Toutes les nuances de la maternité vues par la journaliste Barbora Kroužková
Barbora Kroužková est journaliste et un des visages de l’information à la Télévision tchèque. A l’automne dernier, elle a publié son premier livre intitulé Odstíny mateřství (Les Nuances de la maternité) qui compile des entretiens avec différentes personnalités tchèques. Radio Prague Int. l’a rencontrée pour évoquer ce livre, mais aussi son métier de journaliste et son propre rapport à la maternité.
Barbora Kroužková, bonjour. Les Tchèques vous connaissent bien puisque vous présentez un des principaux programmes d’information de la Télévision tchèque. Vous avez également longtemps travaillé ici à la Radio tchèque, en tant que journaliste. Et vous venez de publier il y a quelques mois votre premier livre. Un livre qui n’est toutefois pas loin de votre métier de journaliste puisqu’il s’agit d’entretiens avec différentes personnalités sur le thème de la maternité. Comment est née l’idée de ce livre ?
« Ce livre s’appelle ‘Les Nuances de la maternité’. Sa création a été un véritable processus. D’abord, on m’a proposée d’écrire mon propre livre et de raconter l’histoire de ma maternité. Mais je n’ai pas voulu, parce que je suis journaliste. Mais la question de la maternité m’intéresse beaucoup. J’ai donc proposé un livre d’entretiens avec des mères célèbres, des mères que vous connaissez et qui ont aussi des problèmes. »
Il y a un père quand même aussi, dans la liste des personnes que vous interrogez…
« Il y a un père, parce qu’il a eu des jumeaux grâce à une mère porteuse. Donc la femme y figure aussi. On a voulu un peu compléter tout ça et dire que la maternité, c’est un terme vague, que chaque histoire est différente, intéressante et difficile. L’idée était de montrer aux gens que, même si vous n’êtes pas célèbre, vous pouvez, dans ces entretiens, trouver quelque chose qui vous touche, qui vous aide, qui vous correspond. C’était un grand défi pour moi, parce que c’était mon premier livre. »
Et puis, ce n’est pas la même chose qu’à la télévision, évidemment, ce n’est pas instantané, c’est sur le long cours.
« Ça m’a pris un an et demi. Je n’étais pas contente, j’ai eu peur, j’ai eu des moments de crise. Je voudrais dire que, peut-être pour quelqu’un, un livre d’entretiens peut paraître banal, mais plus j’ai travaillé sur le projet, plus je me suis rendue compte que la maternité et la paternité, en général, sont vraiment très souvent difficiles. Et il était très dur pour moi d’écrire toutes les émotions que j’ai entendues. »
Comment avez-vous choisi les personnalités, donc essentiellement des femmes, plus, en effet, un homme, qui interviennent dans votre livre ?
« On a voulu montrer les nombreuses formes de la maternité. Il était très important de montrer, pas la même histoire, mais différentes histoires : il y a la mort de l’enfant, il y a aussi un enfant malade, un fauteuil roulant. Il y aussi l’adoption ou la bataille juridique. Et comme je l’ai déjà dit, il y a aussi la maternité de substitution. »
Arrêter de culpabiliser
En tant que mère, en tant que parent, on a parfois tendance à culpabiliser. On se demande si on est une bonne mère, justement, si on fait bien les choses, si on est un bon parent. Est-ce que ces entretiens vous ont permis de réaliser ou de découvrir quelque chose à ce sujet, vous qui êtes mère également ?
« Moi aussi, de temps en temps, j’ai tendance à culpabiliser. Ma deuxième fille est née avec beaucoup de problèmes de santé, mais à un moment donné je me suis dit qu’il fallait stopper cette culpabilité. Parce que cela ne me donnait pas de la force à un moment où il ne fallait pas m’occuper de moi-même, mais où il s’agissait d’aider ma fille. Alors, j’ai compris qu’il faut, en tant que mère, s’accepter telle que nous sommes. Et il faut savoir que chaque jour, chaque moment, chaque minute, nous faisons ce que nous pouvons et que nous donnons le meilleur de nous-mêmes. Même si ça ne nous paraît pas assez, il ne faut pas culpabiliser. Il faut parler, il faut demander aux gens des conseils. »
Ces entretiens montrent différentes façons d’être mère. Essentiellement mère, mais plus globalement encore parent, et ce, que les enfants, d’ailleurs, soient biologiques ou non. Quel est, selon vous, le fil rouge qui relie toutes ces histoires individuelles et uniques ? Est-ce qu’il y a quelque chose quand même qui les rassemble, qui est commun ?
