Le départ de Václav Havel : deux ans déjà

Foto: Kristýna Maková

Ce mercredi 18 décembre, deux ans se sont écoulés depuis le décès de l’ex-président tchèque, Václav Havel. Cet anniversaire est évoqué, sous différents angles, dans presque toute la presse nationale. Le théâtre pragois Na Zábradlí dans lequel Havel avait commencé sa carrière de dramaturge, fête le 55e anniversaire de sa fondation. Enfin, les perspectives de la République tchèque en 2014 sont le sujet de commentaires économiques.

Foto: Kristýna Maková
« Havel est une bonne référence à l’étranger, tandis que les Tchèques prennent à son égard une certaine distance ». Tel est le titre de l’éditorial de ce mercredi du quotidien Mladá fronta Dnes dans lequel son auteur cherche à prouver que Václav Havel demeure plus respecté à l’étranger que dans son propre pays. Il l’illustre entre autres par le nombre d’édifices et d’endroits qui portent dans différents pays son nom et précise:

« La ville de Gdansk en Pologne, par exemple, a décidé de donner le nom de Havel à l’une de ses rues le jour même de ses funérailles. Des mémoriels dédiés à Havel existent à Dublin, à Washington ou ailleurs. En novembre dernier, le maire de Paris Bertrand Delanoë a ouvert dans la capitale française la biliothèque Václav Havel, dotée de trois étages et s’étendant sur mille mètres carrés ».

Toutefois, au cours des deux dernières années, le nom de l’ex-chef de l’Etat tchèque a été attribué à une dizaine de lieux et d’établissements à travers toute la République tchèque. Le plus important est l’aéroport de Prague, jadis aéroport Ruzyně qui s’appelle désormais l’aéroport Václav Havel. En outre, il s’agit de rues, d’écoles ou de bibliothèques. La première rue à porter le nom de Havel depuis juillet 2012 se trouve dans la ville de Kadaň, au nord de la Bohême. Prague, quant à elle, ne possède pas de rue ni de place baptisée selon celui qui a été le premier président postcommuniste tchécoslovaque et tchèque, tandis qu’une rue dans le quartier de Žižkov porte le nom de sa première épouse, décédée depuis plus de quinze ans, Olga Havlová. C’est effectivement de ce quartier ouvrier pragois qu’elle est issue.

Le journal cité a publié aussi une confession de la plume d’un des proches collaborateurs de Václav Havel, le dramaturge Petr Oslzly, dont voici un extrait :

« La semaine qui a suivi le décès de Václav Havel a été une des plus tristes de ma vie... Du vivant de Havel, je me sentais conforté par l’idée de pouvoir discuter avec lui de chacune de mes décisions importantes, qu’elle soit d’ordre artistique ou civique, et d’être confronté à son avis. C’est ce qui me manque aujourd’hui. Et je pense que c’est également ainsi qu’une grande partie de la société tchèque perçoit l’absence de son autorité morale et de son soutien. Cela concerne du moins cette partie de la population qui, en dépit du scepticisme qui ronge actuellement le climat au sein de la société, défend les idéaux de l’amour et de la vérité ».

Dagmar Havlová se souvient

Dagmar Havlová,  photo: CTK
L’édition de ce mardi du quotidien Lidové noviny a publié un entretien avec Dagmar Havlová. C’est pour la première fois que la seconde épouse de l’ex-président tchèque a accepté d’évoquer en public les dernières heures passées en compagnie de son mari dans leur résidence secondaire, le fameux Hrádeček, ainsi que certains moments liés à son décès. Elle évoque en outre le souvenir de l’immense cortège funèbre qui a accompagné le cercueil de Havel depuis l’église Sainte-Anne, église désacralisée et précédemment rénovée grâce aux soins des époux Havel, jusqu’au château de Prague :

« Ce n’est que plus tard que je me suis rendue compte de la quantité de gens qui nous ont accompagnés afin de dire adieu et de rendre hommage à Václav Havel. Je l’ai appris à partir des photos, mais j’avoue que je n’ai pas encore vraiment la force de les regarder. Ce que j’ai pu voir en revanche de mes propres yeux, c’étaient la foule de gens qui, durant les jours précédant les funérailles, venaient se recueillir à l’église Sainte-Anne et qui est restée de ce fait ouverte jusqu’à quatre heures du matin ».

