La thérapie de famille au coeur d'une rencontre de psychologues et psychiatres à Prague

Photo: Commission européenne

Une conférence internationale sur la famille se tient du 16 au 19 mai dans la capitale tchèque. Elle renoue, en quelque sorte, avec une rencontre similaire de psychothérapeutes, organisée à Prague il y a vingt ans. A l'époque, la conférence fut présidée par l'Américaine Virginie Satir, une des pionnières de la thérapie de famille et qui aurait fêté, l'année dernière, ses 90 ans. On écoute Raymond B. Traube, psychiatre d'enfants et Président de la Fédération suisse des associations de thérapies familiales systémiques.

Raymond B. Traube
« D'abord en tant qu'assistante sociale, pas comme psy, V. Satir a touché beaucoup de gens, elle a su leur parler, en se baladant un peu partout dans le monde. Son apport principal à la thérapie fut au niveau de la conscience de soi-même dans la famille : pourquoi réagissons-nous à nos propres sentiments ? Elle est venue ici, elle avait beaucoup de disciples en Tchécoslovaquie qui se sont formés chez elle. Le modèle Satir est devenu, en quelque sorte, une école tchèque et slovaque. »

«J'aimerais rappeler que j'étais-là il y a 20 ans, et c'est pour cela que je suis revenu aujourd'hui. A l'époque c'était vraiment le boom, on s'est rencontré ici et je me suis fait tellement d'amis que je suis revenu déjà plusieurs fois. Cette fois-ci, on se pose la question de savoir ce qui a changé depuis 20 ans. C'est aussi le thème de mon intervention. J'essaye d'analyser s'il y a du nouveau dans ma pratique professionnelle, si l'on peut encore être créatif. »

Et alors, qu'est-ce qui a changé dans votre travail ces vingt dernières années ?

« Je crois que je deviens de plus en plus pratique et de moins en moins philosophique. Je trouve que dans cette conférence, on est trop philosophique : tout le monde s'aime, tout le monde doit réfléchir ensemble... Je crois qu'il faut quand même pouvoir aider directement les personnes qui sont là. Quand je m'occupe d'un enfant dans sa famille (c'est toujours, à 100% dans sa famille), je parle d'abord à l'enfant, je joue avec lui et la famille. J'ai inventé récemment un modèle qui décrit comment faut-il travailler avec un 'mauvais caractère' de l'enfant... et de la famille aussi ! C'est ce que je présente à cette conférence. »

Photo: Commission européenne
Connaissez-vous la situation en République tchèque, dans le domaine de la thérapie familiale ?

« Oui, je sais que comme chez nous, vous avez des problèmes d'ordre financier. Ce qui est ennuyeux, c'est que les gens ne peuvent pas facilement se payer des soins dont ils ont besoin. Mes collègues ont aussi des difficultés à se former : ils n'ont pas assez de temps et de subventions. »

En République tchèque, on constate souvent que la famille est en crise, aujourd'hui...

« Oui, je crois que la famille est un peu en crise, mais pas seulement en Tchéquie. J'ai écouté ici des intervenants parler de la crise de la famille à Vladivostok, ou en Chine, où la femme devient plus indépendante lorsqu'elle a un seul enfant. La crise est partout. Mais je crois que chez nous, dans les pays occidentaux, on assiste actuellement à un retour aux valeurs, au niveau politique aussi. 1968 est passé... La famille, c'est quelque chose que l'enfant a dans la tête. Même à la naissance, je suis sûr que l'enfant sait ce que c'est qu'une famille. »

Avez-vous un conseil à donner aux jeunes parents qui veulent bien élever leurs enfants ?

« Le premier conseil, au moment de la naissance, c'est d'être là, c'est la présence. C'est difficile quand on a un travail, mais il est vraiment essentiel que la maman soit la personne de référence. Après deux ans, s'il y a l'amour, tant mieux, s'il n'y a pas d'amour, on ne peut pas l'inventer. Par contre, c'est là où il faut un peu d'éducation. Voilà pourquoi je dis que 68' est passé et que les enfants ne doivent pas, comme les enfants uniques en Chine, 'danser sur le ventre de leurs parents'. »