La scène politique tchèque – un théâtre de l’absurde ?

Le parti Affaire publiques, photo: CTK

Les turbulences sur la scène politique tchèque qui ont culminé cette semaine par la scission au sein du parti Affaires publiques (Věci veřejné), le plus petit des trois partis de la coalition gouvernementale, ont trouvé un large écho dans la presse de ces derniers jours. Tandis que le public semble las des rebondissements à n’en plus finir de l’éternelle « crise gouvernementale » qui marque depuis des mois le cabinet de Petr Nečas et se prépare, ce samedi, à manifester en masse son mécontentement au centre de Prague, le ton de la plupart des commentaires durcit...

Parmi les commentaires qui réagissent à la dernière évolution politique dans le pays, nous avons choisi celui qui est paru ce mercredi sur le serveur Respekt.cz. Son auteur, Jaroslav Spurný, signale :

« La politique locale est devenue ni plus ni moins qu’un instrument de lutte de pouvoir. Elle s’est complètement affranchie de visions, d’idéaux, de contenu. C’est ce qui caractérise même les ‘fameuses’ coupes budgétaires qui sont l’unique activité que l’on peut en fin de compte attribuer au gouvernement ».

Plus loin, il précise :

« On n’entend jamais de débat politique sur l’exigibilité du droit, sur l’éducation ou sur la science. Il n’y a pas non plus de débat sur la législation et sur les normes appelées à améliorer la qualité de notre vie. Par ailleurs, entend-on jamais les hommes politiques discuter de la qualité de la vie ? »

Selon l’auteur de l’article, c’est le parti Affaires publiques qui a transformé cette arrogance à l’égard des citoyens en un théâtre de l’absurde, car « personne ne sait ce que ce parti veut en réalité, qui le dirige, où il va ». Et de conclure :

Le parti Affaires publiques, photo: CTK
« Caractérisé par des intérêts égoïstes et imprégné par la stupidité, le comportement de ce parti permet de pénétrer dans les recoins profonds de la politique tchèque. Argent, fonctions, mensonges, corruption, voilà les éléments par lesquels le parti Affaires publiques s’inscrira dans nos mémoires... Son éclatement illustre l’état de la politique locale. »

Dans un bref commentaire paru dans l’édition de ce jeudi du quotidien économique Hospodářské noviny, son auteur Adam Černý remarque qu’il est difficile d’expliquer clairement ce qui se passe sur l’échiquier politique tchèque, une tâche plus difficile encore quand il s’agit de l’expliquer à un étranger avide de comprendre.

Et de rappeler à quel point c’était difficile, déjà, à l’époque de l’« accord d’opposition », conclu entre la droite et la gauche (1998-2002). Il existe pourtant, d’après lui, un point, sur lequel les Tchèques et les étrangers curieux peuvent se mettre d’accord : « Ici et là, les hommes politiques sont de plus en plus préoccupés par eux-mêmes, et peu par la démocratie qui les a investis dans leurs fonctions. Il va de soi que leur comportement porte ainsi préjudice à la démocratie ».

Karolína Peake, photo: CTK
La nouvelle donne causée par la scission au sein du parti Affaires publiques permettra-t-elle de sauvegarder la fragile coalition gouvernementale de Petr Nečas ou bien la prochaine tenue d’élections anticipées est-elle une éventualité plus probable ? A la question qui préoccupe en cette fin de semaine les médias, ceux-ci ne donnent pas de réponse univoque :

Jindřich Šídlo de Hospodářské noviny admet que « la formation renouvelée pourrait finalement rester au pouvoir jusqu’aux élections régulières en 2014 », tandis que Jiří Kubík du quotidien Mladá fronta Dnes considère qu’« un cabinet composé de ‘rénégats’ ne constitue pas une bonne voie. Il serait donc souhaitable d’avouer que le cabinet, en dépit de sa volonté de faire des réformes peu populaires, n’a pas de mandat fort... Voilà pourquoi il y a lieu de préférer des élections anticipées en juin prochain. »


Près de 7 000 « top managers » seraient actuellement sans emploi, en République tchèque, en rapport bien sûr avec la crise économique. C’est ce que signale une des récentes éditions du quotidien Lidové noviny tout en ajoutant qu’il ne s’agit que d’évaluations, des statistiques à ce sujet faisant défaut. Le journal précise : « Les coupes budgétaires et les réductions touchent notamment les managers destinés à s’occuper de l’agenda des pays étrangers et notamment ceux destinés à la région de l’Europe centrale et orientale, car dans beaucoup d’entreprises, cette position a été supprimée. Sans emploi sont aussi les chefs des corporations ayant en Tchéquie de faibles représentations ».

