L’ex-ministre de la santé Tomáš Julínek accusé de corruption

Illustrative photo: archive of the Ministry of the Interior

L’ancien ministre ODS de la santé Tomáš Julínek prend sa place dans la longue liste des hommes politiques tchèques accusés de corruption. Une affaire complexe, dont le cœur se trouve dans la réforme des services de sauvetage par hélicoptère en 2008, et qui vient de prendre une dimension officielle avec la plainte d’un député et celle de la police tchèque.

Tomáš Julínek, photo: Štěpán Kotrba, ČRo
Ministre de la Santé de septembre 2006 à janvier 2009, Tomáš Julínek est l’instigateur en 2008 de la réforme des services de sauvetage par hélicoptère et le signataire du contrat avec la société Alfa-Helicopter. Avant ce changement, c’est le ministère de l’Intérieur qui fournissait les hélicoptères de secours et facturait ensuite au ministère de la Santé les heures de vol. Depuis 2008, l’Etat verse à l’entreprise Alfa-Helicopter 840 millions de couronnes pour ses huit hélicoptères. C’est le député du parti Affaires Publiques Jiří Štětina qui a porté plainte contre l’ancien ministre, l’accusant officiellement de « signature de contrat désavantageux ». Pour lui, la corruption ne fait aucun doute.

Jiří Štětina, photo: Filip Jandourek, ČRo
« C’est très simple. Je me bat contre ce changement depuis 2005, depuis la signature du premier contrat. J’ai toujours voulu attirer l’attention sur les chiffres que j’ai reçus de la police et de l’armée, sur les conditions qui leur permettaient d’exercer le service de sauvetage par hélicoptère. Et je suis absolument convaincu que le gouvernement et le Parlement à cette période, c’est-à-dire le Conseil de sécurité et de Défense, avaient ces informations sur les conditions dans lesquelles l’Etat serait capable d’assurer le service de sauvetage. »

Une plainte qui a pris vendredi 19 avril une dimension plus concrète. La police est en effet entrée en jeu, accusant à son tour Tomáš Julínek d’abus de pouvoir de la part d’un fonctionnaire de l’Etat et de non-respect des lois. D’après le porte-parole de la police anti-corruption Jaroslav Ibehej, la question est dans le choix entre un service public ou attribué à une entreprise privée :

« Il est en vraiment question de la différence de prix entre l’attribution de ce service à un organe de l’Etat ou à une entreprise non-étatique. »

Photo: Archives du ministère de l'Intérieur
Toujours d’après Jaroslav Ibehej, ce contrat aurait fait perdre 792 millions de couronnes à la République tchèque, soit plus de 30 millions d’euros. La société DSA, copropriétaire d’Alfa-Helicopter se défend, son porte-parole Tomáš Zdechovský argumentant que les tarifs de sa société sont plus élevés pour la simple et bonne raison que les appareils de sa société sont mieux équipés pour les missions de sauvetage que ceux de la police et de l’armée, qui ne pourraient pas se permettre pareilles dépenses en équipement :

« Nous avons des dépenses liées à l’achat d’hélicoptères et à la formation du personnel. Ce sont des dépenses que des organisation comme l’armée et la police n’ont pas. »

Une affirmation que confirme le porte-parole du ministère de la Défense, mais que réfutent les enquêteurs de la police anti-corruption. L’affaire pourrait apparemment être rapidement résolue s’il ne s’agissait que d’évaluer le bien-fondé de ce contrat. Seulement voilà, il se trouve qu’après la signature de ce contrat et la fin de son mandat ministériel, Tomáš Julínek a rejoint le conseil d’administration d’un fonds détenu par un certain Jan Šebek, co-propriétaire d’Alfa-Helicopter, entreprise qui serait selon le quotidien Lidové Noviny, le plus grand « sponsor » du fonds de Jan Šebek. Et il se trouve également qu’en 2010 le fonds en question a versé 185 000 couronnes (un peu plus de 7 000 euros) à l’entreprise Advance Healthcare Management Institute, dont est copropriétaire Pavel Hroboň, ex-adjoint de Tomáš Julínek. Le doute est donc permis.

Le premier ministre Petr Nečas a déclaré vouloir laisser Tomáš Julínek s’expliquer, en ajoutant que selon lui « il n’existe pour le moment aucun fait connu qui permettrait d’affirmer que Tomáš Julínek a agi à l’encontre du droit ». Le principal intéressé, lui, s’est retranché dans sa maison de campagne et refuse tout commentaire.