Le château de Duchcov célèbre les 300 ans de Casanova
Homme de lettres, penseur, militaire, diplomate et grand aventurier connu pour ses nombreuses relations amoureuses, Giacomo Casanova a parcouru l’Europe avant de passer les treize dernières années de sa vie au château tchèque de Duchcov. A l’occasion du 300e anniversaire de sa naissance, la petite ville de Bohême du Nord propose au public toute une série d’événements dédiés à ce personnage flamboyant qui a écrit, à Duchcov, le récit de sa vie.
Giacomo Casanova naît à Venise le 2 avril 1725, au sein d’une modeste famille de comédiens. Il devient successivement prêtre, militaire, diplomate et financier, sa vie étant une suite interminable de voyages à travers toute l’Europe : il aurait parcouru plus de 67 000 km entre 1734 et 1797 !
Ses séjours en Italie, en France, aux Pays-Bas, en Angleterre, en Suisse, en Pologne ou encore en Espagne sont marqués par ses rapports délicats et souvent orageux avec les puissants de son temps. Ses démêlés avec les créanciers, ses séjours en prison, ses fuites et ses duels ont été rendus célèbres non seulement par ses Mémoires, publiés en France sous le titre ‘Histoire de ma vie’, mais aussi grâce à de nombreux écrivains, historiens et cinéastes inspirés par la vie de ce grand séducteur. Car dans son autobiographie, qui est l’une des meilleures sources concernant les mœurs de l’Europe du XVIIIe siècle, Casanova raconte sur 3 700 pages ses aventures amoureuses avec précisément 142 femmes, dont Dorotka, une jeune femme qu’il a connue à Duchcov…
En 1785, alors âgé de 60 ans, Giacomo Casanova s’installe en effet dans cette petite ville tchèque qui compte aujourd’hui 8 700 habitants. A son époque, Duchcov (Dux) était un village allemand, langue que Casanova ne maîtrisait pas vraiment, à la différence du français, ce qui compliquait les relations avec son entourage, comme l’explique Kamila Jurčová, guide au château de Duchcov :
« Casanova a accepté la proposition du comte Josef Karel Emanuel de Wallenstein de devenir bibliothécaire dans son château. Il n’appartenait pas à l’aristocratie, mais comme il avait passé toute sa vie dans le milieu de la noblesse et comme il avait beaucoup de connaissances et d’amis influents, il se considérait lui-même comme un aristocrate. En plus, il avait une position privilégiée par rapport aux autres employés du château et aussi un salaire plus élevé. Bien entendu, cela a provoqué de nombreux conflits entre lui et les autres serviteurs. De plus, Casanova était capricieux, souvent de mauvaise humeur et avait une attitude hautaine. Il s’habillait à la mode baroque, portait une perruque et des habits richement décorés. Or à Duchcov, on se moquait de lui, à cause de son physique également. C’est un fait peu connu, mais il était grand pour son époque : il faisait presque deux mètres. Je crois qu’en même temps, il faisait un peu peur aux gens. »
Des conflits avec les employés du château ont contraint Casanova de quitter Duchcov à plusieurs reprises, mais il est toujours revenu auprès du comte de Wallenstein, son ami et mécène qui lui a accordé une bourse. Celle-ci a permis à Casanova de se consacrer à l’écriture et de payer ses dettes. Car même si le château de Duchcov, situé à proximité de la station thermale de Teplice, était un centre de la vie culturelle et mondaine au XVIIIe siècle et accueillait de nombreux artistes, Casanova s’y sentait abandonné, notamment pendant les longs hivers. Pour s’arracher à la mélancolie, il se lance dans de nombreux projets de publication, tout en nous laissant une correspondance abondante, comme nous le raconte Kamila Jurčová :
« Il a écrit à Duchcov ’Histoire de ma vie’, mais aussi un autre ouvrage, intitulé ‘Histoire de ma fuite des prisons de la République de Venise, qu’on appelle les Plombs’, ainsi que des ouvrages qui s’intéressent à la philosophie et aux mathématiques ou encore le roman utopique ’Icosaméron’, publié à Dresde. Ce dernier n’a pas rencontré de succès au moment de sa sortie, mais cela demeure quand même une des œuvres les plus importantes que Casanova ait écrites ici. »
Giacomo Casanova est mort à Duchcov en juin 1798, à l’âge de 73 ans. Il a été enterré près de la chapelle Sainte-Barbe où l’on trouve aujourd’hui sa pierre tombale. Mais le lieu de son dernier repos exact reste inconnu, du fait que le cimetière a dû céder la place à l’exploitation du lignite dans les années 1960.
Au même titre que Venise qui célèbre, tout au long de l’année, le 300e anniversaire de son célèbre natif, le château de Duchcov a également concocté un riche programme qui commence dès le mois d’avril, précise encore Kamila Jurčová :
« Une lecture des Mémoires de Casanova est programmée pour le 5 avril. Ensuite, pendant l’été, il y aura deux représentations théâtrales inspirées de la vie de Casanova, ainsi qu’une conférence et un atelier sur le carnaval de Venise. Enfin, à l’automne, nous organiserons des visites nocturnes costumées, également dans l’esprit du carnaval. »
A noter enfin que les Archives nationales de Prague ont collaboré à la création du Duxionnaire électronique par les Bibliothèques de l’Université de Liège. Cette interface met à la disposition de tous la base de données, créée par le chercheur Marco Leeflang (1933-2022) qui présente les archives de Casanova provenant de Duchcov et conservées à Prague.
