Les députés logés aux frais du contribuable

Les appartements pour les députés, photo: CTK

Une chose qui est impensable dans les pays de l'Union européenne, certains députés tchèques seront logés aux frais du contribuable, suscite la critique de la presse aussi bien que de l'opinion publique.

Les appartements pour les députés, photo: CTK
Les députés, sénateurs et leur personnel occupent, déjà, quinze maisons et palais, dans le centre historique de la capitale tchèque, Prague. Le quartier « parlementaire », comme on appelle, aujourd'hui, une partie du quartier historique de Mala Strana, sous le Château de Prague, devrait encore être élargi. Les institutions de protection des monuments historiques sont contre. Le Club pour la vieille Prague, par exemple, qualifie le projet de construire, dans ce quartier, des garages souterrains pour les députés, de « nouvelle victoire des manières hautaines sur le bon sens » et de « démonstration arrogante du pouvoir ». Tout cela ne suffit pas, encore, et les parlementaires voudraient habiter le plus près possible de leurs bureaux. Aux frais du Parlement, donc du contribuable, on vient de reconstruire un bâtiment historique, dans la rue Nerudova, l'une des plus belles rues du quartier de Mala Strana, la rue qui mène au Château de Prague. A quoi servira ce bâtiment ? A loger les députés et sénateurs qui ne sont pas domiciliés à Prague. Combien de ces privilégiés ? Quarante-sept, puisque la maison compte 47 logements. Ajoutons 32 places pour garer sa voiture. Les frais engagés dans cette « petite amélioration » de la vie des parlementaires ? Quatre-vingts millions d'euros ? Et comme cela ne suffisait pas encore, les appartements ont été équipés. Le coût ? Une bagatelle de 5000 euros par appartement. Quand on prend en compte que les salaires des parlementaires ne sont pas des plus minces, qu'ils bénéficient de privilèges divers (comme par exemple les transports en commun gratuits), pas étonnant que l'opinion publique soit scandalisée et que la presse s'en donne à coeur joie dans la critique de la nouvelle oligarchie. Le clou de l'histoire : certains partis représentés à la Chambre et au Sénat, dont certains membres seront les bénéficiaires d'un logement de luxe, sans débourser un sou, refusent de révéler les noms de ces « locataires » pas comme les autres. La social-démocratie, parti gouvernemental vient seulement de le faire, comme l'avaient fait les autres partis de la coalition gouvernementale, la semaine dernière. L'opposition, de droite et de gauche, donc le Parti civique démocrate et les communistes, hésitent encore. Cela devrait se faire « dans les jours à venir »... Les observateurs étrangers sont unanimes, comme le politologue britannique Jeff Gordon : Au Royaume-Uni, un homme politique qui vivrait aux frais du parlement serait immédiatement accusé de corruption ! De même en France, en Belgique, ou dans les autres pays de l'Union européenne, une union dont la Tchéquie doit devenir membre au 1er mai, justement, de l'année 2004.