Presse : la redevance au cœur des débats sur les médias de service public
Cette nouvelle revue de presse s’intéresse aux menaces qui guettent les médias publics tchèques. Autres sujets à son menu : la participation tchèque à la Conférence sur la sécurité de Munich, les dirigeants du monde préférés des Tchèques ou encore l’affaire Epstein et la vie en hiver en Ukraine.
Plus de 2 700 employés de la Télévision tchèque et de la Radio tchèque ont signé un appel en faveur de la défense des médias de service public. Une déclaration dans laquelle ils expriment leur crainte de voir leur indépendance menacée par l’intention du gouvernement de supprimer les redevances audiovisuelles et de transférer le financement des médias sous le budget de l’État, autrement dit sous le contrôle direct du gouvernement. D’après le quotidien Hospodářské noviny, les signataires ont raison sur toute la ligne :
« Il n’existe aucune raison pertinente de modifier un modèle de financement qui a fait ses preuves et qui fonctionne. Si, après le changement envisagé, les médias publics devaient recevoir autant d’argent qu’actuellement, les gens ne réaliseraient aucune économie. Les redevances passeraient simplement par le budget de l’État sous forme d’impôts, dont une partie serait engloutie par une administration inefficace. »
Le commentateur du journal économique ajoute que la subordination des médias de service public au gouvernement constituerait une menace pour la démocratie en tant que telle :
« Dans un monde de plus en plus fragmenté, avoir un espace de référence commun dans lequel les opinions les plus diverses peuvent se rencontrer, se confronter les unes aux autres et s’affiner tout en étant soumis à une critique rationnelle, est une nécessité. Un espace qui met en avant et fait ressortir des thèmes minoritaires mais essentiels, tels que la science. Les médias publics sont une protection contre l’enfermement de différentes parties de la société dans des bulles, contre la division en des camps inconciliables. En résumé, ils nous protègent d’une descente dans les bas-fonds intellectuels, où prospèrent si bien les démagogues de toutes sortes. »
La participation tchèque à la Conférence sur la sécurité de Munich
« Il est presque certain que la Conférence de Munich sur la sécurité se déroulera en cette fin de semaine dans un climat entièrement différent de celui qui a marqué son édition précédente. Tandis que la dernière avait été dominée par un choc culturel et de valeurs, celle de cette année sera beaucoup plus pragmatique. » Tel est l’opinion exprimée dans un texte publié sur le site Info.cz, qui rappelle:
« En 2025, on pouvait s’attendre à une facture pour notre protection et à une pression de 2 à 3 % du PIB pour la défense. La réalité a été beaucoup plus dure. Le discours du vice-président américain J. D. Vance ne portait pas sur l’argent, mais se présentait comme une gifle idéologique effrontée donnée directement à l’establishment européen. Cela a été un choc pour les dirigeants européens qui étaient habitués à un comportement crorrect et démocratique. Une douche certes froide et cynique mais à bien des égards purificatrice et bénéfique. »
Le texte se penche également sur la participation tchèque de cette année qui est, selon lui, particulièrement pertinente :
« Nous n’y allons pas seulement en tant qu’auditeurs passifs dans les derniers rangs. Le président Petr Pavel, dont le passé militaire lui confère une autorité naturelle dans les débats, et le ministre des Affaires étrangères Petr Macinka y assisteront. Mais la nouveauté et le signe clair de changement cette année, c’est l’implication du capital tchèque. En effet, le groupe industriel et technologique CSG de Michal Strnad est pour la première fois partenaire de la conférence. Cela semble logique. Si l’Europe a tiré les leçons de l’année dernière et compris que la sécurité ne repose pas sur des déclarations, mais sur l’industrie, il apparaît logique que ceux qui détiennent cette industrie soient assis à la table des négociations. C’en est fini de l’image d’une République tchèque qui ne serait rien de plus qu’une usine d’assemblage. Le fait qu’une entreprise privée tchèque devienne partenaire d’un événement où se présentent habituellement des géants tels que Lockheed Martin est une preuve de l’évolution de la perception de l’Europe centrale. »
Non à la casquette rouge