« J’y ai beaucoup réfléchi et ce n’est pas du tout difficile : c’est l’amour. Le cœur des mamans rempli d’amour. Le cœur des enfants rempli l’amour. C’est le moteur pour surmonter les obstacles et les problèmes. C’est facile, même si c’est difficile. Même si ces histoires sont dures, vous pouvez surmonter la douleur de la vie quotidienne. Vous pouvez y puiser de l’énergie pour chaque jour. Le fil rouge, c’est aussi que chaque enfant est un cadeau. Toutes ces histoires m’ont rendue encore plus reconnaissante, plus humble. »
Est-ce qu’il y a une histoire en particulier qui vous a frappée dans tous ces destins ? Est-ce qu’il y a peut-être un de ces destins en particulier que vous auriez envie de mettre en avant ?
« Elles sont toutes fortes, vraiment. Motivantes, émouvantes. Que ce soit Vendula Pizingerová, Nella Boudová, Ivana Jirešová ou Pavlína Němcová. Vous connaissez leurs histoires, mais elles n’ont pas souvent laissé beaucoup de gens entrer dans leur vie privée. Moi, elles m’ont laissée entrer, mais on a aussi beaucoup, beaucoup pleuré. C’était difficile pour moi, c’était difficile pour elles aussi. Bien sûr, ce qui me touche ce sont les histoires de femmes qui évoquent les problèmes de santé de leurs enfants. Et celles qui touchent la mort de l’enfant. Les histoires de Vendula Pizingerová ou Mirka Šimková, Pavlína Němcová sont vraiment très, très dures. »
On peut rappeler que Pavlína Němcová fait partie de ces jeunes filles qui sont parties faire le mannequin en France dans les années 1990. Elle y a rencontré son futur ex-mari, avec qui elle a eu un enfant. C’est une histoire très compliquée. Elle était très, très jeune. C’était juste après la chute du rideau de fer et dans le contexte des années 1990 qui était quand même très particulier.
« Elle a attendu 12 ans en France avant que le tribunal ne lui permette d’avoir suffisamment de contact avec son propre fils. C’était très dur. Elle est restée. Elle a attendu. Elle a travaillé. Quand son fils a eu 12 ans, le tribunal lui a enfin demandé quelle était sa préférence. Auparavant, non, c’est le tribunal qui décidait de la garde de l’enfant. »
« Enfant de Husák »
On peut dire que finalement, le fil rouge, c’est l’amour mais aussi le courage. Vous racontez en introduction que vous êtes une enfant de Husák. Est-ce que vous pourriez expliquer à nos auditeurs et nos lecteurs francophones de quoi il s’agit ? Qui sont les ‘Husákovy děti’ ?
« C’est un terme qui désigne une génération démographiquement très forte née entre 1973 et 1976, à l’époque où Gustav Husák était président. Nous sommes donc nés sous le régime de Gustav Husák, sous le régime communiste, en pleine normalisation. Les communistes voulaient qu’on s’occupe de nos chalets, de la famille. Tous ces enfants ont eu à peu près de la même enfance. On a tous eu les mêmes vêtements, la même vie, la même école, les mêmes chalets. Et donc, on a aussi tous les mêmes souvenirs de l’enfance. Les communistes ne voulaient pas que les gens, nos parents, s’impliquent dans la politique. »
On pourrait dire qu’il y a presque un contrat social tacite entre le régime et la population. A cette époque, il y a d’ailleurs des bénéfices plus importants pour les familles avec enfants. Ce contrat social tacite reposait sur un principe simple : ‘vous ne parlez pas de politique, mais vous aurez quelques avantages, économiques notamment’. Est-ce que le passage à la démocratie, en 1989, avec la révolution de Velours et l’arrivée au pouvoir de Václav Havel, a eu des conséquences, pour les femmes et pour la maternité ?
