Les Tchèques soulagés de ne pas être dans la zone euro, mais pas à l’abri d’une nouvelle crise pour autant

Ce mardi, le parlement slovaque doit se prononcer sur le renforcement du Fonds de sauvetage européen. Un possible rejet bloquerait l'opération de renflouement de la Grèce. Vus de Prague, les problèmes de la zone euro n’encouragent personne à vouloir que la République tchèque adopte la monnaie unique européenne, même si la couronne n’empêchera pas le pays de subir les conséquences d’une potentielle nouvelle crise.

Foto: archiv Radia Praha
A Bratislava, la tension monte à quelques heures du vote : le parlement slovaque restera le dernier à devoir se prononcer sur une réforme qui doit permettre une nouvelle aide à la Grèce. Malgré la pression internationale, Richard Sulík, le président de ce parlement, également chef d’un parti de la coalition gouvernementale slovaque, refuse de valider ce plan. Pour Richard Sulík, même si l’Europe a beaucoup aidé la Slovaquie, la solidarité a ses limites :

Richard Sulík
« La Slovaquie a, il est vrai, reçu des sommes importantes des fonds structurels de l’UE, mais la République tchèque a également beaucoup reçu de ces fonds et elle ne doit rien payer aujourd’hui. La Grèce a reçu encore plus de fonds structurels, et non seulement elle ne doit pas payer mais en plus elle va encore recevoir de l’argent. Et puis la Slovaquie paye désormais des sommes conséquentes à Bruxelles. »

A Prague, le gouvernement a déjà repoussé plusieurs fois l’entrée dans la zone euro et pour l’instant aucune date n’est arrêtée. Le chef de l’Etat, Václav Klaus, est un farouche opposant à l’intégration européenne et parmi ses prérogatives figurent la nomination des membres de la direction de la banque centrale.

Vladimír Dlouhý
Au café du commerce, il n’est pas rare d’entendre des Tchèques affirmer que les Slovaques, très fiers d’avoir adopté l’euro dès 2009, « n’ont finalement que ce qu’ils méritent. » Pour l’ancien ministre tchèque de l’Industrie et du Commerce, Vladimír Dlouhý, il faut pourtant se rendre à l’évidence : les problèmes de la zone euro sont aussi les problèmes de la République tchèque.

Vladimír Dlouhý: « Quand bien même en République tchèque les élites intellectuelles et politiques pourraient avoir des réserves sur l’intégration européenne et sur l’adoption de l’euro, je pense que d’un point de vue pragmatique pour nous il est important que les pays de la zone euro prennent l’importante décision dont il est question. Et il ne faut pas tourner le problème en dérision. Parce que de tous les scénarios, pour nous le pire serait que l’euro s’effondre ou que la faillite de la Grèce ne soit pas contrôlée. »

Pour le professeur d’économie Jan Švejnar, la dépendance de l’économie tchèque à l’économie allemande est telle que si nouvelle récession il y a, le pays ne pourra y échapper:

« Ce sera la Chine, l’Inde, le Brésil qui seront les pays clés, avec la Russie dans une certaine mesure. Ces pays ont une croissance importante mais qui est en train de ralentir et qui dépend surtout de leurs exportations vers les Etats-Unis et l’Europe. Si leurs exportations ralentissent à cause de la situation future, alors cela aura tôt ou tard des conséquences notamment sur les exportations de l’Allemagne vers la Chine et donc sur les exportations tchèques vers l’Allemagne. Tout est lié, et les prévisions sont de plus en plus négatives et cela a un impact sur le fonctionnement même de l’économie. »

Lors d’un récent congrès à Prague, le ministre tchèque des Finances, Miroslav Kalousek a indiqué que « personne n’était en mesure de prévoir si la récession va arriver et quelle en sera l’ampleur. »