Le symbole d’Auschwitz et les menaces d’aujourd’hui

Photo: ČTK

La Journée internationale dédiée aux victimes de l’holocauste, ce mardi 27 janvier, a inspiré certains éditorialistes de la presse écrite à s’interroger sur les formes que prend aujourd’hui l’antisémitisme. Dans la presse électronique nous avons retenu un texte qui souligne, à la lumière des tendances prorusses des deux derniers présidents tchèques, que la Tchéquie fait partie de l’Ouest. Le terrorisme et les différentes questions qui s’y attachent demeurent un autre sujet très présent dans les pages de la presse locale, dont nous avons retenu quelques extraits. Quelques mots enfin au sujet des films tchèques qui ont plu cette année à la critique.

Photo: ČTK
« En ce moment, les Juifs en Tchéquie ne se sentent pas menacés ». C’est ce que souligne Martin Fendrych dans un texte consacré aux différents aspects de l’antisémitisme actuel en Europe qui a été publié sur le serveur aktualne.cz. Il donne à ce sujet quelques explications :

« Petite, la communauté juive en Tchéquie est tolérée par une grande partie de la société majoritaire. Au cours de l’année écoulée, la congrégation juive n’a recensé que trois agressions antisémites physiques, dont deux avaient des motifs patrimoniaux. Ceci dit, des signes d’un antisémitisme latent surgissent à certaines occasions. Il suffit de rappeler les ‘célébrations’ par les néonazis de la Nuit de cristal, en 2003 et en 2007. Toutefois, une marche à travers la cité juive prévue alors à Prague, avec des torches allumées à l’instar de ce que faisaient les nazis en Allemagne, a été déjouée par une manifestation organisée par les membres des organisations juives de Prague et en présence d’autres personnes venues les soutenir. »

Martin Fendrych considère que ceci donne à croire que si un certain antisémitisme existe en République tchèque, la société arrive à y faire face. Ce qui est pour lui à l’heure actuelle plus inquiétant et plus brûlant, ce sont les attaques et les rassemblements anti-rom. Une occasion pour lui de rappeler que les Roms tchèques avaient été eux aussi déportés dans des camps de concentrations et que ce chapitre sombre de notre histoire n’a pas encore été entièrement géré par la société. L’éditorialiste remarque enfin :

« Ces derniers temps, tout indique qu’à ‘l’anti-tziganisme’ qui existe dans le pays va s’ajouter l’anti-islamisme ou l’anti-musulmanisme. Le fait que l’on ne trouve en Tchéquie que quelque quinze ou vingt mille musulmans, ce qui est un nombre très faible, ne semble pas pouvoir changer grand-chose aux tendances, dont nous sommes aujourd’hui témoins ».

Dans un texte publié dans le quotidien Lidové noviny,Tomáš Klvaňa, professeur universitaire et publiciste, note entre autres que l’antisémitisme ne représente pas un simple préjugé car s’il existe une large gamme de différents préjugés, il n’en existe pourtant aucun autre qui ait produit le crime diabolique de l’holocauste. Il souligne également que soixante-dix ans après la libération du camp d’Auschwitz, l’antisémitisme est en ascension, ce à quoi contribue la démocratisation de la discussion sur internet.

Dans une autre note publiée également dans le quotidien Lidové noviny, l’éditorialiste Zbyněk Petráček émet l’idée, tout en soulignant ne vouloir aucunement relativiser l’holocauste, que le symbole d’Auschwitz dissimule le caractère des menaces d’aujourd’hui. Il explique :

« Aujourd’hui, soixante-dix ans après Auchwitz, les Juifs se sentent en Europe de nouveau en manque de sécurité. Pourquoi ? L’Europe cultivée, comme dans d’autres cas, se prépare à une guerre révolue. Fidèle au legs d’Auschwitz, elle va lutter contre l’antisémitisme. Pourtant, l’antisémitisme qui a conduit à Auschwitz, diffère de la principale menace pour les Juifs d’aujourd’hui. Cette menace n’est pas tellement représentée par l’islamisme radical lui-même, mais, plutôt, par des élites européennes libérales et multiculturelles de gauche qui sous-estiment l’antijudaïsme musulman. »

Selon Zbyněk Petráček, dans l’Europe d’aujourd’hui, il n’est pas possible de cultiver les stéréotypes antisémites. Ce qui est en revanche possible, c’est de les transmettre sur l’Etat d’Israël pour en faire un « Juif collectif »..