« Oui, c’est vrai. La chute du communisme a apporté la vraie liberté pour tous. On a commencé à voyager, à travailler, à faire des plans. Et finalement les plans qui concernaient la famille ont un peu été oubliés. On a repoussé la maternité. Avant il était normal d’avoir un enfant à vingt ans, mais la chute du régime communiste a donné aux filles, aux femmes, la liberté de réfléchir autrement à notre vie. »
Et aussi la liberté de choisir de mettre en avant sa carrière en premier, et de faire un enfant plus tard…
« Et de ne pas faire de plans. Avant cela, sous la normalisation, il était normal de tout planifier : il y avait le premier enfant, le premier voyage en Croatie, le deuxième enfant, la première voiture, etc. »
Un peu comme avec les plans quinquennaux dans l’industrie, en fait ! On a quand même parfois tendance à mettre en avant le fait que les régimes communistes ont donné plus de liberté aux femmes en leur permettant de travailler tout en ayant des enfants, en créant des crèches, etc. D’un autre côté, aujourd’hui, en Tchéquie, la tendance est plutôt, souvent faute de structures d’accueil pour les tout-petits, à ce que les femmes restent très longtemps à la maison, jusqu’à trois ans, et sacrifient leur carrière. On est passé presque d’un extrême à l’autre. N’est-il pas possible de trouver un juste milieu entre les deux ?
« Oui, mais c’était seulement dans une certaine mesure, parce que la liberté des femmes sous le communisme n’était pas la vraie liberté. Mais vous avez raison, aujourd’hui, l’État ne permet pas suffisamment de flexibilité, et ça limite, non seulement les femmes, qui ne peuvent pas faire de plans, qui ne peuvent pas être flexibles, qui ne peuvent pas aller au travail avant que l’enfant ait à peu près trois ans, mais ça limite aussi le développement économique. Certains économistes le rappellent très souvent. Cela a un peu changé, il y a eu des changements ces dernières années, mais ce n’est pas toujours suffisant. Il faut donner aux familles, pas seulement aux femmes, la liberté de le faire comme cela convient à la famille. C’est du ressort du privé : la femme peut travailler, ou l’homme. Ce qui a changé aujourd’hui aussi, c’est que les pères s’engagent et s’occupent aussi des enfants. Si le couple le décide, ils peuvent aussi décider de rester à la maison. Mais ce devrait être leur décision, pas celle de l’État. »
Vous avez eu votre premier enfant, une fille, à 33 ans. Vous racontez dans votre introduction que votre mère, à laquelle vous étiez très attachée, vous demandait toujours : quand est-ce que tu vas avoir un enfant, etc. ? Etant de la génération des « enfants de Husák », vous avez pu choisir d’avoir un enfant plus tard, quand vous le vouliez, sans suivre ce fameux plan de maternité. Comment envisagiez-vous la maternité avant d’être mère ?
« Ma mère m’a eue à vingt ans. Imaginez la différence ! Après mon baccalauréat, je voulais étudier, voyager, je voulais... découvrir le monde. Mais une chose était sûre : je sentais dans mon cœur que je voulais avoir les enfants. J’en étais sûre et je le lui ai dit. Ça l’a un peu tranquillisée. J’ai aussi commencé à travailler comme journaliste. A l’époque, on découvrait ce que signifiait ce travail parce qu’être journaliste sous le régime communiste, c’était quelque chose de différent. Dans cette liberté retrouvée, on a dû apprendre comment le pratiquer. Cette époque était magnifique. C’était une petite révolution dans beaucoup de métiers. Le journalisme, la politique, devaient être créés. »
D’une certaine manière, vous avez appris le journalisme sur le tas ? C’était du work in progress…
« Oui ! J’ai commencé ici, à la radio. L’ambiance était de cet ordre : ‘tu as le baccalauréat, OK. Est-ce que tu t’exprimes relativement bien à l’oral ? Bien sûr. Si tu as de l’énergie, viens et on verra comment ça marche’. »
Qu’est-ce qui a changé dans votre vie après la naissance de votre premier enfant ? Comment avez-vous décidé de combiner ce métier de journaliste très exigeant en termes de temps, qui vous expose au public, et le fait d’être mère ? Comment avez-vous réussi à combiner ces deux rôles ?
