La Tchéquie peine à dire adieu aux énergies fossiles

Foto: Jan Groh, CC BY-SA 3.0

Il n’y aura pas, dans un avenir proche, de loi limitant la dépendance de la République tchèque aux énergies fossiles, telles le charbon, le pétrole ou le gaz naturel, largement responsables du réchauffement climatique. Le ministère de l’Environnement Richard Brabec, sensible aux arguments du patronat et des syndicats qui craignent pour la « compétitivité du pays », a en effet renoncé à présenter cette législation dite « anti-fossile » au gouvernement.

Photo: Jan Groh, CC BY-SA 3.0
« C’est une grande erreur du ministre Richard Brabec de ne pas avoir fait passer cette loi et cela restera une honte pour ce gouvernement. »

Jan Piňos, du mouvement écologiste Hnutí DUHA, est pour le moins critique. Trois mois après l'entrée en vigueur de l’Accord de Paris sur le climat, alors qu’on apprend que l’année 2016 a été la plus chaude jamais enregistrée, et au moment même où une large partie de la République tchèque étouffe sous un smog de pollution, Richard Brabec a annoncé qu’il enterrait la loi « anti-fossile », alors qu’il assurait l’année dernière vouloir son adoption avant la fin du mandat de son gouvernement, à l’automne prochain.

Déjà voté dans sept pays européens, dont le Royaume-Uni et la France, ce type de texte vise à sortir progressivement d’un modèle énergétique construit autour des énergies fossiles, non renouvelables et très polluantes. En accord avec les objectifs de l’Union européenne, ce projet de loi tchèque devait permettre de faire baisser de 80% les émissions de gaz à effet de serre d’ici à l’horizon 2050, par rapport à l’année 1990. Seulement, Richard Brabec a finalement estimé que ses conséquences pour l’économie tchèque étaient bien trop négatives :

Richard Brabec, photo: Filip Jandourek, ČRo
« Dans le cas du scénario où on a le moins recours aux énergies fossiles, cela signifierait non seulement des hausses significatives des prix de l’électricité et du chauffage, mais également la nécessité d’avoir un pourcentage dramatiquement plus élevé de production d’énergie via des sources renouvelables. »

Trop compliqué donc. Les organisations patronales et syndicales, qui craignent un effet négatif pour la « compétitivité du pays » et des pertes d’emplois, ont applaudi des deux mains la décision du ministre. Cet argument des retombées économiques et sociales de la loi « anti-fossile », Jan Piňos le balaie d’un revers de la main :

Jan Piňos, photo: Adam Kebrt, ČRo
« Une étude a été réalisée sur les impacts économiques de l’adoption de la loi anti-fossile par des experts de l’Université Charles et surtout de l’Institut énergétique de Brno qui a donné un résultat contraire à cet argument. La loi anti-fossile permettrait la création d’environ 9 000 emplois de plus dans le secteur de l’énergie d’ici à 2050. Alors qu’il y en aurait 5 000 de moins en l’absence de cette loi. »

L’étude, pourtant commandée par le ministère, a en fin de compte été ignorée sous la pression, en partie, des puissants acteurs économiques du secteur. Mais pas seulement : Jan Piňos estime que le ministre, en poste depuis trois ans et qui bénéficiait d’un large soutien politique, a surtout trop tardé à faire passer le texte. Il aurait tout simplement repris les arguments de ses opposants pour se justifier.

Ce même ministre qui, au printemps dernier déplorait le fait que la République tchèque soit dépendante des énergies fossiles à près de 80%. Voilà un constat que partage Jan Piňos :

Photo: Khalil Baalbaki, ČRo
« Cette dépendance est énorme, en particulier pour les importations. L’une des principales avancées qu’apporterait la loi anti-fossile serait une économie de centaines de milliards de couronnes pour l’importation de pétrole et de gaz depuis l’Est, depuis la Russie et d’autres pays qui ont souvent des régimes un peu obscurs. Nous payons des républiques d’Asie centrale pour le pétrole et le gaz et nous y favoriserons le maintien de gouvernements pour le moins louches, par exemple au Kazakhstan ou en Azerbaïdjan. »

Les organisations écologistes appellent désormais le ministre à mettre tout en œuvre pour que son successeur puisse faire passer le texte. Richard Brabec lui-même n’exclut pas qu’au cours des années à venir, « sur la base de nouvelles réalités », un prochain gouvernement puisse reprendre le projet qu’il abandonne aujourd’hui.