The Matadors et leur cœur de rocker en pleine décennie 1960

Photo: Supraphon

« C’était un groupe de Prague qui s’appelait The Matadors. A un moment donné, c’était le groupe le plus important de Prague. A l’époque, entre 1966 et 1968, c’était le meilleur groupe de Prague et tchécoslovaque, » ni plus, ni moins. C’est ce que déclarait au micro d’Anne-Claire Veluire une personnalité significative de la scène musicale en Tchéquie et en France répondant au nom de Jiří Smetana. On peut le croire sur parole à propos des Matadors, une formation qui a incontestablement influencé le rock made in Czechoslovakia, et qu’à ce titre nous allons découvrir dans ce dimanche musical inédit.

Photo: Supraphon
Bénéficiant du dégel qui caractérise le début de la décennie 1960, la Tchécoslovaquie connaît une période culturelle très faste, notamment au théâtre ou au cinéma. La musique n’échappe pas au phénomène. Bien qu’elles lui préfèrent le jazz, jugé moins subversif, les autorités communistes ne peuvent empêcher l’apparition de groupes influencés par les multiples variations du rock venues des Etats-Unis d’Amérique et de la perfide mais mélomane Albion. Parmi ces formations, l’une des plus notables est The Matadors, dont les voix charismatiques, Vladimír Mišík puis Viktor Sodoma, chantent d’ailleurs, non pas dans la langue de leurs parents, mais dans celle de l’oncle Sam. Eux et leurs acolytes reprennent des morceaux de Bob Dylan, des Who, des Kinks ou encore des Small Faces, ce qui permet d’y voir plus clair quant à leurs inspirations.

The Matadors, photo: Archives de Supraphon
Sur les cendres de plusieurs groupes naît Fontana en mai 1965, une entité qui prendra rapidement le nom de The Matadors. Le groupe se produit essentiellement en Allemagne de l’Est avant de rejoindre Prague en avril 1966. Leurs concerts sont décrits par des témoins comme des manifestations d’hystérie collective, surtout parmi les jeunes femmes qui en pincent pour les rockers et pour leur cœur de rocker.

Parmi les membres qui ont un jour composé cette formation et déclenché ces scènes de frénésie extatique, on trouve des noms qui raisonneront longtemps à l’oreille des amateurs de rock. Il y a eu Radim Hladík et le déjà cité Vladimír Mišík, des guitaristes reconnus qui feront plus tard florès avec le groupe Blue Effect. C’est ce que raconte d’ailleurs très bien Jiří Smetana quand il évoque les dernières heures des Matadors, à l’été 1968, peu avant l’écrasement du Printemps de Prague par les troupes du pacte de Varsovie :

The Matadors, photo: YouTube
« Les Matadors se sont arrêtés parce qu'une partie des Matadors est partie en Allemagne. Ils ont joué dans la comédie musicale Hair. Et ils sont restés là-bas, ont fondé leur propre groupe et se sont fondus dans le rock allemand. L'autre partie qui est restée ici a formé un groupe qui s'appelait Blue Effect. Après ils ont été obligés de changer leur nom parce que les noms en anglais étaient interdits et ils se sont donc appelés Modrý Efekt. »

Pour en revenir aux Matadors, leur histoire connaît un épilogue puisqu’ils se sont reformés en 1991 et ont depuis donné quelques rares concerts dans une euphorie moins prononcée.