Le coronavirus en dessert : symbole de la lutte de la restauration à Prague

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Un café du centre historique de Prague s’est récemment retrouvé sous le feu des projecteurs et dans le célèbre magazine économique Forbes ou encore l’agence Reuters. La raison ? Un dessert reprenant l’apparence du coronavirus.

« Manger ou être mangé », cette expression semble convenir parfaitement pour tous les cafés, restaurants et autres commerces du secteur de la gastronomie à Prague. Le café Černá Madona fait partie de ces enseignes qui se sont battues, et qui continuent de le faire, contre les répercussions de la pandémie de coronavirus dans la restauration. Sa dernière création, un dessert reprenant la forme du virus du Covid19, est devenue « virale » à Prague et lui a permis de survivre.

Cet établissement de la rue Celetná, situé dans le cœur historique de la Vieille Ville de Prague, vend depuis quelques jours un nouveau gâteau à l’apparence hostile. Pourtant ce dessert est bel et bien inoffensif - et même plutôt bon ! De la taille d’une balle de tennis, cette nouveauté contient une mousse à la pistache et une purée de framboises au centre. Le tout est enrobé d’une fine couche de chocolat. Les pointes rappelant les spicules du virus sont faîtes de framboises séchées et de chocolat blanc.

Photo: Černá Madona

Durant la période pendant laquelle elle était confinée, Olga Budnik, la pâtissière de Černá Madona, a eu envie de mettre son temps libre à profit afin de créer un nouveau dessert en vue de la reprise de l’activité. Après avoir vu des photos de l’apparence du coronavirus, l’idée de l’adapter en gâteau lui est venue. Elle s’est alors lancée dans sa préparation, en accordant une grande importance aux détails.

Après avoir vu son chiffre d’affaire chuter, cette nouvelle création a permis au Černá Madona de se refaire une santé, avec une centaine de clients par jour avant l’entrée en vigueur des nouvelles mesures mercredi dernier.

Vojtěch Heřmánek est en charge du marketing chez Food Code, propriétaire du Černá Madona :

« Au début nous étions sceptiques quant aux réactions que pouvait susciter un tel gâteau auprès des gens. Notre intention n’était pas de tourner la pandémie en dérision ni de la prendre à la légère. Nous avons tenté le coup car la gastronomie était à l’agonie et nous n’avions rien à y perdre. Alors nous l’avons fait et c’est devenu un succès ! »

Clientèle locale

La Maison à la Vierge noire, photo: Martina Schneibergová

En temps normal, le café devrait être plein de clients, pour la plupart étrangers. Il faut dire que le lieu a de quoi attirer. Le café occupe le rez-de-chaussée d’un des plus anciens bâtiments de style cubiste de la ville, conçu en 1911 par l’architecte moderniste Josef Gočár. L’endroit accueille également le Musée tchèque du Cubisme.

Le secteur du tourisme a perdu 90% de son activité cette année selon le Bureau tchèque des statistiques. Les commerces du centre historique de Prague ont été durement touchés par le confinement et les répercussions de la pandémie. Le Černá Madona n’a pas fait exception à la règle. Comme nous l’a rappelé Vojtěch Heřmánek, le café est situé à 500 mètres de la Place de la Vieille Ville et de la Tour Poudrière, des lieux propices au tourisme aujourd’hui délaissés. Mais le Černá Madona a été soutenu par l’autre partie de sa clientèle : les Pragois.

« Les Pragois sont très importants comme chacun de nos clients. Nous étions plus habitués à avoir une clientèle composée de touristes mais nous devons nous adapter, avoir une certaine flexibilité si nous voulons continuer d’exister. C’est pour cela que nous avons réorienté notre activité à un niveau plus local et nous espérons survivre grâce à cela. »

La République tchèque est en tête des pays européens frappés par le coronavirus. Un nouveau record de nouveaux cas de contamination au Covid-19 en l'espace de vingt-quatre heures a été enregistré jeudi, avec cette fois 9 721 tests positifs. Afin de freiner la progression de cette deuxième vague, le gouvernement de Andrej Babiš a proclamé l’état d’urgence le 5 octobre dernier. Des mesures de plus en plus contraignantes se sont succédé. Dorénavant, les bars, cafés et restaurants sont fermés et ce jusqu’au 3 novembre.

Un futur gâteau vaccin ?

Si Vojtěch Heřmánek estime que les mesures prises par le gouvernement sont bonnes sur le papier, la situation reste critique pour les entrepreneurs du secteur tertiaire. L’avenir du domaine de la restauration à Prague est incertain. Parmi les huit restaurants gérés par Food Code, trois se sont vus contraints de fermer leurs portes temporairement. Le Černá Madona, quant à lui, continue son combat pour limiter les répercussions négatives sur son activité et a décidé de mettre en place un système de vente à emporter pour ses produits.

« Nous envisageons et nous nous engageons dans toutes les voies possibles, ce qui nous a conduit à vendre des desserts à emporter. Si nous sommes inquiets, alors c’est le cas pour tout le monde car notre activité s’est prise de plein fouet le confinement. Les trésoreries sont à sec. Elles ont été utilisées par les commerces pour survivre durant le printemps. Nous devons maintenant attendre et nous battre et j’espère que nous en ressortirons vainqueurs. »

De son côté, Olga Budnik est déjà en train de réfléchir à sa prochaine création : un dessert optimiste, à base de liqueur et de citron sur le thème du vaccin contre le Covid19. Quant au gâteau en forme de coronavirus, le Černá Madona pense continuer à le fabriquer en guise de symbole, même une fois que la pandémie sera maîtrisée.

Auteur: Joseph Le Fer
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