La Tchéquie fait partie de l’Occident

Dans un commentaire publié sur le serveur echo24.cz, l’éditorialiste Dalibor Balšínek suggère que les deux présidents tchèques qui ont succédé à Václav Havel, respectivement Václav Klaus et Miloš Zeman, se sont orientés, à la différence de leur prédécesseur, vers la Russie. Il a notamment écrit :

« Les années 1990 ont été entièrement empreintes de l’éthos du retour du pays en Europe. C’est notamment la fin du Traité de Varsovie et l’adhésion du pays dans les structures de l’Alliance atlantique qui ont constitué pour notre pays non seulement un abandon de l’Est barbare mais, surtout, la libération du joug de la Russie soviétique. La Russie n’est plus soviétique, il est vrai, mais elle demeure toujours à l’Est, n’étant pas capable d’assumer ce que comporte la démocratie européenne classique ».

L’auteur rappelle qu’après la chute du régime communiste, toute coquetterie avec la Russie était inimaginable. Cette approche aurait changé, selon lui, en raison d’une orientation prorusse prononcée, tant de Václav Klaus que de Miloš Zeman. Dalibor Balšínek en donne quelques exemples avant de constater :

« Il est vrai que depuis toujours, la position de la société tchèque à l’égard de la Russie a été un peu ambiguë. Il suffit de rappeler la forte influence du panslavisme et la présence du rêve d’une grande ‘Slavie’ qui a été répandue dans le pays au XIXe siècle. Il se peut que l’esprit de cette idée qui, face au germanisme de l’époque, avait un bien-fondé, survit jusqu’à nos jours. Mais aujourd’hui, il n’y a aucun doute sur notre appartenance à l’Ouest et sur notre orientation future. En effet, hormis l’occupation allemande, la curatelle de la Russie s’étendant sur une quarantaine d’années, faisait partie des périodes les plus obscures de l’histoire de notre pays ».

D‘où vient la haine des terroristes

Photo: Menendj, CC BY-SA 2.5 Generic
Dans un texte publié sur le serveur du quotidien économique Hospodářské noviny, Jan Hron s’interroge sur les motifs qui nourrissent la haine des terroristes à notre égard. Une question selon lui que « doit se poser après chaque acte terroriste, tout un chacun, d’autant plus que celui de Paris n’a certainement pas été le dernier. » En même temps, il admet qu’il s’agit non seulement de la haine, dont il faut tenir compte, mais aussi de ce que l’Europe (tout comme l’Amérique) agace lourdement un grand nombre de pays dans le monde. Voici un extrait de l’hypothèse qu’il soumet :

« Comparé à un grand nombre de pays pauvres, instables ou non démocratiques, l’Europe constitue un oasis de démocratie, du droit, de la culture, ainsi que de la richesse. Point étonnant que des foules de gens en détresse cherchent à s’y établir. Mais la réussite de l’Europe est non seulement source d’admiration mais aussi de frustration. »

Jan Hron estime alors que les Européens sont désormais appelés non seulement à assumer le poids de leur responsabilité, mais aussi à atténuer leur arrogance qui n’est plus la même qu’à l’époque du colonialisme, il est vrai, mais qui serait quand même un de leurs traits typiques.

La critique a apprécié les accents sociaux des films tchèques

'Cesta ven', photo: ČT
Au lendemain de la remise des Prix de la critique aux films tchèques, qui en était cette année à sa cinquième édition, le publiciste Kamil Fila a constaté que cet événement a confirmé sa raison d’être. Il s’est notamment félicité de la réussite dans quatre catégories sur huit du film Cesta ven (Je m’en sortirai) du réalisateur Petr Václav. Dans l’hebdomadaire Respekt, il a écrit à son sujet:

« Le film Cesta ven qui a été présenté au dernier festival de Cannes et qui a d’ailleurs été l’unique représentant du cinéma tchèque depuis de longues années, raconte l’histoire d’une jeune femme rom qui cherche difficilement un nouveau travail et sa place dans la vie. Avec ce film, le réalisateur qui a passé ses dernières années en France, signe un retour au cinéma tchèque. Une distance qui lui a permis de porter un regard décapant sur le climat et les tensions sociales qui existent dans le pays et qui, avec les années, se sont encore aiguisées. »

Kamil Fila suppose que ce drame social de Petr Václav qui est selon lui un film dépressif, offrant une image inédite de la société éloignée de celle présentée par exemple par les chaînes de télévision, aura probablement moins de chance d’obtenir les populaires Lions tchèques, prix qui sont une analogie des Césars français et qui sont annuellement attribués aux meilleurs films tchèques. Par ailleurs, c’est aussi dans la catégorie des films documentaires que la critique a apprécié cette année des films comportant de forts accents sociaux.