Après Avignon Off, la pièce L’Indiscipline présentée à Prague

Raphael Ruiz et Daniela Hirsch

Les 8, 9 et 13 mars, le théâtre Venuše ve Švehlovce dans le quartier de Žižkov à Prague propose la pièce L’Indiscipline du collectif franco-tchèque Threepenny, créée l’an dernier pour le festival d’Avignon Off. Pour en parler, Radio Prague Int. a accueilli deux de ses acteurs principaux.

Daniela Hirsch et Raphael Ruiz, vous faites partie du collectif franco-tchèque Threepenny. On avait eu l’occasion de se parler l’an dernier pour évoquer votre pièce de théâtre qui s’appelle L’Indiscipline et qui a été créée pour le festival Avignon Off et présentée dans le cadre de ce festival très prestigieux. Comment ça s’est passé ?

DH : « Je pense que ça s’est très bien passé, moi j’ai adoré et la preuve c’est qu’on revient cette année pour une deuxième édition pour ce festival, dans le même théâtre, avec les mêmes acteurs, la même troupe. Donc oui, ça s’est très bien passé, j’ai absolument adoré. »

Avec la même pièce ?

RR : « Oui, avec la même pièce, on revient avec L’Indiscipline cette année pour refaire Avignon. C’était un moment sublime. Sublime, très intense. Il faisait très extrêmement chaud, on était ensemble dans une maison à 10-12 personnes. »

DH : « Peut-être qu’il ne faudrait pas dire ça à haute voix parce qu’elle était quand même juste à la base pour cinq personnes (rires). Mais non, c’était incroyable, l’ambiance de ce festival est quelque chose que je n’ai jamais expérimenté avant. Donc je pense qu’on a vraiment profité à fond et on revient pour une deuxième année avec plus d’expérience pour corriger les erreurs aussi parfois. Et pour essayer d’amener quelque chose de nouveau aussi cette année. »

RR : « Oui, on a eu vraiment beaucoup de succès au Théâtre La Luna et on aimerait vraiment remercier toute l’équipe du théâtre qui était vraiment chaleureuse avec nous. »

Je disais que la pièce a été spécialement créée pour le festival. Peut-on rappeler en quelques mots comment est née cette pièce et ce qu’elle raconte ?

RR : « La pièce s’appelle L’Indiscipline et elle parle de Jean-Martin Charcot, le père de la neurologie française. »

C’est vous, Raphael, qui l’interprétez ?

RR : « Exactement, oui, c’est moi. Et ça parle un peu de son obsession à trouver la lésion qui était, selon lui, responsable de l’hystérie. »

L’hystérie chez les femmes, puisque c’était les femmes qui étaient essentiellement concernées…

DH : « Mais aussi chez les hommes. Car il y avait des hystériques masculins. On en a un d’ailleurs dans notre pièce. »

Ceci dit dans l’imaginaire collectif, c’est beaucoup associé aux femmes. C’est vous qui jouez une femme hystérique ?

DH : « Moi je joue Blanche Wittmann, un personnage qui a aussi vraiment existé. Elle était connue comme la diva hystérique de Paris à l’époque. Elle était un peu une des élèves préférés de Charcot. Elle était très ambitieuse. Elle était très émotionnelle. Elle adorait aussi être probablement le centre d’attention. Et c’est souvent sur elle qu’on présentait ses méthodes. »

RR : « La pièce se passe pendant les leçons du mardi où Charcot invitait le public pour assister à ses méthodes, il invitait la crème de la crème de Paris pour observer ces patientes dites hystériques. »

DH : « Et il y a aussi une sorte de Cluedo dans la pièce, un peu de mystère avec une patiente qui disparaît, une arme qui disparaît. Les docteurs essaient de trouver la vérité de ce qui s’est vraiment passé la nuit d’avant. Donc oui, il y a un aspect enquête policière et mystère. Il faut mentionner aussi que c’est inspiré de faits réels. »

Threepenny Collective,  'L’Indiscipline' | Photo: Informační portál českého divadla

Il y a donc eu des recherches pour écrire cette pièce…

RR : « Oui, nous, nous ne sommes que les acteurs. Nous n’avons pas écrit la pièce. »

DH : « Mais les auteurs Ariel, Pierre et Michal ont fait beaucoup de recherches, avec des livres ou le film Le Bal des folles aussi. »

On n’est pas à Avignon, mais on est à Prague. Trois représentations sont prévues à Prague. Vous allez jouer ici en français avec des sur-titres tchèques…

RR : « On va jouer en français de nouveau, ce qui est merveilleux parce que c’est vraiment un événement spécial. On est dans le programme officiel du Festival de la santé mentale Na hlavu. »

DH : « C’est un festival tchèque qui relie la santé mentale et l’art. On est très fiers de faire partie de ce festival. C’est une grande responsabilité aussi. »

Quels retours avez-vous eus après Avignon ?

DH : « Les retours étaient en majorité très bien. Le meilleur retour que j’ai eu, c’est que c’est quelque chose de totalement différent de ce qu’on peut voir à Avignon d’habitude. Que ça ne rentre pas dans les cases traditionnelles du spectacle à Avignon. Il faut aussi dire qu’on a joué deux fois la pièce à Londres. Là encore, c’était quelque chose de différent. Le public diffère à chaque fois. On peut même dire qu’à Londres, les réactions étaient différentes en fonction de certaines blagues. Donc on a hâte de jouer en Tchéquie parce que c’est un pays qui est marqué par l’humour très noir. On pense que le public tchèque va s’amuser et profiter différemment que le public classique d’Avignon. Donc, on a vraiment hâte de voir comment ça va être reçu par le public tchèque. »

Raphael Ruiz et Daniela Hirsch | Photo: Anna Kubišta,  Radio Prague Int.

RR : « Les retours étaient toujours très positifs et relevaient souvent comment la pièce combine l’histoire scientifique et le burlesque. On nous a aussi beaucoup parlé de la musique de Nathan Saudek qui était vraiment formidable et évocatrice. »

DH : « Le style de jeu de mon frère Raphael aussi est mis en lumière : il laisse son âme sur la scène. »

RR : « Je deviens Charcot ! »

DH : « Ce qu’il fait sur scène ne cesse de m’impressionner. Moi et le public, en tout cas. Le reste des acteurs aussi sont formidables. Pour moi, c’était la première fois où je jouais dans une pièce où on continuait à la transformer au fur et à mesure. A Avignon, on voyait que quelque chose ne marchait pas et on adaptait. C’était du ‘work in progress’ constant. Même maintenant, à Prague, pendant les répétitions ça évolue chaque jour. »

Vous mentionniez Nathan Saudek que nous avions accueilli sur cette antenne l’an dernier pour évoquer sa famille et sa vie. C’est lui qui s’est occupé de la musique qui est en live pendant la pièce.

RR : « Oui, exactement. C’est assez spécial. Chaque nuit, pour chaque spectacle, il change un peu la musique.

DH : « Il y a une base existante, mais il adapte à chaque fois. Il collabore beaucoup avec le metteur en scène ainsi qu’avec les acteurs. Sa musique est presque comme un autre personnage de la pièce. Et on le sait très bien, parce que quand on répète sans Nathan, il y a quelque chose qui manque. Puis Nathan vient et là on est au complet. »

RR : « Avec sa musique, on est immédiatement plongé dans l’atmosphère. La musique est parfaite pour la pièce. »

Auteur: Anna Kubišta
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