"Madame Paris-Prague" paraît en tchèque

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"C'est un témoignage par la force des choses, dit Omar Mounir à propos de son livre "Madame Paris-Prague" qui raconte la vie de l'ancienne rédactrice de Radio Prague, Jarmila Baxova, une vie profondément marquée par les tournants de l'histoire tchèque du XXe siècle. "Dire que j'ai cherché particulièrement ce témoignage serait faux, ajoute l'auteur. Le fait est que Mme Baxova, par une espèce de caprice du destin, un destin très particulier, rencontre l'histoire.

"Ca fait drôle de lire un livre sur soi même, dit Jarmila Baxova. Après on a des complexes parce qu'on ne sait plus où on est. C'est bien écrit, ça m'a plu. Par endroits j'ai rigolé, par endroits j'ai un peu pleuré. C'est un peu émotionnel. D'abord j'ai dit : Mon Dieu, ce n'est pas possible qu'il m'est arrivé une chose pareille. Vous savez, on oublie, c'est loin tout ça, comme dit la chanson. J'ai aimé le livre et je l'aime bien. Généralement on a des livres de chevet. Il y a en a qui ont comme livre de chevet "Le brave soldat Chveik". Moi je préfère ma petite Jarmila du village de Jaluby..."

C'est dans le village de Jaluby en Moravie que Jarmila Baxova vient au monde en 1923. Sa famille est pauvre. Espérant améliorer leur situation, ses parents quittent le pays et s'installent en France. Jarmila qui est encore tout a fait petite devient peu à peu Française. "Nevers, mon univers", dira-t-elle à propos de la ville où elle vit d'abord avec sa mère avant de s'installer à Paris. Ce n'est pas une vie aisée, mais grâce à son tempérament robuste la jeune fille morave s'y habitue et grandit, en véritable Parisienne, au pied de la butte Montmartre.

Après la guerre la jeune Parisienne rentre avec sa famille en Tchécoslovaquie, car les autorités tchécoslovaques promettent une vie aisée aux anciens exilés. Malheureusement, c'est un piège. Internés dans une espèce de temps de concentration, Jarmila et ses parents ne se rendent que trop tard à l'évidence : le rideau de fer est tombé les coupant du reste du monde. Il faut se faire à la nouvelle situation. Jarmila qui est bilingue, deviendra journaliste de la section française de Radio Prague, mais n'arrivera jamais à s'habituer à cette rupture douloureuse qu'a été pour elle l'impossibilité de revenir en France. Ce n'est que longtemps après, qu'elle aura l'occasion de raconter tout cela, toutes les vicissitudes de sa vie, toutes ses désillusions à Omar Mounir qui en fera un livre.

Jarmila Baxova: "Notre copain Omar est venu un jour faire une interview ici. J'avais mes 80 ans. On a parlé et j'ai fait une erreur, je ne savais pas dans quoi je me lançais. Il m'a dit: 'J'aimerais écrire quelque chose avec vous '. J'ai dit bon, parce c'est très rare quand je dis non. Je dis toujours oui, enfin presque, pas toujours. J'ai dit: 'Bon on remettra ça à plus tard, dans six mois', en pensant qu'il oublierait entre-temps, mais il ne l'a pas oublié. Et quand il m'a téléphoné, chose promise, chose due, j'ai dit oui. Et par la suite, ça s'est agrandi et ça a donné un livre."


Il n'a pas été toujours facile pour Omar Mounir de faire parler Jarmila Baxova. En exigeant d'elle une extrême franchise, il l'obligeait à rouvrir les tiroirs secrets de sa mémoire, de revenir sur les chapitres douloureux de sa vie, de se rappeler les épisodes qu'elle voulait sans doute oublier. Mais Omar était patient est ferme, ce qui lui a permis finalement de reconstituer la biographie de Madame Paris-Prague. Ce processus difficile de gestation du livre semble aujourd'hui oublié :

Jarmila Baxova : "Vous savez je ne sais pas trop comment ça s'est passé, parce qu'il a du prendre des notes, il a du enregistrer aussi quelque chose. Je n'ai pas fait attention. On a parlé de choses et d'autres et puis voilà ... Je voudrais bien parler avec quelqu'un qui a lu le livre et qui pourrait me donner ses impressions. Personne ne veut rien me dire alors je laisse passer parce que je suis très patiente. Dans la vie il faut être très patient, je recommande la patience. On cherche quelque chose d'autre et la vie généralement vient et elle règle beaucoup de choses."


Magda Segertova
Pour Magda Segertova, traduire ce roman a été un enrichissement :

"C'était le premier roman que j'ai traduit. Je suis ainsi revenue un peu à ma formation originelle puisque j'ai étudié la traduction à l'université. La traduction est comme le journalisme, c'est un peu la même aventure. D'après moi il s'agit toujours de la découverte des gens, de leurs destins, de leurs vies, découverte faite à la fois pour soi-même mais surtout pour les autres. Evidemment, de ce point de vue le destin de Jarmila Baxova est très intéressant, et j'ai pris du plaisir à me mettre un peu dans sa peau un peu comme l'acteur se met dans la peau du personnage qu'il incarne. Et je me suis aussi demandé ce que j'aurai fait si j'avais été à sa place, si j'avais été dans les situations dans lesquelles elles s'est retrouvée au cours de sa vie."

La traduction du livre n'a pas été sans problèmes. En le traduisant Magda Segertova s'est heurtée entre autres à la traduction des vers, une expérience nouvelle pour elle.

"Et après j'ai eu quelques difficultés de me détacher de certains jugements que je ne partage pas, certains jugements de l'héroïne ou de l'auteur, on ne sait pas exactement, ce n'est jamais assez clair. Parfois je me posais la question comment traduire certaines choses liées par exemple à l'histoire tchèque, à la gastronomie, des choses qui sont assez évidentes pour les Tchèques, mais qu'il a fallu expliquer aux lecteurs français."

Souvent, les auteurs de Mémoires donnent une image trop subjective d'eux-mêmes et qui ne correspond pas tout à fait à la réalité. Parfois, ils succombent même à la tentation de modifier, d'améliorer et d'idéaliser leur image. Il est donc logique qu'on se demande s'il y a une différence entre Madame Paris-Prague et la vraie Jarmila Baxova ?

Magda Segertova: "Je n'ai rencontré Jarmila Baxova qu'après avoir lu le roman parce que je n'ai pas voulu que la vraie Jarmila influence l'image que j'avais d'elle, après avoir lu le roman. J'avais peur quelle soit un peu méfiante à mon égard, mais ce n'était pas du tout le cas. Elle était très chaleureuse, très ouverte, elle m'a fait tout de suite goûter ses petites alcools maison. Je dois dire qu'elle est vraiment très active, très énergique pour son âge. Elle bouge tout le temps, elle rigole, c'est vraiment Jarmila, telle qu'Omar l'a décrite dans son livre."