« Les casquettes rouges ne sont plus à la mode, les Tchèques ne font pas confiance à Donald Trump qui ne bénéficie d’un soutien significatif que chez les électeurs d’un seul parti », peut-on lire en titre d’un texte publié dans le quotidien Deník N. Selon les données de l’agence Ipsos auxquelles il se réfère, le soutien au président américain est comparable à celui dont bénéficie le président russe Vladimir Poutine. Explication :
« Les mesures prises par le président américain sont perçues comme très controversées et sont également très impopulaires parmi les électeurs tchèques. Alors qu’au moment des élections présidentielles américaines, de nombreux politiciens tchèques affichaient leur soutien au futur vainqueur Donald Trump ou se photographiaient sur les réseaux sociaux avec une casquette rouge sur la tête, cela est désormais beaucoup moins le cas. Seuls les partisans des partis au pouvoir, et en particulier ceux du parti d’extrême droite SPD, sympathisent avec le chef de la Maison-Blanche, tandis qu’on ne trouve presque aucun sympathisant dans le bloc de l’opposition. »
Les dernières données de l’agence Ipsos confirment elles aussi le scepticisme traditionnel des Tchèques à l’égard des dirigeants étrangers, car ils ne s’accordent sur aucun leader mondial. De même, aucun des dirigeants suivis ne bénéficie du soutien de plus d’un tiers de la population :
« Les présidents français et ukrainien obtiennent le meilleur score, tous deux bénéficiant de la confiance d’environ 30 % des Tchèques. Volodymyr Zelensky polarise toutefois très fortement les électeurs à la fois du gouvernement et de l’opposition. Emmanuel Macron s’en sort mieux à cet égard, bénéficiant d’un soutien relativement important même parmi les partisans du mouvement ANO d’Andrej Babiš. »
Passer cet hiver à Kharkiv
Novinky.cz publie le message d’une chroniqueuse du site qui vit actuellement à Kharkiv en Ukraine et qui raconte :
« L’hiver le plus rude et le plus terrible que l’Ukraine ait connu depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale touche peut-être à sa fin. Les températures nocturnes ne descendent enfin plus en dessous de -25 °C et remontent même jusqu’à 0 °C pendant la journée. Des centaines de milliers de personnes continuent certes à souffrir du froid dans leurs appartements sans eau ni électricité, mais même parmi elles, on remarque déjà un changement d’humeur. La fatigue et l’épuisement sont énormes, et le désespoir s’installe de plus en plus souvent. Pourtant, c’est précisément la détermination à vivre pleinement chaque jour et la capacité à se réjouir de petites choses, comme de pouvoir se préparer un thé chaud, qui peuvent faire la différence entre les vainqueurs et les vaincus. »
La chroniqueuse tient à ne pas idéaliser les Ukrainiens. « Comme nous, ils ont beaucoup de défauts et tous ne sont pas des héros, loin s’en faut. Mais ils nous ont montré une chose importante : que l’espoir est la dernière chose qui meurt. L’espoir est immortel », conclut-elle.
Affaire Epstein : quelle est la femme idéale pour les puissants ?
L’affaire Esptein fait couler beaucoup d’encre également dans les médias tchèques. L’hebdomadaire Respekt retient, parmi beaucoup d’autres aspects qui y sont liés, celui qui concerne l’image et la position de la femme :
« Cette affaire qui est extrêmement inquiétante nous amène, entre autres, à nous poser la question de savoir quelle est la femme idéale pour de nombreux politiciens mondiaux et représentants de l’élite technologique la plus puissante. Les filles abusées lors des soirées organisées par le prédateur sexuel Epstein étaient souvent très jeunes, voire mineures. Les documents pénaux officiels et les accusations prouvées font état d’enfants de 14 ans qui auraient été victimes d’un réseau de délinquants sexuels. La femme idéale pour ces puissants est donc visiblement une personne qui ne peut pas se défendre et qui n’a ni la force ni le pouvoir de s’opposer à eux. Et ce modèle, de concert avec la montée de l’extrémisme et l’influence croissante de la manosphère, se manifeste de plus en plus dans les comportements et les normes à travers la société. »
Selon le magazine, nous avons ainsi une explication supplémentaire au fait que l’égalité n'est toujours pas une réalité et pourquoi, même dans le monde « développé », la violence sexuelle à l’égard des femmes et des enfants est encore si souvent minimisée. « Nous sommes gouvernés par des gens qui ne veulent pas vraiment de changement », souligne-t-il.






