L'étiquette pour le XXIe siècle

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Mille fois dans la journée on se conforme aux règles de l'étiquette. Dans la majorité des cas on le fait presque automatiquement sans y penser, mais parfois on est pris au piège et on ne sait pas comment sortir d'une situation délicate. Et on se pose des questions parfois difficiles à répondre. Dans le livre « L'Etiquette » de Ivo Mathé et Ladislav Spacek paru aux éditions BB/art le lecteur trouve presque toutes ces situations, tous ces pièges que l'étiquette nous tend dans la vie. Et pratiquement toutes ces situations sont illustrées d'innombrables photos accompagnées de commentaires détaillés. Vous y trouverez donc tout ce que vous avez toujours voulu savoir sur l'étiquette sans jamais oser le demander.

« Dans la société, nous ne sommes pas égaux en droits » - telle est la règle numéro un que le lecteur apprend tout de suite dans le premier chapitre. Et pour ceux qui s'offusqueraient d'un tel manque de démocratie, les auteurs expliquent : C'est toujours la femme, la personne plus âgée ou celui qui occupe un poste important qui ont la priorité dans les rapports sociaux.

Il est typique pour le milieu tchèque que les règles de l'étiquette soient liées, en quelque sorte, aux présidents de la République. Dans la première moitié du XXe siècle, c'était le maître de cérémonie de la présidence de la République, Jiri Stanislav Guth-Jarkovsky, qui était considéré comme une grande autorité dans ce domaine. Cet « arbiter elegantiarum », auteur de quelques livres sur l'étiquette, a marqué plusieurs générations de Tchèques. D'aucuns le considèrent encore aujourd'hui comme une véritable personnification de la bonne conduite. Apparemment, ils manquent de références car sous le communisme les bonnes manières étaient plutôt négligées. Au début du XXIe siècle, c'étaient donc deux anciens collaborateurs du président Vaclav Havel, le chef du bureau présidentiel, Ivo Mathé, et l'attaché de presse, Ladislav Spacek, qui ont pris la relève. Dans une série télévisée et dans le livre qu'ils en ont tiré, ils ont dû apprendre aux Tchèques, entre autres, que les temps avaient changé et que certaines règles de Guth-Jarkovsky n'étaient plus valables.


Comment devient-on spécialiste de l'étiquette ? Ladislav Spacek évoque son apprentissage des bonnes manières :

« J'ai hérité tout cela de mon papa. Mon père n'était qu'un simple employé de bureau, mais dans son armoire il y avait toujours plusieurs costumes. Chaque jour, il en choisissait un autre et il savait faire au moins deux ou trois noeuds de cravate. Il nouait sa cravate tous les jours, il ne prenait jamais une cravate avec un noeud tout fait. Je voyais donc, et j'y consacrais beaucoup d'attention, l'allure d'un véritable gentleman. En mûrissant, j'avais de plus en plus de possibilités de me présenter dans la société, ce qui a abouti finalement à mon engagement au Château de Prague. J'ai passé dix ans et demi aux côtés du président Havel, j'ai visité des dizaines de pays du monde, j'ai dîné avec la reine d'Angleterre, avec tous les présidents américains et j'ai donc eu l'occasion de connaître les bonnes manières au niveau le plus élevé. Cela m'intéressait, je le suivais attentivement et quand j'ai fini mon travail au Château, je sentais en moi un grand potentiel pour en profiter. J'ai préparé d'abord une série télévisée et, ensuite, j'ai accepté la proposition du directeur de la maison d'édition Mlada fronta pour écrire un livre à ce sujet. »

Evidemment, Ladislav Spacek ne pouvait pas inventer ou définir les règles de la bonne conduite tout seul. Il a lu beaucoup de livres sur les bonnes manières, à commencer par les manuels de Gut-Jarkovsky jusqu'aux auteurs contemporains, mais dans tous ces livres il sentait un certain manque.

« Par exemple, Guth-Jarkovsky est une légende qui appartient à l'histoire. Nombre de ses conseils sont aujourd'hui complètement anachroniques. Il écrivait ses livres à l'époque où la situation de la femme était complètement différente, où les hommes portaient surtout l'habit ou le jacquet. Par contre, nombre d'auteurs de livres actuels cherchent surtout à amuser, ce qui est bien et peut attirer plus de lecteurs, mais parfois c'est au détriment des faits et on n'apprend que peu de choses. Ainsi, pour avoir un livre dont je serais vraiment satisfait il a fallu que je l'écrive moi-même. »

Y a-t-il donc une règle générale de la bonne conduite ? Quel est le mystère de ceux qui n'éprouvent aucun gêne dans la société, de ces hommes du monde dont le comportement simple et élégant contraste avec la gaucherie des autres ? Ladislav Spacek résume :

« Les règles de bonne conduite ne sont pas très nombreuses. Il est important de savoir comment les appliquer d'une manière créative dans des situations sociales concrètes. J'ai évoqué dans mon livre de telles situations pour montrer ce qu'il faut faire quand cela arrive, et je crois qu'en cela mon livre est nouveau. (...) L`étiquette est le style de la vie, c'est la manière d'aborder le prochain. C'est un modèle élaboré par la tradition. L'homme a été appelé par Aristote « zoon politicon (animal sociable) ». Si nous laissons à part les règles, il nous reste ce qu'on devrait faire, même si l'on ne connaissait pas une seule règle : être attentif aux autres ; prévoir ce qui pourrait gêner les autres et l'éviter ; faire au contraire ce qui pourrait profiter aux autres. Pour cela, nous n'avons pas besoin de règles, mais nous devons l'apprendre à nos enfants. Déjà sur un terrain de jeu, on peut suivre le comportement des enfants. On voit s'ils sont attentifs les uns aux autres, s'ils ont tendance à résoudre leurs conflits par l'entente ou par l'agression. Et cela continuera dans leurs vies. »

(Les propos de Ladislav Spacek on été recueillis par Vilem Faltynek.)