Le Sénat pour les lustrations et contre la génocide

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Mercredi, les sénateurs tchèques ont prolongé la vie d'une loi tchèque des plus controversées, la loi sur la lustration. Le même jour, le Sénat a dit oui aux peines sévères pour ceux qui nieraient les génocides nazi ou communiste. Plus de détails avec Magdalena Segertova.

La loi sur la lustration est née, peu après la Révolution de velours, en 1991. Pourquoi ? En réaction à l'apparition de plusieurs anciens collaborateurs de la police secrète communiste, parmi la nouvelle élite tchèque. Perçues comme une mesure provisoire, personne n'a cru que les lustrations allaient voir l'an 2000. Contrairement à ce que l'on attendait, il semble que cette loi d'épuration influencera la vie des Tchèques encore au 21ème siècle. Quel est exactement son rôle ? Elle interdit aux anciens responsables communistes et aux collaborateurs de la police secrète communiste d'occuper des postes importants dans l'appareil d'Etat : dans l'administration et les médias publics, dans l'armée, la police, les entreprises d'Etat, dans les prisons... Il y a cinq ans, la validité de la loi a été prolongée pour la première fois. Cette année, les parlementaires se sont de nouveau mis d'accord : les lustrations, autrement dit examens d'irréprochabilité politique et morale, doivent continuer. Et ceci jusqu'à ce qu'une autre loi, celle sur les fonctionnaires, ne voit le jour. Sa préparation peut, bien sûr, prendre des années et des années. Un autre changement à part cette validité pratiquement indéterminée de la loi sur les lustrations : désormais, tout Tchèque né après le 1er janvier 1971 en est épargné. Les lustrations ont toujours eu de nombreux opposants : les partis de gauche, en premier lieu, mais aussi certaines institutions européennes et le Président Havel. D'après lui, il s'agit d'une mesure imparfaite, ne pouvant pas résoudre les problèmes du passé. D'ailleurs, le Président a mis son veto à la première prolongation de la validité de la loi. Dans quinze jours, on saura si le chef de l'Etat est toujours du même avis. Même s'il ne signe pas la loi, son veto peut être mis en minorité par la Chambre des députés.

Passons à la modification du code pénal, approuvée également par le Sénat. Elle propose de 6 mois à 3 ans de prison pour celui qui nierait, mettrait en doute ou justifierait les génocides nazi et communiste, ainsi que les autres crimes contre l'humanité commis par les nazis et les communistes. Celui qui inciterait les gens à la haine raciale, nationale, religieuse ou de classes, risquerait jusqu'à deux ans de prison. Cette modification, elle aussi, doit être signée par Vaclav Havel.

Auteur: Magdalena Segertová
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