« Bien sûr, tout a changé, et moi, j’étais prête à rester à la maison. Je me suis dit que tout devait se faire en fonction de l’enfant. Alors, j’étais prête à rester, mais mon mari s’est aussi occupé d’elle dès les premiers jours. J’ai eu la chance de pouvoir choisir un temps partiel et des émissions courtes. Donc, j’ai pu combiner les deux pendant un an. C’était difficile, mais il faut dire aussi que, sans la famille, sans l’aide de grand-maman, nous n’aurions pas pu le faire ainsi. »
En préparant cet entretien, je me suis dit que je reprenais ce genre de questions sur la combinaison du temps de travail et du temps familial qu’on ne pose finalement, qu’aux femmes et non pas aux hommes. Mais après tout, cela s’impose aussi puisque dans votre cas, vous avez en effet combiné les deux. La société tchèque change-t-elle dans son rapport à la maternité ces dernières années ? Est-ce qu’il y a une évolution par rapport à il y a 20, 30 ans, ou même par rapport à l’époque de la normalisation ?
« Par rapport à cette époque, oui. Mais 35 ans après la révolution de Velours, je dois dire que c’est très lent. Et vous avez raison, on ne pose pas ces questions aux hommes. Je pense que la situation ici, en Tchéquie, est plus grave que dans d’autres pays, comme la France. Regardez, il n’y a pas assez de femmes en politique, pas assez de femmes à des postes de direction. Le ‘pay gap’, ce qui veut dire la différence dans la rémunération entre les hommes et les femmes, est grande : en Tchéquie, il est toujours autour de 17 %, alors que la moyenne de l’Union européenne est de 13 %. Pourquoi ? Je n’ai pas de réponse. »
Vivre minute après minute
Vous l’avez évoqué rapidement tout à l’heure, on vous avait proposé de parler de maternité, mais vous n’avez pas voulu vous mettre en avant et avez préféré faire des entretiens avec d’autres personnes. Mais cette maternité, vous l’esquissez quand même un petit peu en introduction. J’aimerais aussi qu’on s’y attarde. Vous y évoquez une deuxième maternité, plus compliquée que la première. Votre deuxième fille est en effet née avec une malformation congénitale, une atrésie de l’œsophage. Quelles ont été vos pensées en apprenant la nouvelle à l’hôpital à l’époque ?
« J’étais sous le choc. Je n’avais jamais entendu ce terme en tchèque auparavant. Je ne savais pas ce qui se passait. Notre monde s’est effondré. Mais ensuite, on s’est réunis. On a pris de la force et on a commencé à vivre minute après minute. Ce que j’ai développé me donne la force de ne pas réfléchir à ce qui s’est passé, à pourquoi cela s’est passé. Je me suis interdite toutes les questions ou réflexions du type : ça va s’arranger, ou pas, va-t-elle vivre, ou pas ? Je suis restée avec elle à l’hôpital cinq mois. Pour ma part, j’ai développé pour moi un emploi de temps quotidien spécial à l’hôpital, et j’ai essayé de le suivre. Ça m’a donné la force de vivre minute après minute. Je faisais ce que me disaient les médecins, tout en attendant, avec l’espoir que sa santé s’améliore. »
Comment cela s’est déroulé après ces cinq mois d’hôpital quand vous êtes rentrée à la maison? Vous avez continué à suivre cette idée de vivre minute après minute ?
« Oui. Le pire était l’incertitude tout le temps : nous ne savions pas comment notre petite fille allait évoluer. En tant que mère, cela vous touche car, même si je ne veux pas utiliser le mot ‘normal’, vous savez ce qui est à peu près normal, comment l’enfant doit évoluer. Vous voyez les différences. C’est donc dur de ne pas savoir si ça va aller mieux ou pas, si elle va être malade, comment elle évoluera physiquement ou mentalement. Mais je dois dire que nous avons tous ressenti une grande énergie émanant d’elle. Elle est vraiment un miracle. Elle a un grand sens de l’humour. Et je me rends compte que cet amour qu’on lui a donné, elle nous l’a rendu chaque jour, même si elle était à l’hôpital, qu’elle ne pouvait pas bouger, pas parler, pas communiquer. Oui, c’était dur. C’est passé désormais. Mais quand je repense de cette époque, je ressens une énergie spéciale. »
Et puis vous aviez aussi une autre fille à laquelle il fallait penser. J’imagine que c’était compliqué de trouver un équilibre pour ne pas qu’elle se sente mise de côté non plus. C’est déchirant de devoir se consacrer entièrement à un enfant, possiblement au détriment de l’autre en essayant de trouver cet équilibre-là.
