchèque, on estime que près d’une femme sur trois a été victime de violences dans sa vie, soit 32% de la population féminine. Des chiffres assez proches de la moyenne européenne. En République tchèque, plusieurs possibilités s’offrent à une femme victime de violences qui décide de changer les choses, comme le détaille Zdena Prokopová :

Photo: Commission européenne
« Il est important qu’elle aille chercher de l’aide. Si elle est dans une situation difficile, de violences répétées et qui peuvent s’avérer graves pour sa santé, elle peut appeler la police qui, depuis huit ans, est habilitée à expulser son mari sur le champ, pour une durée de dix jours. La femme peut, avec l’aide d’un centre, faire en sorte que l’expulsion du domicile familial soit prolongée pour une période allant d’un mois à six mois maximum. De nombreuses ONG comme Rosa sont là pour prêter assistance à ces femmes. Si elles font face à un danger très grave, il existe ces fameux refuges à adresse secrète vers lesquels la femme peut se tourner. »