Le mouvement de contestation en Biélorussie rappelle l’ethos de la révolution de 1989

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Les médias tchèques se penchent largement sur le mouvement de contestation en Biélorussie et évoquent dans ce contexte la révolution dite de velours de 1989 dans l’ancienne Tchécoslovaquie. Quelques illustrations dans cette nouvelle revue de presse. La controverse liée à la réintroduction partielle de l’obligation du port d’un masque, à partir du 1er septembre, et les difficultés auxquelles l’engagement civique en lien avec le Covid-19 est désormais confronté, sont deux autres sujets traités dans ce magazine.

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Chaque crise offre une opportunité. La Biélorussie d’aujourd’hui en donne un bel exemple en offrant une opportunité aux quatre pays du groupe de Visegrad, et en particulier à la Tchéquie. C’est ce que l’on peut lire dans un commentaire publié dans le quotidien économique Hospodářské noviny au sujet du mouvement de contestation qui secoue cette ex-république soviétique. Son auteur explique :

« Ces quatre pays (Tchéquie, Hongrie, Pologne et Slovaquie) ont la chance de se débarrasser de l’image stéréotypée qui est la leur habituellement et à laquelle ils ont contribué lors des précédentes crises, qu’il s’agisse de celles de l’euro, de la Grèce ou de la vague migratoire. En refusant de soutenir la cohérence des 28 pays membres, ils ont manifesté leur faible volonté de participer à la résolution des problèmes qui les concerne tous. Comme on peut le voir actuellement, les pays de l’Europe centrale s’efforcent de proposer leurs propres initiatives dans cette crise biélorusse. Il va de soi que Varsovie en est le princicpal moteur. Comparé à la Pologne, cela est moins évident pour le gouvernement tchèque. Il faut donc saluer l’action tant du Premier ministre Andrej Babiš que celle du chef de la diplomatie Tomáš Petříček, qui ont condamné la falsification des élections en Biélorussie et la répression contre les manifestants. Leur appel à une révolution semblable à celle de 1989 avec son caractère pacifique mérite également d’être retenu. »

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Le commentateur de Hospodářské noviny souligne que le cas de la Biélorussie offre une rare occasion à la Tchéquie d’agir de façon juste et efficace.

« La révolution biélorusse ne pourra réussir que si elle garde son caractère de ‘velours’ », indique pour sa part un commentateur du site aktualne.cz. Il estime en même temps que c’est avec détermination que doit agir l’Union européenne, une part importante de responsabilité incombant à la Tchéquie « qui a pour tâche de soutenir pleinement la Pologne et la Lituanie, les deux pays dont les liens historiques avec la Biélorussie sont les plus forts ». Il ajoute:

« La révolution de Velours de 1989 dans l’ancienne Tchécoslovaquie possède une valeur symbolique pour les démocrates biélorusses. Elle leur rappelle que pour parvenir à un changement, il n’est pas nécessaire d’attendre dix ans comme en Pologne, dix mois comme en Hongrie ou dix semaines comme en Allemagne de l’Est, mais que l’on peut y arriver au bout de dix jours comme cela s’est passé en Tchécoslovaquie. Elle rappelle également que plus une protestation contre la brutalité policière se fait dans le calme, plus elle est forte. »

La révolution de Velours de 1989, photo : Archives de Katrin Bock

« Les idéaux de la liberté et de la démocratie sont indivisibles. C’est pourquoi la Tchéquie ne peut pas suivre passivement les représailles contre les démocrates biélorusses si elle prétend vouloir s’engager activement dans le maintien de sa propre liberté. »

C’est ce que souligne l’hebdomadaire Respekt, qui évoque à son tour l’ethos de la révolution de 1989 :

« La volonté de la Tchéquie de se mettre en valeur sur la scène internationale avec une politique efficace est importante. Ce qui est actuellement plus important encore, c’est d’aider les gens qui ont les mêmes aspirations et les mêmes priorités que les Tchèques il y a trente ans. Acheter des notebooks ou offrir des cours de formation pour l’année prochaine ne suffit pas. Les démocrates biélorusses ont besoin d’un soutien immédiat sous forme de critique des représsions ou de pression au sein de l’Union européenne. C’est de cette manière que l’on montrera que notre expérience vieille de trente ans n’est pas complètement oubliée. »

La réintroduction de l’obligation du port du masque : une mission impossible ?

