L’UE à la rescousse des producteurs laitiers tchèques

Photo: Commission européenne

En graves difficultés depuis de longs mois, les producteurs laitiers tchèques vont bénéficier d’une aide d’urgence annoncée par Bruxelles en début de semaine. Un soutien financier sous réserve d’une baisse de la production du lait que d’aucuns jugent pourtant insuffisant, d’autant plus que les agriculteurs tchèques font face à d’autres difficultés. Les plus modestes d’entre eux s’inquiètent notamment de l’introduction du fameux registre centralisé des recettes des entreprises…

Photo: Commission européenne
Depuis la fin du système européen des quotas laitiers au printemps dernier, les prix du lait ne cessent de baisser et atteignent des niveaux catastrophiques. En juin dernier, les agriculteurs tchèques vendaient chaque litre de lait deux couronnes (environ 7 centimes d’euro) sous le coût de production. Une situation encore aggravée par l’embargo sur les produits alimentaires européens, et donc sur les produits laitiers, décrété par Moscou et récemment prolongé jusqu’à fin 2017.

D’autant plus que certains pointent du doigt la responsabilité des chaînes de distribution, à l’instar de Miroslav Toman, le président de la Chambre agraire, qui les accusent d’acheter prioritairement leurs produits auprès des agriculteurs des pays dont elles sont originaires, au détriment des producteurs tchèques.

C’est pour répondre à cette crise de la surproduction qui touche toute l’Europe que la Commission européenne a annoncé lundi le déblocage d’une aide d’urgence à hauteur de 500 millions d’euros pour soutenir les marchés laitiers, une enveloppe similaire à celle déjà mobilisée par Bruxelles en septembre dernier. La République tchèque devrait bénéficier de 10,4 millions d’euros, ce qui satisfait le ministre de l’Agriculture, le chrétien-démocrate Marian Jurečka :

Marian Jurečka, photo: ČT24
« Cette dotation est la dixième la plus élevée des Etats membres de l’UE et je dois dire que cela me satisfait. Les fermiers recevront cet argent dans les prochains mois s’ils n’augmentent pas leur production afin que nous fassions en sorte de stabiliser le marché européen des biens concernés. »

L’aide européenne comprend deux volets, l’un pour inciter les agriculteurs à réduire la production en leur achetant des litres de lait non produits, l’autre à travers de l’argent mis à disposition des Etats pour soutenir directement les producteurs, là aussi à condition d’encourager la baisse de la production. Spécialiste du monde agricole tchèque, Petr Havel est moyennement convaincu :

« C’est toujours mieux que rien. Mais il faut considérer cette somme, du point de vue de Bruxelles comme de la Tchéquie, comme un geste de l’UE pour dire qu’elle n’est pas indifférente au sort des producteurs laitiers. »

Les éleveurs porcins sont également concernés par l’aide européenne et, avec les producteurs laitiers, ils ne sont pas les seuls en difficultés. Les agriculteurs les plus modestes, qui vendent une partie de leur production sur les marchés, s’inquiètent en effet de la nouvelle loi sur le registre électronique centralisé des recettes des entreprises.

Photo: Archives de Radio Prague
Avec ce texte adopté au début de l’année et visant à tracer le paiement de la TVA, les producteurs devront s’équiper avec un matériel coûteux pour pouvoir vendre leurs marchandises directement aux consommateurs. Voilà qui risque de mettre la tête sous l’eau à de nombreuses entreprises familiales selon Jiří Sedláček, le président de l’Association des marchés fermiers :

« Il s’agit souvent de produits en si faibles quantités, qui proviennent des jardins ou de petites surfaces. Ce sont des volumes si faibles, si marginaux, que cela ne vaut pas le coup, non seulement pour les producteurs sur les marchés de se procurer cette technologie, mais aussi pour les services de l’Etat d’engager des moyens afin d’encadrer cette activité. »

Des arguments auxquels est sensible le ministre Marian Jurečka, qui soutient en conséquence un amendement pour que le registre centralisé des recettes ne concerne pas les agriculteurs qui vendent leurs produits sur les marchés et qui réalisent des bénéfices inférieurs à 20% du salaire moyen avec cette activité.

Seulement voilà, le ministre des Finances Andrej Babiš, qui détient par ailleurs le plus grand groupe agroalimentaire du pays et qui a été l’instigateur de cette mesure, s’oppose à toute exception à la loi. D’après son ministère, le registre centralisé des recettes devrait fonctionner pour le secteur au plus tôt en février 2018, ce qui laisserait largement le temps aux agriculteurs de prendre les devants et de s’équiper…