Le journal explique également les contraintes auxquelles les managers sans emploi sont ainsi soumis :

« Une grande partie des managers qui n’ont pas de travail réel, cherchent pourtant à développer une activité. L’explication est simple : la règle du marché veut que les entreprises ne veuillent pas employer les managers qui n’ont pas de travail. Donc, les personnes cherchant un nouveau travail se présentent le plus souvent comme des conseillers ou font semblant de développer un projet. Et ils demandent un salaire de 20 à 30% inférieur à leur salaire précédent». »

Le journal met en relief, aussi, un phénomène nouveau : les entreprises donnent désormais la priorité à des managers de plus de 35 ans.


La presse à sensation tchèque est ennuyeuse et peu amusante. C’est ce qu’a constaté sur le serveur Aktualne.cz Milan Kruml, spécialiste des médias, en rappelant que vingt ans se sont écoulés depuis la parution de la première édition du quotidien Blesk, le tabloïd tchèque le plus lu avec près d’un million et demi de lecteurs. Sa comparaison avec des tabloïds étrangers, notamment avec le Bild allemand et le Sun britannique, est pourtant peu flatteuse pour le journal tchèque. Il écrit :

« Blesk affiche de gros titres, publie des histoires choquantes, de grandes photos en couleur. Mais en dépit de son caractère sensationnel, il demeure trop sérieux. Il consacre un grand espace aux maladies, aux tragédies, bref, à des informations négatives qui suggèrent au lecteur que le monde qui l’entoure est mauvais et que l’on ne peut pas s’attendre à quelque chose de positif. Il est vrai que faire de la distraction dans un pays renfrogné est difficile, mais pas impossible ».

L’auteur de l’article considère que le plus populaire des tabloïds tchèques devrait s’inspirer auprès des deux tabloïds étrangers indiqués ci-dessus pour améliorer également ses informations politiques et ses pages sportives. En conclusion de son analyse, il constate :

« Beaucoup reprochent aux tabloïds de proférer des mensonges, beaucoup voudraient qu’ils disparaissent. Mais il est important d’avoir sur le marché toute une gamme de médias imprimés, entre autre à cause du fait que la presse à sensation est à même d’atteindre le groupe de lecteurs qui ignore complètement le reste de la presse. »


1,3 millions de Tchèques, soit 20 % de la population adulte, boivent de l’alcool d’une manière démesurée qui risque d’être préjudiciable à leur santé. C’est ce que constate un supplément du quotidien Lidové noviny qui fait remarquer que dans le domaine de la consommation de l’alcool, la Tchéquie occupe parmi les pays de l’ancien bloc de l’est la deuxième position, juste après la Moldavie. L’auteur de l’article précise :

« Au cours de l’année écoulée, plus de 3 600 Tchèques ont subi un traitement pour alcool. Un homme sur trois est confronté à tel ou tel problème lié à la consommation d’alcool ».

Se référant à des données relevées par l’Organisation mondiale de la santé, le journal indique que les Tchèques consomment annuellement 16,5 litres d’alcool pur par habitant, tandis qu’avec 145 litres de bière par habitant par an, ils sont les plus grands buveurs de cette boisson à l’échelle mondiale.

Le journal prête également attention à l’évolution d’un traitement pour l’alcool prétendument révolutionnaire qui est étudié au niveau international et qui vient d’être présenté à Prague. Le médicament en question, Nalmaphene, devrait avoir des effets plus favorables et moins désagréables que l’antabuse, utilisée couramment lors des cures de désintoxication.

Mais le scepticisme étant de rigueur, Lidové noviny a donné aussi la parole au psychiatre Karel Nešpor, spécialiste en alcoologie qui affirme :

« Depuis trente ans que je me consacre à la dépendance alcoolémique, j’entends régulièrement des rumeurs sur des médicaments miraculeux. Mais tôt ou tard il s’avère que c’est une fausse rumeur ou bien que les effets d’un tel médicament ne sont que très limités. Le problème, c’est que la dépendance a des causes multiples, voilà pourquoi aussi le traitement doit être complexe ».

Ce sera désormais à l’Agence médicale européenne de décider si le nouveau médicament sera finalement mis sur le marché.