‘Les Contes du pommier’ à la Berlinale, un film tchèque tourné en partie en France

'Les Contes du pommier'

Dans la section GenerationK dédiée au jeune public, la Berlinale 2025 présentera en première mondiale, ce dimanche 16 février, le film d’animation tchèque « Pohádky po babičce » (‘Tales from the Magic Garden’ ou ‘Les Contes du pommier’). Adaptation d’un livre signé Arnošt Goldflam, le film est le fruit d’une collaboration entre quatre réalisateurs tchèque, slovaque, slovène et français - David Súkup, Patrik Pašš, Leon Vidmar et Jean-Claude Rozec. Auteur également de sa conception artistique, Jean-Claude Rozec nous en dit plus sur ce « projet atypique » autour du pouvoir de la narration qui l’a immédiatement séduit.

'Les Contes du pommier' | Photo: Maur film

« Le film raconte l’histoire de trois enfants qui vont passer un week-end chez leur grand-père. Au début, l’ambiance est un peu triste, car cela se passe peu après la mort de leur grand-mère. Celle-ci avait l’habitude de raconter des histoires aux enfants et c’est l’héroïne du film, Suzanne, qui va reprendre ce rôle pour, à son tour, raconter des histoires à ses frères et à son grand-père et leur remonter le moral. Chaque histoire inventée par la petite fille à partir d’un mot-clé, est un court-métrage réalisé par une équipe différente, dans son propre pays. »

'Les Contes du pommier' | Photo: Maur film

« Je suis le dernier réalisateur à avoir été contacté par la production tchèque pour participer au projet, à un moment où les courts-métrages tchèque, slovène et slovaque étaient soit déjà tournés, soit en cours de tournage. La partie que j’ai réalisée est un peu particulière, car elle réunit les trois autres films. Mon rôle était donc de créer un lien entre ces trois histoires sans toutefois toucher aux films des autres réalisateurs. »

« Chaque histoire explore la personnalité des personnages. Par exemple, dans la première, qui est racontée dans le court-métrage tchèque intitulé ‘Les orphelins’, on s’intéresse au plus petit garçon de la famille, Tom, et à sa peur d’être abandonné. Le deuxième court-métrage, ‘Les trognons de pommes’, confronte, lui, un autre petit garçon à une espèce de bête mystérieuse, un monstre rencontré dans la forêt. »

'Les Contes du pommier' | Photo: Maur film

Le film est inspiré d’un très beau livre de contes pour enfants d’Arnošt Goldflam qui s’intitule « O nepotřebných věcech a lidech ». Un livre dans lequel des objets inutiles deviennent magiques et porteurs de joie et d’espoir dans des situations difficiles. Retrouve-t-on ces objets inutiles dans le film ?

Photo repro: Magdalena Hrozínková,  Arnošt Goldflam,  'O nepotřebných věcech a lidech'/Éd. Andrej Šťastný

« Oui, surtout dans les trois courts-métrages qui sont directement adaptés de l’œuvre d’Arnošt Goldflam. Comme je l’ai dit, mon segment est un peu différent. La fin du film montre comment les personnages peuvent accepter le deuil, en se plongeant dans le souvenir de leur grand-mère. Cela se passe à travers une lanterne magique et des photos. C’est aussi un jeu sur des objets. Du coup, même si mon histoire n’est pas tirée du livre, j’ai prolongé cette thématique. »

La mort et le deuil sont pourtant des sujets rarement abordés dans les films pour enfants…

'Les Contes du pommier' | Photo: Maur film

« J’ai trouvé ce projet très étrange, atypique, et c’est d’ailleurs ce qui m’a séduit dès le début. Il est particulier déjà par le fait qu’il s’agit de différentes histoires qui n’ont pas vraiment de rapport entre elles. Nous avons utilisé la technique de la stop-motion, ce qui veut dire que nous avons animé les poupées image par image. C’est une technique très artisanale qui demande beaucoup de temps et de patience, et que, personnellement, je n’utilise pas souvent. Enfin, ce qui m’a intéressé, c’est cette thématique de la tristesse et des souvenirs qui nous concerne tous. Le film traite ce sujet de manière quelque peu surréaliste. C’est un ton particulier, personnel et assez déroutant que l’on retrouve dans l’univers d’Arnošt Goldflam. Malgré ces sujets sombres et peut-être déprimants de prime abord, le film est très positif puisqu’il évoque une forme de connexion ou de lien que l’on peut maintenir au-delà du décès de quelqu’un. »

‘Les Contes du pommier’ ont-ils quelque chose en commun avec vos propres films d’animation ?

« Non, parce que j’ai écrit et développé mes courts-métrages moi-même. Ce projet était donc une première pour moi. On m’a donné un scénario sur lequel je devais travailler avec une musicienne slovaque, une monteuse tchèque, un étalonneur slovène… »

'Les Contes du pommier' | Photo: Maur film

Assisterez-vous à la première du film au festival de Berlin ?

« Oui, je m’y rends, aussi pour revoir les réalisateurs et les producteurs que j’avais brièvement rencontrés en visio-conférences ou quand je me suis rendu en Slovénie. Je travaillais sur le film il y a encore quelques semaines et, pour l’instant, je ne l’ai vu qu’avec quelques membres de l’équipe. Mais pour moi, le vrai baptême, c’est bien évidemment la première projection en public. »

Coproduit par le studio rennais Vivement lundi !, le film ‘Les Contes du pommier’ est programmé à la Berlinale du 16 au 22 février. Un autre film d’animation tchèque, ‘Kámen osudu’, réalisé par Julie Černá, étudiante de l’École supérieure des arts appliqués de Prague (UMPRUM), est présenté dans la section Shorts, tandis que le film documentaire ‘Time to the Target’ (Vitaly Mansky), coproduit par l’Ukraine, la Tchéquie et la Lettonie, est projeté dans la sélection Forum.