Les Monts Métallifères - candidat à l’inscription sur la liste du patrimoine de l'UNESCO

Les monts Métallifères avec le mont Klínovec, photo: Archives de Radio Prague

Les Monts Métallifères (Krušné hory), chaîne de moyennes montagnes en Bohême de l'ouest, pourraient bientôt figurer sur la liste du patrimoine mondial de l'UNESCO. Un pas a été franchi lundi dernier : la République tchèque et le land de la Saxe ont signé à Dresde une demande commune d'inscription du Paysage culturel minier des Monts Métallifères. Une décision devrait être rendue en 2015. Les Monts Métallifères sont la destination de ce magazine touristique de Radio Prague.

Les monts Métallifères avec le mont Klínovec,  photo: Archives de Radio Prague
Les monts Métallifères forment sur 130 kilomètres une frontière naturelle entre la Saxe et la Bohême. Ils sont dominés par le mont Klínovec (1 243 mètres) du côté tchèque et le Fichtelberg (1 214m) du côté allemand. Pratiquement inhabités au Moyen âge et couverts de forêts impénétrables, les Monts Métallifères ont été peuplés par des mineurs et des commerçants à partir du XVe siècle, avec l'exploitation de nombreux gisements d’argent, d’étain, de cobalt, de nickel, de mercure, de fer et d’uranium. Pour Petr Mikšíček, grand connaisseur des Monts Métallifères qui a parcouru à pied et avec son appareil photo tous les coins de cette région, ces monts offrent trois images différentes :

« Les amateurs de forêts d'épicéas riches en champignons et qui sont aussi attirés par les traditions populaires devraient se rendre dans la partie occidentale des Monts Métallifères située non loin de la station thermale de Karlovy Vary. Ceux qui aiment les longues balades dans la nature multicolore offrant des vues splendides sur la région parsemée de monuments historiques miniers se régaleront dans les environs de la ville d'Ústí Nad Labem. La partie saxonne des Monts Métallifères satisfera les admirateurs de paysages soigneusement cultivés par des générations d'habitants locaux. Ils pourront s'y faire une idée du caractère de la partie tchèque de ces monts avant l'expulsion des Allemandes des Sudètes. La tradition, les maisons anciennes, l'architecture, la culture d'origine y ont été maintenues. »

Photo: Zdeňka Kuchyňová
Avant la Deuxième Guerre mondiale, 99% de la population des Monts Métallifères était allemande. Après la fin de la guerre, seuls les antifascistes, les spécialistes en métallurgie et en sylviculture ont échappé à l'expulsion. C’est ce que rappelle Petr Mikšíček :

« Tout cela a laissé des traces indélébiles sur le visage de la région. Avant 1945, les Monts Métallifères comptaient parmi les monts les plus peuplés d'Europe. Leurs habitants ont toutefois été contraints de partir. Les villages déserts commençaient à tomber en ruines. Près d'une quarantaine de villes des Monts Métallifères ont disparu. La communauté de montagnards a été réduite à moins de 30%. L'industrie traditionnelle de la dentelle, les manufactures de gants et de jouets, tout cela a disparu. Aujourd'hui, des arbres sains poussent de nouveau à la place des forêts polluées. Les gens, les investissements sont de retour dans les Monts Métallifères qui sont devenus une destination recherchée des touristes. »

Photo: Miloš Turek
Le climat des Monts Métallifères est rude. On appelle parfois cette région la Sibérie saxonne. Des chutes de neige abondantes sont possibles jusque fin avril. Le nom de ces monts « krušné », qui signifie « rude, pénible, dur » en tchèque, provient des nombreux gisements de minerais disséminés dans leur sous-sol, explique Petr Mikšíček:

« Le nom ‘krušné’ ne désigne pas la rudesse de la vie ici, comme certains pourraient le penser. En fait, il s’agit d’un dérivé du mot ‘krušit’ qui veut dire ‘casser, exploiter’. Sinon, la vie n'est pas plus difficile dans les Monts Métallifères que dans n'importe quelles autres montagnes. Les villages ne sont pas nichés dans des vallées, mais situés droit sur les crêtes, à 900 mètres d'altitude. La vie devient difficile avec l'arrivée des fronts froids accompagnés de fortes rafales de vent, mais cela fait partie du climat, car ces monts ont une altitude relativement élevée. »

En été, les Monts Métallifères sont recherchés pour leurs lacs de retenue, leurs paysages verdoyants, leurs forêts, leurs villages de villégiature et leurs stations thermales. En hiver, ils sont des lieux réputés pour des sorties de ski de fond sur les crêtes boisées :