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Même partielle, l’obligation de porter un masque de protection des voies respiratoires sera en septembre plus douloureuse et difficle qu’au début de l’épidmémie de coronavirus. Tandis qu’en mars dernier, le masque est devenu en République tchèque un symbole de la solidarité et de la discipline, il deviendra désormais celui de la contrainte. C’est du moins ce que prétend le journal en ligne Deník.cz, qui, au sujet du retour du masque dans certains lieux publics clos, annoncé mercredi et atténué dès le lendemain, remarque :

« Les Tchèques se sont habitués au déconfinement et le Covid-19 ne les inquiète plus guère. Par ailleurs, les décideurs et les experts leur assurent presque tous les jours que l’épidémie est sous contrôle et qu’il n’y a plus aucun danger. Le virus s’est affaibli, c’est vrai, mais sans que l’on sache très bien pourquoi. Il se peut qu’avec l’arrivée de l’automne, il frappe de nouveau lourdement. Le masque, qui est inconfortable, offre quand même une protection et freine l’évolution du coronavirus. Et n’oublions pas que ce sont des pays comme le Vietnam, où le masque se porte très couramment, qui luttent le mieux contre la diffusion du virus. »

Photo : Michaela Danelová, ČRo

Un autre avis est défendu sur le site Forum24.cz. Celui-ci estime en effet que sur la base de l’expérience acquise au printemps, « la gravité de l’épidémie est désormais plus une question politique que le fruit de données et de risques qui en découlent pour la société. » On peut lire encore :

« La paralysie de la société, qui a été plus importante chez nous que dans d’autres pays durant la première phase de la pandémie, a eu d’immenses conséquences pour la société tchèque. Il ne s’agit pas seulement des pertes économiques qui sont très graves, mais aussi des retombées politiques. L’inertie de la vie civique et la restriction des possibilités de s’opposer aux abus du pouvoir, en sont les exemples les plus flagrants. Autrement dit, on nous a fait peur pour pouvoir nous protéger. Nous sommes restés en bonne santé, mais nous avons été moins libres. Les Tchèques doivent se préparer à la deuxième vague de l’épidémie, mais il semble que nous serons les témoins plutôt d’une deuxième vague d’une manie psychotique collective. »

Et le commentateur, toujours sur Forum24.cz, de conclure que « la maladie psychique de l’ensemble de la société risque d’être pire que le Covid-19 ».

Quel engagement civique à la mi-temps de la pandémie ?

Logo de l’association Un million de moments

L’association Un million de moments pour la démocratie reste active en dépit du Covid-19. Ses manifestations ont néanmoins perdu en force. C’est ce que remarque le journal en ligne DeníkReferendum. Son auteur se penche sur la manière dont le confinement et les diverses restrictions ont influencé les activités de cette initiative civique d’opposition au Premier ministre Andrej Babiš. En effet, la dernière manifestation organisée au début du mois de juin a réuni des milliers de personnes, à Prague et dans d’autres villes du pays :

« Un million de moments pour la démocratie a attaqué l’année 2020 avec des projets ambitieux. Mais en raison de la pandémie de coronavirus, elle a été contrainte de réduire les rencontres, les protestations et ses autres activités. Pour autant, les membres de l’association ont trouvé de nouveaux moyens pour développer l’engagement civique et la démocratie. Au début de la pandémie, ils ont consacré leur temps au volontariat, et désormais ils misent sur le suivi et les analyses des événements publics et sur la diffusion d’informations relatives aux affaires politiques. »

Les politologues cités dans le texte sont néanmoins d’accord pour admettre que la pandémie a été préjudiciable à ce mouvemment civique, et pas seulement en raison de l’interdiction d’organiser de grands rassemblements. En attendant ses retombées économiques, les gens se préoccupent en effet prioritairement de leur propre situation. Deník Referendum note enfin :

Photo : Michaela Danelová, ČRo

« Un Million de moments pour la démocratie n’a pas abandonné son thème principal, à savoir la critique du gouvernement d’Andrej Babiš. Ces deux dernières années, l’association a organisé plusieurs grandes manifestations. Celle qui s’est tenue en juin 2019 sur l’esplanade de Letná à Prague, en présence de quelque 300 000 personnes, a été la plus grande depuis la chute du régime communiste. Aujourd’hui, les activistes concentrent leur attention sur les prochaines élections régionales et sénatoriales, en octobre, histoire d’aider les partis démocratiques et de faire augmenter de cinq points le taux de participation aux deux scrutins. »