Naše Česko : un nouveau mouvement à ancrage régional sur la scène politique tchèque

Martin Kuba

Le nouveau mouvement Naše Česko (Notre Tchéquie) de l’ancien premier vice-président du parti conservateur ODS Martin Kuba nourrit des ambitions nationales. « Je ne m’attends pas immédiatement à ce que l’expansion soit particulièrement massive », estime le politologue de la Faculté de pédagogie de l’Université de Bohême du Sud, Vladimír Hanáček. Il ajoute toutefois que le mouvement ancré dans cette région pourrait, avec le temps, être porté par « la génération des enfants de Husák », à laquelle M. Kuba appartient lui-même. Notre Tchéquie veut s’élever au-dessus de l’affrontement entre idées conservatrices et libérales et déclare chercher des voies pour faire avancer la Tchéquie.

Il s’agit de nouveau d’un mouvement (comme ANO), et non d’un parti politique. Est-ce une nouvelle tendance ?

Vladimír Hanáček | Photo: Matěj Vodička,  ČRo

Vladimír Hanáček : « Il semble que oui. Dans une situation où un nouveau sujet politique voit le jour, se qualifier de “mouvement” est, du point de vue marketing, en quelque sorte plus facile à faire accepter.  Mais bien sûr, du point de vue juridique, un parti politique et un mouvement politique sont pratiquement la même chose ; il s’agit donc surtout de jouer sur les mots. »

Comment évaluez-vous le nom choisi pour le mouvement Notre Tchéquie ?

« Il reflète peut-être en partie l’ambition déclarée que Martin Kuba a évoquée lors de la conférence de presse : unir la société, dépasser, disons, les digues sociales existantes et la polarisation de la société. »

« D’un autre côté, la politique repose sur des intérêts divergents, sur la pluralité des valeurs et des différends, sur le débat autour de la vision qui est juste et bonne ; on ne peut donc évidemment pas la réduire à un simple plan général d’unification. Il sera très intéressant d’observer comment le mouvement va se profiler à l’avenir. »

Photo: Vít Šimánek,  ČTK

Ancrage régionale, ambition nationale ?

Martin Kuba a quitté l’ODS en novembre dernier et, compte tenu de ses succès aux élections régionales et au niveau local, une crainte d’un départ de membres vers le mouvement de Martin Kuba était de mise dans ce parti. Quelle a été jusqu’à présent l’ampleur de ces transfuges ?

« Cela a très fortement touché les groupes de conseillers de l’ODS au sein de l’assemblée régionale de Bohême du Sud et du conseil municipal de České Budějovice. Là, il s’agit d’une majorité nette des conseillers élus sous l’étiquette ODS qui sont passés dans le mouvement de Martin Kuba. »

Martin Kuba | Photo: Vít Šimánek,  ČTK

« En ce qui concerne les autres membres dans certaines parties de la Bohême du Sud, y compris dans les différents districts, d’après mes informations, l’exode n’a pas été particulièrement massif. L’ODS dispose actuellement en Bohême du Sud d’environ 600 membres, du moins selon les communications officielles, de sorte que la base militante n’a été touchée que partiellement. »

Et qui dirige actuellement la région de Bohême du Sud : le parti ODS ou le mouvement Notre Tchéquie de M. Kuba ?

« C’est Notre Tchéquie qui dirige la région, car sur les 34 conseillers élus pour l’ODS, 34 ont rejoint ce nouveau groupement, ce qui constitue une majorité. »

Le président de région a l’ambition de construire un mouvement non seulement dans le sud de la Bohême, mais aussi comme structure nationale. Quelles sont ses chances de dépasser les frontières régionales ?

Martin Kuba | Photo: René Volfík,  iROZHLAS.cz

« Bien sûr, cela dépend de l’horizon temporel à partir duquel on se place. Dans une situation où surviendraient des transformations plus profondes du format du système partisan en Tchéquie à long terme, par exemple en lien avec un renouvellement générationnel, il pourrait certainement se créer à l’avenir un espace pour un groupement du type du mouvement fondé par Martin Kuba. »

« Martin Kuba appartient à la forte génération dite des enfants de Husák (les enfants nés lorsque Gustáv Husák était au pouvoir en Tchécoslovaquie, entre 1975 et 1989). Ce sont des personnes qui, dans quinze à vingt ans, seront à la retraite, et il peut arriver que ce soit précisément ce groupe cible qui, à l’avenir, porte le mouvement d’une manière ou d’une autre. Par exemple dans une situation où d’autres formations déclineraient et commenceraient à perdre de leur force. Mais à court terme, dans la perspective immédiate des prochaines années, je ne pense pas que l’expansion nationale soit particulièrement massive. »

Potentiel partenaire de coalition ?

À laquelle des actuelles formations parlementaires la création de ce mouvement pourrait-elle profiter ?

« Là encore, cela dépend de l’angle sous lequel on considère la question. Ce mouvement peut bien sûr affaiblir électoralement certains acteurs. Pour l’instant, il ne semble pas qu’à l’échelle nationale il y ait un déplacement significatif d’électeurs depuis les partis parlementaires existants, qu’ils appartiennent au camp gouvernemental ou à l’opposition, vers le mouvement de Martin Kuba. »

« Il a été question du fait que Martin Kuba aurait tenté d’attirer certains députés, notamment issus des partenaires de coalition du mouvement ANO et éventuellement d’une partie de l’opposition, de son côté, avec la possibilité de compléter la majorité du mouvement ANO à la Chambre des députés. »

« Cela n’a pas réussi et cela ne réussira pas, il n’est donc pas nécessaire de spéculer à ce sujet. Mais bien sûr, à l’avenir, le mouvement peut se profiler d’une certaine manière et devenir un partenaire de coalition bienvenu, en particulier pour cette partie du spectre politique qui, à l’avenir, n’aura pas de partenaires de coalition naturels, ce qui me semble être avant tout le cas des formations de l’actuelle coalition gouvernementale. »

Auteurs: Věra Štechrová , Alexis Rosenzweig | Source: iRozhlas
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