Photo: Miloš Turek
« Les Monts Métallifères sont très accueillants et offrent un séjour convivial : c'est une crête longue de 130 kilomètres dont l'altitude n'est jamais inférieure à 700 mètres. Le terrain est idéal pour la pratique du vélo en été et du ski de fond en hiver. Cent kilomètres de pistes balisées sont quotidiennement entretenus entre les stations de Telnice et Kalek. Ces monts sont un paradis pour les skieurs, cyclistes et randonneurs. »

L'idée de classer les Monts Métallifères, uniques en Europe notamment pour l'impact de l'activité d'exploitation des minerais sur le paysage et son peuplement, a été avancée par la partie saxonne. Au total, 6 200 hectares se trouvant des deux côtés de la frontière, essentiellement cependant sur le territoire allemand, pourraient être classés. Ce qui relie les différents endroits, c'est justement leur passé minier, observe Petr Mikšíček :

La colline Mědník,  photo: Horst74,  CC BY 3.0 Unported
« Beaucoup d'anciennes mines sont aujourd'hui accessibles aux touristes. Ainsi, dans la région d'Ústí nad Labem, c'est la ville historique de Krupka avec la galerie Starý Martin et la colline Mědník, où l'exploitation des gisements de minerais a duré près de sept cents ans. Mědník est unique pour la quantité élevée de galeries se trouvant à l'intérieur de son sommet avec près de 70 vestiges authentiques de procédés historiques d'extraction de minerais. Mědník devrait devenir le centre du futur parc de l'UNESCO englobant les anciens sites miniers des deux côtés – tchèque et saxon - des Monts Métallifères. »

Boží Dar,  photo: Archives de Radio Prague
Du côté tchèque, la série « paysage culturel » proposé à l'inscription sur le site du patrimoine de l'UNESCO comprend six composantes. Hormis Mědník, qui constitue la partie clé, c'est Boží Dar, ce qui veut dire « le cadeau de dieu ». Centre d'extraction des minerais d'étain et d'argent du XVIe au XIXe siècle, Boží Dar est aujourd'hui le centre touristique des Monts Métallifères.

Autre centre important, la ville minière historique de Jáchymov, située dans la partie occidentale des Monts Métallifères, à une vingtaine de kilomètres de Karlovy Vary. Jáchymov détient une primauté mondiale dans l'identification des propriétés de l'uranium. C'est justement à partir des minerais de Jáchymov que Marie-Curie Sklodowska a pu isoler les éléments radioactifs radium et polonium. Avant la Première Guerre mondiale, Jáchymov disposait même du monopole de production et d'exportation de radium. Exploitées jusqu'en 1962, les mines ont fourni près de 8 000 tonnes d’uranium au programme nucléaire soviétique. Le maire de Jáchymov, Bronislav Grulich, estime que la demande d'inscription des Monts Métallifères au patrimoine de l'UNESCO représente un nouvel espoir pour la ville :

Les thermes de Jáchymov,  photo: CzechTourism
« Le passé glorieux de Jáchymov est lié à l'extraction d'argent à partir du XVIe siècle. Tombé pendant longtemps dans l'oubli, la ville fait de nouveau parler d’elle dans les années 1890 lorsque Marie-Curie y séjourne. La découverte du polonium et du radium isolés de la pechblende de Jáchymov lui a valu le prix Nobel de chimie en 1911. Suite à la découverte des effets bénéfiques pour la santé, les premières thermes au radon au monde ont ouvert leurs portes en 1906. Après la Deuxième Guerre mondiale, les mines d'uranium servent de camps de travaux forcés pour les prisonniers politiques du régime communiste. Après cette période noire de l’histoire et la fermeture des mines, Jáchymov tombe une nouvelle fois dans l'oubli et je crois que grâce à cette initiative, la ville vivra de nouveau des heures de gloire. »

Les premières démarches visant à l'inscription des Monts Métallifères au patrimoine de l'UNESCO ont été entamées il y a plus de dix ans de cela. L'association Montanregion a alors été créée pour soutenir le projet englobant plusieurs dizaines de sites miniers, lieux d'exploitation et de transformation des minerais de métaux, galeries, zones d'orpaillage ainsi qu'une quantité de monuments, châteaux, couvents construits grâce à l'activité minière, mais aussi le patrimoine immatériel à travers des traditions minières encore vivantes de nos jours.

La République tchèque possède actuellement douze sites inscrits sur la liste du patrimoine mondial de l'UNESCO, parmi lesquels Lednice-Valtice est pour l'instant l'unique paysage culturel.

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