Le 15 mars 1939, jour de l'occupation hitlérienne de la Tchécoslovaquie

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Après le diktat de Munich de septembre 1939, la Tchécoslovaquie vivait dans l'attente des événements qui allaient suivre. Un tournant fatal s'est produit le 15 mars 1939. Ce jour-là d'il y a 62 ans, les troupes de Hitler ont traversé la frontière du pays. L'occupation de six ans a commencé.

La deuxième République tchécoslovaque, comme on appelle la courte période entre septembre 1938 et mars 1939, n'a été qu'un fragment de la république fondée en 1918 par Tomas Garrigue Masaryk. Le diktat de Munich qui lui a été imposé l'a amputée de ses territoires limitrophes - les Sudètes, privée d'une partie substantielle de son industrie et appauvrie de plus de 4 millions d'habitants. Le 30 novembre 1938, le docteur Emil Hacha est installé aux fonctions de président. La place tragique de président du protectorat, avec toutes les conséquences qui en découlent, restera attaché à cet ancien chef de la Cour supérieure, fonctionnaire assidu, homme sans qualités politiques ni charisme personnel.

L'atmosphère dans le pays au début de 1939 est marquée par l'amertume et la désillusion, mais surtout par les sentiments de la menace et de la peur de l'avenir. L'Allemagne s'immisçait de plus en plus dans ses affaires internes. La vie politique est sous le signe de l'arrivée de forces fascisantes d'extrême-droite. La tension culmine au début de mars 1939, lorsque Hitler procède à la liquidation finale de la Tchéco-Slovaquie. Des émissaires de Berlin entament des négociations avec les séparatistes slovaques sur la proclamation de l'Etat slovaque indépendant. A Prague, la situation est relativement calme, mais c'est un calme avant la tempête. Le 12 mars, la Foire des échantillons est solennellement inaugurée à Prague, en présence de 307 firmes étrangères. Quelques 5 000 spectateurs prennent part à la journée aéronautique à Ruzyne et les Pragois viennent en foule à la traditionnelle fête de la Sainte-Mathieu. Or, ce même jour, le 12 mars, les drapeaux du Reich allemand sont hissés à Prague par les Allemands pragois à l'occasion de la fête des héros. Les événements se précipitent.

Le 14 mars, à midi, le parlement slovaque vote la création de l'Etat slovaque libre. Le même jour, le gouvernement hongrois s'adresse au gouvernement tchèque avec un ultimatum de renoncer au territoire de la Russie subcarpatique. Le président Hacha reçoit l'invitation de Hitler de se rendre à Berlin. Au moment où un train spécial l'amène à Berlin, Hacha ignore que les troupes nazies ont déjà commencé l'avancement vers Ostrava, en Moravie du nord.

Le 15 mars, à une heure du matin, le président Hacha est reçu par la garniture dirigeante du IIIe Reich avec, à la tête, Hitler. Ce dernier lui reproche qu'une anarchie règne en Bohême et en Moravie et que les citoyens allemands y sont réprimés. Finalement, il lui annonce que les troupes allemandes se dirigent vers les frontières tchèques pour rattacher le pays au Reich. Hacha est invité à signer l'humble demande d'une protection militaire de la Bohême et de la Moravie... Il s'effondre et, après être soigné, il signe la déclaration. En quittant le bureau, il entend encore Hitler dire qu'en cas de résistance, il mettra fin au pays tchèque.... Or Hitler ne souhaitait pas la résistance. Déjà en décembre 1938, il a donné la directive clandestine sur la liquidation du reste de la Tchécoslovaquie. Il a fallu faire en sorte pour que, de l'extérieur, cela ait l'air d'une action de pacification, non pas d'une opération militaire. Hitler a donc eu toutes les raisons pour se féliciter de l'arrivée de Hacha à Berlin. Si cet éminent connaisseur du droit international n'avait pas apposé sa signature à la déclaration, toute l'action aurait été un simple acte de violence.

Le gouvernement tchèque s'est réuni tôt le matin le 15 mars 1939. Le Premier ministre Rudolf Beran et le ministre de la Défense, le général Syrovy, étaient déjà au courant de la décision de Hitler. Sous les tons de Vltava de Bedrich Smetana, la radio annonce que les unités militaires du IIIe Reich ont franchi la frontière pour prendre la protection de la Bohême et de la Moravie, sur demande du président Emil Hacha.

Alors que les uns serrent les poings et répriment les larmes, les fervents des rangs des nazis prennent pour cible les magasins de commerçants juifs, cassent les vitres, inscrivent Juifs, dehors, et commettent les premières violences... L'Ordre pour les citoyens, rédigé en tchèque atroce, est affiché dans les rues... Le choc vis-à-vis de la réalité de l'occupation fait des morts subites. Beaucoup de citoyens juifs se suicident... L'après-midi de la première journée de l'occupation, Hitler arrive au Château de Prague. De bonne humeur, il contemple le panorama de la ville aux cents tours. Hitler est au Château, mais où est le président Hacha? Seulement tard dans la soirée, le train ramène ce dernier à Prague. A la gare, une unité nazie de parade lui rend hommage. L'occupation commence. La population tchèque et morave a devant elle six années d'oppression, de privation de la liberté, de persécutions, d'assassinats et de souffrances...