Santé : avec la légalisation de la psilocybine, la Tchéquie à l’aube d’une révolution psychothérapique

Des champignons hallucinogènes

À compter de janvier prochain, la Tchéquie deviendra le premier pays de l’Union européenne où l’utilisation en psychothérapie de la psilocybine, le composé actif des champignons hallucinogènes, sera légale.

« Au bout d’un an, je ressens vraiment un grand soulagement, comme si j’avais déchargé mon âme d’un énorme tas de pierres. »

Institut national de la santé mentale | Photo: Oleksandra Simochko,  Radio Prague Int.

Femme d’une cinquantaine d’années, Jana Pazderová fait partie des quelques dizaines de personnes qui, en Tchéquie, participent aux diverses études cliniques menées depuis une vingtaine d’années par l’Institut national de la santé mentale (NUDZ). En juin dernier, dans un court reportage diffusé par la Télévision tchèque, peu après que la Chambre des députés a donné son feu vert à l’utilisation de la psilocybine à des fins médicales, Jana, qui est devenue l'une des « ambassadrices » du projet auprès des médias, décrivait comment la prise ponctuelle de psychédéliques l’avait aidée à sortir de la dépression dans laquelle elle avait sombré il y a deux ans, après avoir appris, au bout de huit années de lutte contre un cancer, que la maladie était incurable.

Un an plus tard, Jana affirme se sentir beaucoup mieux. Elle sort de nouveau de chez elle, « heureuse de vivre », tout en étant capable de mettre des mots sur son ressenti de cette expérience de thérapie assistée souvent présentée comme un voyage en forme d’expérience mystique :

Jana Pazderová | Photo: ČT24

« Cela m’a transportée quelque part à l’extérieur, comme sur le sommet d’une montagne, et c’est alors la première fois que j’ai pleuré en prenant véritablement conscience de toute la beauté du monde et de la nature qui nous entoure. Je me suis aussi demandé pourquoi j’étais si bête de ne pas en profiter. L’annonce du pronostic vital engagé a provoqué une explosion dans ma tête, et ces champignons m’ont aidée en quelque sorte à y faire le ménage, à digérer et à accepter progressivement la réalité de la situation. »

Dans le même reportage, le professeur Jiří Horáček, qui est le directeur du Centre d’études avancées sur le cerveau et la conscience, une organisation qui dépend du NUDZ, expliquait que si la psilocybine, composé chimique présent naturellement dans les champignons hallucinogènes, présente d’indéniables avantages, elle possède aussi certains désavantages. Comme celui, et pas le moindre, d’un traitement long et coûteux, la séance suivant l’administration de la substance durant de quatre à six heures, tandis que l’hypersensibilité du patient nécessite un environnement spécialement adapté à ses possibles réactions en raison des risques relatifs aux hallucinations et des effets secondaires.

Jiří Horáček | Photo: ČT24

Spécialisé dans la recherche sur l’influence des psychédéliques dans le traitement de la dépression résistante aux autres médicaments, Jiří Horáček n’en reste pas moins un des principaux artisans de la prochaine légalisation de la psilocybine dans le domaine de la psychothérapie en Tchéquie :

« L’avantage des psychédéliques est qu’ils agissent très rapidement. L’effet se manifeste souvent le jour même ou le lendemain. Et si on compare leurs effets à ceux des antidépresseurs classiques, un mois, voire un peu plus, suffit pour obtenir un résultat significatif et de qualité. »

Substances qui modifient l’état de conscience, les psychédéliques constituent, donc, un espoir dans le traitement des patients souffrant de dépression ou de troubles anxieux, et peut aider également les personnes en fin de vie.

Photo: ČT24

À partir de 2026, le traitement à la psilocybine, une substance contenue dans les psilocybes, un genre de champignons à petite tête chauve aussi parfois qualifiés de « magiques » en raison de leurs puissants effets sur le système nerveux central, sera autorisé en Tchéquie. Malgré les objections d’autres spécialistes, celle-ci, grâce à un amendement de son Code pénal, deviendra ainsi le premier pays membre de l’Union européenne où cette solution de traitement deviendra, en théorie, accessible à tous ceux qui en ont besoin.

Le traitement à base de psilocybine, produit qui par ailleurs reste classé parmi les stupéfiants interdits par la législation tchèque pour tout autre usage, ne pourra toutefois être administré que sous forme de psychothérapie assistée, sous la direction de médecins qualifiés et exclusivement dans des établissements de santé.

Photo: ČT24

La fondation Psyres, qui finance divers projets de recherche tchèques sur l’utilisation des substances psychédéliques dans le traitement des maladies mentales, estime que cette réforme majeure, dans laquelle figure également l’assouplissement des règles concernant la possession et la culture à domicile de cannabis à usage récréatif, permettra à l'avenir d’aider plusieurs milliers de personnes en situation de détresse.

Et ce, d’autant mieux que selon un sondage, près de sept Tchèques sur dix se disent favorables à une utilisation thérapeutique des psychédéliques. Aux côtés  de quelques autres pays comme l’Australie, la Nouvelle-Zélande ou la Suisse, la Tchéquie fera ainsi partie des pionniers mondiaux d’un traitement que beaucoup considèrent comme l’un des principaux espoirs de la psychiatrie du XXIe siècle.