L’interdiction de fumer dans les bars et restaurants soulève l’émotion

Photo: Kristýna Maková

L’adoption récente de la loi antitabac par la Chambre des députés a suscité de nombreuses réactions et de vives émotions. C’est le premier thème cette nouvelle revue de la presse tchèque de la semaine écoulée. Nous évoquerons également un souvenir lié à Václav Havel. Ce dimanche, cinq ans se seront écoulés depuis la mort de l’ancien président. Parmi les autres sujets qui ont retenu notre attention : pour la première fois depuis longtemps, le réalisateur Miloš Forman a accordé récemment une interview à un quotidien tchèque. Nous vous en présenterons les grandes lignes. Quelques mots enfin sur la façon dont les Tchèques sont habitués à se rendre visite ou encore sur la baisse des ventes de journaux en République tchèque.

Photo: Kristýna Maková
La loi dite antitabac adoptée par les députés qui stipule qu’il sera interdit de fumer dans les bars, restaurants et autres lieux de convivialité à compter de mai prochain, a fait apparaître de fortes émotions. Près d’un Tchèque sur quatre étant un fumeur, ces réactions ne sont pas étonnantes. Un texte publié dans le quotidien économique Hospodářské noviny sous le titre « La fumée de cigarette comme un totem de liberté » dresse différents arguments contre les adversaires de cette nouvelle disposition qui, selon eux, est une atteinte à la liberté :

« Lorsqu’une activité objectivement préjudiciable à la santé est interdite dans un espace social délimité, il ne s’agit pas d’une pratique dictatoriale. En principe, il existe deux types de restrictions et de régulations. Dans le premier se rangent par exemple le code de la route, la protection des employés ou l’interdiction de différentes formes de discrimination. C’est une réglementation positive, car elle contribue à ce que les relations entre les gens soient supportables et sûres. Mais il existe aussi, et c’est là le second type, des restrictions qui menacent réellement notre liberté, et notamment nos libertés de parole ou de réunion. C’est pourquoi considérer la fumée de cigarette comme un totem de liberté n’est pas raisonnable. »

L’auteur du texte rappelle que dans un passé récent, les gens ont vécu dans un pays qui n’était pas libre et que, pourtant, ils pouvaient fumer là où bon leur semblait. Parallèlement, on connaît aujourd’hui des pays parfaitement libres où l’on ne fume pratiquement plus. « La lutte en faveur de la cigarette que certains mènent avec acharnement et pathos ne devrait pas nous faire oublier ce qui est réellement dangereux pour notre liberté », conclut-il.

Un souvenir lié à Václav Havel

Photo: Kristýna Maková
Veritas Holíková est une sœur borroméenne qui a soigné Václav Havel jusqu’aux derniers instants de sa vie. Elle est l’une des cinq personnes que le supplément Dnes du quotidien Mladá fronta de jeudi a invitées à évoquer certains de leurs souvenirs liés à l’ancien président, décédé il y a cinq ans de cela, le 18 décembre 2011. Dans son témoignage, sœur Veritas affirme entre autres :

« Je pense à Václav Havel à chaque fois que je lis l’inscription qui figure sur l’étendard présidentiel selon laquelle la vérité l’emportera. Il me manque souvent. Je suis nostalgique de l’atmosphère qui régnait dans sa maison de campagne à Hrádeček. Celle-ci était marquée de la présence de ses anciens amis, des voisins, des gardes de corps et de son médecin personnnel. C’était une atmosphère imprégnée de convivialité humaine et dépourvue de toute rivalité comme Václav Havel savait si ingénieusement en créer. Tout cela mais aussi les rires que nous avons eus ensemble me manquent. Nos conversations graves sur la mort, qu’il était toujours le premier à lancer, resteront à jamais gravées dans ma mémoire comme une leçon de courage et de sincérité. »

Selon sœur Veritas Holíková, Václav Havel, qui était prêt intérieurement à quitter ce monde, serait parti comme une bougie consumée qui s’éteint.

Miloš Forman et la France

Miloš Forman, photo: Petr Novák, CC BY-SA 3.0
Miloš Forman, 84 ans, oscarisé à plusieurs reprises pour ses films Vol au-dessus d’un nid de coucou et Amadeus, ne donne plus d’interviews. Il y a quelques jours de cela, le réalisateur d’origine tchèque établi aux Etats-Unis a toutefois fait une exception à ce qui est devenu une règle en se laissant interroger par son épouse, Martina, pour un supplément du quotidien Hospodářské noviny. Une interview pas comme les autres, car elle s’est accompagnée lors de sa réalisation de l’écoute de chansons proches du cinéaste. A propos de la première d’entre elles, interprétée par Jacques Brel, Miloš Forman a confié :

