Cinéma : « Amerikánka », meilleur film de l’année 2024, selon les critiques tchèques

'Amerikánka'

Film racontant « l’histoire vraie de dizaines de milliers d’enfants qui ont grandi dans les foyers d’accueil dans la Tchécoslovaquie communiste », selon son réalisateur Viktor Tauš, le drame fantastique « Amerikánka » a reçu, samedi 1er février à Prague, le prix du meilleur film de l’année 2024 décerné par l’Association tchèque des critiques de cinéma.

En matière de cinématographie, 2024 en Tchéquie aura d’abord été l’année de « Vlny » (« Radio Prague, les ondes de la révolte », qui sortira en salles en France le 19 mars prochain), le film-événement qui retrace le rôle central de la Radio tchécoslovaque pendant le Printemps de Prague, puis lors de son écrasement en août 1968.

'Vlny' | Photo: Dawson Films

Avec plus d’un million d’entrées en Tchéquie et en Slovaquie en l’espace de quelques mois, le long-métrage de Jiří Mádl, qui avait été retenu par l’Académie tchèque du cinéma et de la télévision (ČFTA) pour concourir aux Oscars dans la catégorie du meilleur film étranger, a été, à l’échelle du marché tchèque, un immense succès. Au box-office, aucun autre film, pas même le film d’animation américain « Vice-Versa 2 », n’a d’ailleurs fait mieux.

Photo: Bioscop

Malgré l’excellent accueil que « Vlny » a généralement reçu auprès de la critique, malgré les prix remportés dans plusieurs festivals, parmi lesquels notamment celui du public à Karlovy Vary et à Arras, c’est toutefois un tout autre film, le drame fantastique « Amerikánka », donc, qui a été désigné meilleur film de l’année 2024 lors de la remise des Prix de la critique tchèque, cérémonie qui s’est tenue à Prague samedi soir.

Considéré par certains comme « le film tchèque le plus intense de ces dernières années », « Amerikánka » est, comme l’a expliqué son  réalisateur Viktor Tauš, « l’histoire vraie de dizaines de milliers d’enfants qui ont été placés et ont grandi dans les foyers d’accueil dans la Tchécoslovaquie communiste ».

Basé sur les souvenirs et l’histoire vraie de Zdena Vrbová, femme née de parents tchèques en Amérique en 1972, et qui vit aujourd’hui à Prague, le film raconte toutefois d’abord plus précisément l’histoire d’une petite fille : Ema Černá, surnommée « Amerikánka » (« L’Américaine »), après le retour de sa mère en Tchéocoslovaquie.

'Amerikánka' | Photo: Bioscop

Une petite fille qui grandit sans père mais avec ses deux frères et dont la mère, alcoolique, néglige l’éducation. Jusqu’à ce que, adolescente, après avoir un temps également vécu dans une famille d'accueil, elle se retrouve, en raison de son comportement volontairement mauvais, placée en foyer. Une petite fille qui deviendra jeune femme, prostituée toxicomane, et que Viktor Tauš a rencontrée dans la rue quelques années plus tard, à la fin des années 1990, à une époque où lui-même vivait comme un sans-abri.

Viktor Tauš | Photo: Michal Krumphanzl,  ČTK

« Nous sommes, depuis, toujours restés en contact et proches l’un de l’autre. Zdena, comme ses enfants, joue d’ailleurs dans le film et elle a été un exemple très important pour tous les enfants qui ont un rôle dans le film (eux-mêmes issus pour beaucoup de foyers d'accueil, ndlr). Son histoire m’a toujours intrigué. Quelle que soit la situation dans laquelle elle se trouvait, quelle que soit la peine ou la souffrance qu’elle traversait, elle possédait un talent incroyable pour mettre un nom sur les choses importantes à l’origine de sa situation. Parallèlement à cela, tout en étant incapable d’agir en conséquence pour se sortir de ces situations difficiles, elle a toujours fait preuve d’un caractère très franc et pur. Ce sont ces contradictions étranges qui m’ont fasciné chez elle et qui, pendant vingt-cinq ans, jusqu’au tournage du film, ont suscité chez moi cet intérêt pour la nature humaine et ce qui se trouve à l’intérieur de celle-ci. »

'Amerikánka' | Photo: Bioscop

« Nous appartenions à la première génération des victimes de la liberté. À l’époque, les sans-abri étaient essentiellement les milliers d’enfants qui avaient grandi seuls, sans parents, dans les foyers d’accueil socialistes », explique encore Viktor Tauš. Ancien étudiant de la FAMU, la prestigieuse école de cinéma de Prague, lui aussi est tombé dans le piège de l’héroïne durant les premières années « sauvages » de transformation de la société qui ont suivi la chute du régime communiste en Tchéquie.

'Amerikánka' | Photo: Bioscop

Mais puisqu’il s’agit aussi de l’histoire d’un enfant qui s’accroche à l’espoir que son père l’attend quelque part en Amérique, « Amerikánka », tandis qu’Ema adulte revisite les expériences de son passé pour tenter de les assimiler, n'est pas qu'un film noir. Le pouvoir de l’espérance, et la manière dont sa force peut transformer nos vies, en est aussi tout à la fois au cœur et le cœur.

'Amerikánka' au théâtre | Photo: Jatka 78

Récompensé de deux autres prix - de la meilleure réalisation et de la meilleure création d’éléments scéniques -, « Amerikánka » est enfin l’adaptation d'un livre et d’une pièce de théâtre, fruit du travail aussi de Viktor Tauš, qui, depuis plusieurs années déjà, figure avec beaucoup de succès au programme de la scène pragoise Jatka78.