« Oui, c’était une guerrière. Les deux, d’ailleurs. Mon mari est resté avec la plus grande à la maison. Mais nous nous sommes appelées tous les jours. J’ai toujours trouvé le temps pour lui parler normalement en l’appelant, que ce soit de l’école, des copains, de ce qui la touchait, etc. Et puis, il était difficile de trouver le bon moment pour qu’elle puisse rendre visite sa petite sœur. Il y avait beaucoup d’appareils autour d’elle. Et ça, on ne veut pas les voir, même si ce sont des appareils qui sont nécessaires. C’était difficile d’expliquer tout cela à l’aînée qui avait neuf ans de plus. Elle voulait vraiment avoir une sœur ou un frère, mais elle ne pouvait pas s’occuper d’elle ou jouer avec elle comme elle le voulait. Elle était très heureuse qu’il y ait un bébé, mais sa naissance a été un choc pour elle aussi. »
Comment va votre deuxième fille aujourd’hui ? Et comment est-ce que votre sens de la maternité a évolué par rapport à cette expérience ? Comment a-t-il changé ?
« Beaucoup. Je n’attends rien de mes enfants. Je suis heureuse chaque jour. Comme je le disais, ma fille va relativement bien, elle a une forte personnalité, elle a son propre chemin dans la vie. On verra. Ma fille aînée aussi : elle nous apporte également beaucoup de joie et c’est une excellente étudiante au lycée Kepler, une jeune femme formidable qui est désormais adulte.
« Le français m’a choisie »
Vous avez un tout petit peu parlé justement de vos débuts dans le journalisme dans les années 90. Et il faut dire que d’habitude, c’est plutôt l’inverse. C’est vous qui posez les questions. Là, vous répondez aux miennes questions. Qu’est-ce qui vous a conduite à ce métier à l’origine ?
« Le hasard. Après le baccalauréat, je n’ai pas réussi l’examen pour entrer à l’université. Je vivais avec ma mère qui m’a dit que c’était les vacances, et qu’il allait bien falloir commencer à travailler. Par hasard, j’ai vu l’affiche d’une agence de presse qui a commencé à se développer. Peu de temps après, à l’automne 1992, j’ai commencé à travailler à la radio. C’était une année assez perturbante car la Tchécoslovaquie se séparait. J’ai commencé à travailler en tant que journaliste chargée du Parlement et c’était vraiment les montagnes russes. On travaillait du matin au soir et du soir au matin car c’était une période historique. Mais après un an, je me suis dit qu’il fallait réfléchir à ce que je voulais faire. Par hasard, j’ai eu une possibilité d’aller en France, ce que j’ai fait. A Paris, j’ai travaillé comme jeune fille au pair tout en étudiant à la Sorbonne où je suivais des cours de civilisation et de langue française. Cela a été une très bonne expérience, mais ça m’a coûté tout mon argent que j’ai gagné comme fille au pair. Parallèlement, je travaillais toujours pour la radio depuis Paris ou la Côte d’Azur. Quant au français, ce n’était pas mon premier choix. Sous le régime communiste, au lycée où j’étudiais, on nous avait dit qu’il fallait apprendre une deuxième langue étrangère. La première était le russe. Mais on nous a signifié que tout le monde ne pouvait pas choisir l’anglais, qu’il fallait de la diversité autour de cette langue impérialiste. Donc le français était un hasard. »
Vous avez tiré le français au sort ?
« J’ai tiré au sort, oui. Comme quoi, c’est une question de hasard. Mais je dis souvent que c’est le français qui m’a choisie. »






