La tension augmente sur la scène politique tchèque

Petr Wolf, photo: CTK

Coup de théâtre chez les sociaux-démocrates : samedi, leur député Petr Wolf a annoncé qu’il quittait leur groupe parlementaire et dimanche il faisait savoir qu’il quittait les rangs de la social-démocratie. Quelle sont les raisons de son départ, les réactions à cette décision et à qui cela profite-t-il ?

Petr Wolf, photo: CTK
Petr Wolf a quitté les sociaux-démocrates parce que, selon lui, il ne pouvait plus supporter l’atmosphère houleuse qui règne au sein de leur club parlementaire et au sein de la section de Moravie du Nord du parti. Cette dernière a démenti toute tension au sein de l’organisation. En plus de cela, Petr Wolf a reçu, ainsi que son épouse, des menaces par SMS en raison de sa prise de position positive à l’égard de la construction d’une base radar américaine sur le territoire tchèque. Pourtant, les sociaux-démocrates, par exemple le chef de leur groupe à la Chambre des députés, Michal Hašek, voient une autre raison à ce départ. D’après lui, il s’agirait du même scénario que celui qui a conduit au départ de trois autres députés sociaux-démocrates, Michal Pohanka, Miloš Melčák et Evžen Snítilý. Ceux-ci, bien qu’indépendants, ont ensuite souvent voté avec la coalition gouvernementale conduite par le Parti civique démocrate (ODS). Petr Wolf serait la quatrième partie de ce scénario intitulé « Gagnons une voix de l’opposition pour le gouvernement de Mirek Topolánek ». A la Télévision tchèque, Petr Wolf a réfuté de telles affirmations en précisant :

David Rath et Michal Hašek, photo: CTK
« Je m’attendais à de telles spéculations, mais pas de la part de Michal Hašek, car j’avais et j’ai toujours beaucoup d’estime pour lui. Je comprends que cela puisse sembler faire partie d’un ‘scénario’, mais je l’exclus absolument. Je pourrais aussi demander à Monsieur Hašek de quelle façon il gère son groupe puisque des députés le quittent, alors que rien de tel n’arrive dans les autres groupes. Je peux affirmer, surtout, que personne ne m’a contacté et qu’à l’avenir je prendrais mes décisions et voterais dans le respect de la Constitution de la République tchèque. »

L’ODS, ne prend pas les choses à la légère et réfute les accusations de la social-démocratie sur une éventuelle corruption comme la vice-présidente du parti et de la Chambre des députés, Miroslava Němcová, le déclarait lundi matin à la Radio tchèque :

« On ne quitte pas un bon groupe parlementaire pour rien. Il devait exister des raisons graves. Les députés qui ont quitté le groupe social-démocrate étaient certainement des personnes qui étaient persuadées du bien-fondé de la politique de ce parti et qui n’ont certainement pas décidé de changer de courant politique. La raison de leur départ réside probablement dans la conduite de la direction, son style, la communication. »

Le président de la social-démocratie, Jiří Paroubek, est persuadé que l’ODS veut, par le départ de Petr Wolf, s’assurer une voix de plus pour le vote très important de ce mercredi à la Chambre des députés sur la construction du radar américain en Tchéquie. On l’écoute :

Jiří Paroubek, photo: CTK
« En ce qui concerne le radar, nous allons examiner l’annulation d’un accord éventuellement conclu avec les Etats-Unis si nous arrivons au pouvoir, dans le cas où il serait imposé par une voix remportée à l’aide de la corruption. »

Le président des sociaux-démocrates a aussi annoncé que son parti ne pratiquerait plus aucune forme de tolérance envers le gouvernement, même à la veille et pendant la présidence tchèque de l’Union européenne. Les autres formations ne veulent pas se mêler de la discorde entre les deux grandes formations politiques et les réactions sont absentes ou très mitigées. Quoiqu’il en soit, cette situation profite à l’ODS et au cabinet Topolánek qui a, plusieurs fois, bénéficié des voix des députés qui avaient quitté la social-démocratie, en dernier lieu lors de l’élection présidentielle de février dernier.