Le chef d'orchestre Guillaume Tournaire : Mon histoire d'amour avec l'Opéra d'Etat de Prague

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Depuis quelques années, l'Opéra d'Etat de Prague fait connaître au public tchèque le répertoire lyrique français. Ce jeudi a eu lieu la première d'une soirée lyrique consacré à Francis Poulenc. On présente dans une soirée l'opéra surréaliste « Les Mamelles de Tirésias » basé sur la célèbre parodie de Guillaume Apollinaire, ainsi que la tragédie lyrique « La voix humaine » sur un texte de Jean Cocteau.

Le spectacle, réalisé en coopération avec le festival de Macerata en Italie, a été mis en scène par Pier-Luigi Pizzi et la direction de l'orchestre a été confiée au chef français établi en Suisse Guillaume Tourniaire. Ce dernier a évoqué au micro d'Ivan Ruml les circonstances de la création de l'opéra Les Mamelles de Tirésias :

« Déjà enfant, Poulenc avait eu l'occasion de connaître Apollinaire, de le voir et de lui parler, alors qu'Apollinaire était à la fin de sa vie. Poulenc était, en 1917, à la première de la pièce « Les Mamelles de Tirésias ». Après avoir composé presque une cinquantaine de mélodies, Poulenc cherchait pendant longtemps un livret pour une réalisation lyrique, Et c'est aux moments les plus dramatiques de la Deuxième Guerre mondiale qu'il s'est souvenu que dans un autre moment dramatique de la dernière Guerre mondiale, il avait vu cette pièce. Et il l'a relu et cela lui a donné envie de la retravailler. Et on voit que c'est un Poulenc très amusant, un Poulenc qui aime le café concert et le cabaret, et qui a un besoin absolu de sortir de cette ambiance tragique de la guerre et au travers des textes dadaïstes et surréalistes, il essaie de s'échapper de son environnement tragique. »

Les deux opéras de Poulenc sont donnés à Prague avec une distribution internationale. Il n'était pas facile de trouver une chanteuse pour le rôle de Thérèse, personnage principal de l'opéra Mamelles de Tirésias. Aujourd'hui Guillaume Tourniaire se félicite cependant de son choix.

« Pour ce rôle, il faut un soprano qui soit un soleil, pas seulement sur le plan vocal mais aussi sur la scène. Quand nous avons fait cette coproduction entre l'Opéra d'Etat et le festival de Macerata, nous avions fait avec Pier-Luigi Pizzi plusieurs auditions, et à l'occasion d'une de ces auditions il a rencontré une soprano qui, je dois le dire, est vraiment extraordinaire dans le rôle - Elena Rossi. Elle a vraiment cette joie de vivre à donner sur le plateau à tout le monde. Elle chante très bien, elle est très belle et elle a ce qui est le plus important, elle a ce sourire dont parlait Poulenc. »

Jouer la partition de Francis Poulenc n'est pas sans difficulté pour les musiciens tchèques qui ne sont pas habitués à ce genre de répertoire. Guillaume Tourniaire se montre pourtant très satisfait de sa collaboration avec les musiciens de l'Orchestre de l'Opéra d'Etat.

« Ils se débrouillent très bien, et d'ailleurs, ils se sont déjà débrouillés très bien. Ce qui a fait déjà notre histoire d'amour, entre l'Opéra d'Etat de Prague et moi, c'est la belle collaboration qui nous avions eu déjà à l'époque en Italie, dans un pays plein de soleil comme la partition de Poulenc. C'est pour la quatrième fois que je fais une production des Mamelles de Tirésias, et je dois dire que c'est une musique qui met tout le monde de bonne humeur. C'est un peu comme quand on répète du grand Rossini, le Barbier de Séville ou Le Turque en Italie. C'est une musique qui est assez électrisante pour les musiciens. Elle est d'une qualité musicale absolue. C'est de la très grande musique de tradition française parce que Poulenc a été nourri de tous les grands musiciens français. Ce n'étaient pas cependant ces musiciens préférés, il mettait Bach et Mozart au-dessus de tout. Donc c'était un musicien qui n'a pas oublié ces grands classiques, qui les admirait, mais qui était de culture terriblement parisienne. Et qui aimait beaucoup la voix, la chanson et le texte. Donc la chose qu'il faut trouver avec les musiciens, et ce qu'ils ont déjà trouvé au festival de Macerata, c'est cette musique un peu « champagne » pour les Mamelles de Tirésias, cette légèreté, ce rire. »