« Ne me quitte pas… Combien d’émotions concentrées en trois ou quatre minutes. Incroyable. Hélas, je n’ai jamais eu l’occasion de voir Brel en concert, mais j’ai pu assister à un concert d’Edith Piaf et, aujourd’hui encore, je me souviens de chacun de ses gestes. Pour ce qui est de la chanson et de la cuisine, les Français sont inégalables. »

Plus loin dans l’entretien, Forman explique pourquoi la France a joué un rôle important dans sa vie :

« Lorsqu’en 1967, j’ai achevé le tournage du film ‘Au feu, les pompiers’, le chef de production Carlo Ponti ne l’aimait pas et voulait que les dollars investis soient remboursés. Alors que je risquais dans mon pays d’être passible d’une peine de dix ans de prison pour le sabotage de l’économie socialiste, François Truffaut et Claude Berri ont acheté une copie de mon film, ce qui m’a permis de payer la somme exigée. En août 1968 aussi, je me suis trouvé en France lorsque les Russes ont envahi la Tchécoslovaquie. Mes amis français ont alors eu le courage d’aller chercher à Prague mon épouse de l’époque, Věra, et mes deux fils pour les amener à Paris et nous loger chez eux. Bref, j’y ai noué des amitiés qui durent toute la vie. »

Enfin, L’Ami Louis est le nom d’un restaurant de Paris que Forman déclare aimer le plus au monde.

Quand les Tchèques se rendent visite

Photo: Archives de Radio Prague
A quelles occasions les Tchèques apprécient-ils de se rendre visite et comment leurs habitudes ont-elles évolué au fil du temps ? Le sujet a été traité dans un texte publié dans le supplément Relax de l’édition de samedi dernier du quotidien Lidové noviny. Tout en expliquant qu’il est difficile de saisir tout à fait sérieusement cet aspect de la vie privée des gens, son auteur estime néanmoins que décrire ne serait-ce que certains moments clés se rapportant aux visites telles qu’elles étaient pratiquées dans un passé récent et telles qu'elles le sont aujourd’hui est possible :

« Le lancement, en 1953, des émissions de la Télévision tchécoslovaque a constitué un tournant. Comme seuls certains ménages possédaient alors un poste de télévision, suivre les programmes en compagnie des voisins et des amis constituait une pratique tout à fait courante dans la seconde moitié des années 1950 et au début des années 1960. Les retransmissions sportives, et notamment des matchs de footbal et de hockey sur glace ou des compétitions de patinage artistique, étaient très appréciées. Les premières émissions en couleur en 1970 ont aussi poussé les gens à se rendre chez ceux qui étaient équipés. Lors de telles occasions, les conversations étaient cependant assez limitées, car ce qui importait, c’était de suivre ce qui se passait sur le petit écran. ».

L’apparition du magnétoscope dans les années 1980 ainsi que celle, un peu plus tard, des jeux électroniques ont également été à l’origine de nombreuses visites des uns chez les autres. L’auteur de cette étude remarque que sous le communisme, ces rencontres étaient souvent bien arrosées, car l’alcool était relativement bon marché. Il évoque une autre habitude très répandue à l’époque parmi les Tchèques, et qui le reste aujourd’hui encore, selon laquelle les visiteurs enlevaient leurs chaussures devant la porte d’entrée ou encore enfilaient des chaussons mis à disposition par le maître des lieux. Ce phénomène spécifique des visites disparaît peu à peu. En conclusion, le journal constate que malgré la multiplication des moyens modernes de communication, près de la moitié des Tchèques affirment continuer à effectuer une visite au moins une fois par mois.

La chute des ventes de journaux

Photo: Archives de Radio Prague
Selon les données publiées par le Bureau ABC RT, qui est l’auditeur officiel des ventes des périodiques tchèques, le nombre de quotidiens et d’hebdomadaires qui se vendent aujourd’hui a baissé de moitié par rapport à ce qu’il était il y a encore cinq ans de cela. Comme le précise le site echo24.cz, cette chute des ventes concerne l’ensemble des journaux. Cette évolution a des retombées graves sur toutes les maisons d’édition. Echo24.cz précise pourquoi :

« Cette baisse dramatique touche en premier lieu les deux quotidiens les plus lus, Mladá fronta Dnes et Blesk. Tandis que la presse à sensation se vend prioritairement dans les commerces et les kiosques, le fonctionnement des périodiques dits sérieux repose sur les abonnements. Ils ont eux aussi enregistré une baisse importante, à l’exception du quotidien Lidové noviny. Les chiffres peu favorables concernent aussi la presse people. Pour ce qui est des hebdomadaires, le magazine Respekt, considéré comme intellectuel, se maintient et peut même se réjouir de voir le nombre de ses abonnés augmenter. »

La baisse des ventes a été compensée par une augmentation du prix de vente des journaux, de deux à trois couronnes en moyenne.