Dagmar Havlová dit également qu’elle a dû refuser certaines demandes d’autorisation d’attribution du nom de Havel à un objet précis. Elle explique pourquoi :

« J’étudie très soigneusement l’agenda en question. Il est de mon devoir de distinguer l’effort sincère en vue de rendre hommage à la mémoire de Václav et la simple volonté de se mettre soi-même ou ses objectifs en valeur... Cela dit, j’ai donné suite à la majorité de telles demandes. J’apprécie hautement les villes qui ont attribué le nom de Havel à une rue, à une école ou à un parc. J’ai beaucoup d’estime aussi pour ceux qui ont décidé de planter et de lui dédier un arbre commémoratif. »

55 ans du très apprécié théâtre pragois Na Zábradlí

Le théâtre Na zábradlí,  photo: Kristýna Maková
Les pages culturelles des journaux tchèques de ces derniers jours ont retenu un autre anniversaire, également en rapport avec Václav Havel. Il concerne le théâtre Na zábradlí (Théatre sur la balustrade), une des scènes pragoises les plus reconnues qui vient de souffler ses cinquante-cinq bougies. Dans les années 1960, Václav Havel a travaillé dans ce théâtre comme éclairagiste, machiniste et, finalement, dramaturge. C’est cette scène qui a produit ses pièces La Fête en plein air (Zahradní slavnost), Mémorandum (Vyrozumění) et Plus moyen de se concentrer (Ztížená možnost soustředění). Et c’est ici qu’il a rencontré sa future épouse, Olga. Evoquant l’historique du Théâtre Na zábradlí, le serveur scena.cz a écrit :

« La fondation du Théâtre Na zabradli a été un des événements majeurs de la fin des années 1950 et du début des années 1960. Durant les 55 ans qui se sont écoulés, une quantité d’excellents comédiens et metteurs en scène s’y sont révélés. Au début des années 1960, cette scène a été le présurseur du théâtre de l’absurde dans le contexte tchèque, tandis que plus tard, il a offert un refuge aux réalisateurs interdits par le régime communiste. »

Lidové noviny cite à ce sujet cette déclaration de Václav Havel: « Je considère le temps que j’ai passé au théâtre Na zábradlí comme la période la plus heureuse de ma vie... »

Perspectives de l’économie tchèque en 2014

Photo: OmirOnia,  stock.xchng
« Quelles sont les perspectives de l’économie tchèque en l’an 2014 ? » Telle est la question posée sur le site de l’hebdomadaire Respekt.cz et à laquelle répondent, à tour de rôle, différents économistes et experts en la matière. Dans une des contributions, Ivan Pilip, ex-ministre des Finances, prône un optimisme modéré estimant que, cinq ans après le début de la crise, le pire en Europe a été surmonté, bien que des difficultés persistent. Il place cette perspective dans le contexte de la situation politique actuelle dans le pays :

« On peut s’attendre à la formation d’un gouvernement bénéficiant d’une majorité parlementaire qui n’aura pas d’élan réformateur particulièrement fort, il est vrai, mais qui n’envisagera pas non plus des mesures défavorables à la croissance. Or, la situation politique devrait se stabiliser... Tant que le mouvement ANO confirmera qu’il veut vraiment changer la politique et qu’il ne constitue pas un simple projet de marketing, le nouveau gouvernement dont il sera membre pourra faire considérablement progresser le pays. »

L’ancien sénateur Edvard Outrata partage également, à travers cette enquête, un optimisme modéré :

« La zone euro n’a pas éclaté et elle s’élargira même bientôt de la Lettonie. L’Europe continue à résoudre lentement les problèmes institutionnels les plus urgents... Je pense que, chez nous, on ne va pas mettre sur pied des réformes de longue haleine, comme la réforme du système de l’enseignement. Toutefois, on peut s’attendre à de petites démarches peu visibles, mais très importantes et qui vont dans le bon sens ».