La Šumava et trois autres parcs nationaux plus accessibles aux touristes

Le parc national de Šumava, photo: Barbora Němcová

Il s’agit d’une des lois les plus discutées, ces derniers mois, à la Chambre basse du Parlement : vendredi dernier, les députés ont donné le feu vert à l’application de nouvelles règles au sein de quatre parcs nationaux tchèques. Bonne nouvelle pour les touristes : les zones les plus précieuses de ces espaces protégés devraient s’ouvrir davantage au public. Afin de mieux protéger les écosystèmes, le ministre de l’Environnement mise sur une stratégie de non-intervention humaine dans l’environnement des parcs, une stratégie qui n’est pas saluée par tout le monde.

Le parc national de la Šumava, photo: Barbora Němcová
Parmi les quatre parcs nationaux tchèques, à savoir ceux des monts des Géants, de la Suisse tchéco-saxonne, du bassin de la rivière Dyje et du massif de la Šumava, c’est ce dernier qui suscite des polémiques, étant depuis longtemps un sujet de discorde entre écologistes et hommes politiques. Avec quelque 68 000 hectares, la Šumava, qui compte parmi les territoires boisés les plus étendus en Europe centrale, est le plus grand des parcs nationaux de République tchèque et la composition d’une grande part de ses forêts est presque entièrement naturelle.

Si la République tchèque a été appelée à l’automne dernier par l’Union internationale pour la conservation de la nature à augmenter la superficie du territoire du parc de la Šumava épargné par l’action de l’homme, le présent projet de loi sur les parcs nationaux respecte cette recommandation. L’Etat s’engage « à garantir le déroulement des processus naturels dans les forêts du parc ».

Cette attitude est fortement critiquée par l’opposition de droite, en tête avec Jan Zahradník, député du Parti civique démocrate (ODS) :

Jan Zahradník, photo: Posel mb, CC BY-SA 3.0
« Nous savons bien quelles sont les conséquences de ce principe de non-intervention dans les zones du parc. Nous nous souvenons encore des ravages causés en 2007 par l’ouragan Kyrill : la Šumava a été touchée par le scolyte et cet insecte ravageur est aujourd’hui responsable de 20 000 hectares de forêts sèches. Nous nous opposons au fait qu’il n’y ait désormais aucune régulation des processus naturels, au fait que la Šumava qui est un paysage culturel, se transforme en une jungle invivable et inaccessible aux touristes. Cette loi ne représente aucun consensus, nous assistons ici à la victoire des militants écologistes et des chercheurs qui les soutiennent, en dépit de la population de la Šumava. »

Pour sa part, le ministre de l’Environnement Richard Brabec (ANO) affirme que la nouvelle législation vise au contraire à rendre les parcs nationaux plus accessibles au public. Outre les nouvelles zones, dites « de calme », où l’accès sera limité pendant certaines périodes de l’année, les touristes pourront circuler librement même sur les territoires jusqu’à présent hautement protégés. Dans les communes situées sur le territoire d’un parc national, il serait désormais possible de circuler hors route et d’allumer le feu. Le ministre Richard Brabec explique les avantages de cette nouvelle loi :

Richard Brabec, photo: ČT24
« Les ‘zones de calmes’ interdites d’accès seront moins importantes en terme de superficie que les zones qui sont actuellement inaccessibles. Cette loi apporte aussi plus de stabilité à la gestion des parcs et aux communes, car elle introduit un moratoire de quinze ans sur les changements des zones au sein des parcs nationaux. Ceci dit que pendant au moins quinze ans après cette nouvelle répartition des parcs en zones, aucun ministre, aucun directeur du parc n’y pourra rien modifier. Je pense que cette stabilité et le principal atout de la présente loi. »

Le parc national de la Šumava, photo: Barbora Němcová
Si le projet de loi avalisé par les députés a été accueilli avec réserve par les maires des communes concernées, il a été salué par la direction du parc national de la Šumava. Elle entend déterminer d’ici deux ans les zones de calme du parc, celles des tourbières et des territoires de présence du grand tétras. Le projet de loi sur les parcs nationaux doit encore être soumis au Sénat et, enfin, au président de la République.