Jeux paralympiques d’hiver : avec déjà deux médailles, les Tchèques ont mis fin à une longue attente

Cela faisait seize ans, depuis Vancouver en 2010, que les Tchèques n’avaient plus remporté de médaille aux Jeux paralympiques d’hiver. Une longue attente à laquelle deux sportives malvoyantes, Carina Edlinger et Simona Bubeníčková, deuxièmes respectivement des épreuves de sprint et individuelle en biathlon, ont mis fin à Milan-Cortina.

Il y a encore un mois, Carina Edlinger (nom auquel les Tchèques ajoutent le suffixe « ová ») ne savait même pas si elle serait autorisée à participer à ces Jeux de Milan-Cortina. Autrichienne d’origine, née dans la belle thermale de Bad Ischl, où le compositeur allemand Johannes Brahms a résidé à plusieurs reprises en villégiature durant sa carrière et même composé plusieurs de ses œuvres, Carina Edlingerová ne représente en effet la République tchèque que depuis cette saison.

Spécialiste du ski de fond, discipline dans laquelle elle a décroché trois médailles olympiques à Pyeongchang et à Pékin en 2018 et 2022 sous les couleurs de l’Autriche, elle a décidé de changer de nationalité sportive en raison du soutien qu’elle considérait comme insuffisant de la Fédération autrichienne de ski. Toutefois, la Fédération internationale de ski ne l’ayant pas autorisée à prendre part à ses compétitions précisément en raison de son changement de nationalité sportive, c’est vers le biathlon que la jeune Tchèque d’adoption, qui souffre d’une maladie héréditaire de la rétine depuis son enfance, a été contrainte de se tourner.

 Carina Edlinger avec son guide Alexandre Patava | Photo: Sarah Meyssonnier,  Reuters

Un choix payant puisque dès sa première course samedi dernier à Tesero, site où se tiennent les épreuves à la fois de ski de fond et de biathlon lors de ces Jeux paralympiques, Carina Edlinger a décroché la médaille d’argent dans l’épreuve de sprint (7 kilomètres), après avoir été devancée de 28 secondes par la Chinoise Yue Wang.

 Carina Edlinger avec son guide Alexandre Patava | Photo: Sarah Meyssonnier,  Reuters

« Je suis très heureuse d’avoir offert à la République tchèque sa première médaille en biathlon aux Jeux paralympiques. C’est un honneur pour moi en tant que ‘nouvelle Tchèque’ ! Franchement, je suis surprise moi-même de ma bonne performance au tir car je ne suis pas une spécialiste du biathlon. D’ailleurs, beaucoup de gens ces derniers mois m’avaient conseillé de laisser tomber en me disant que je n’y arriverais pas. Mais cela a été pour moi une source de motivation supplémentaire. Je suis d’autant plus heureuse que cette médaille d’argent est ma première, jusque-là je n’avais que l’or et le bronze. »

Très vite, dès le lendemain, une deuxième médaille d’argent est venue s’ajouter à cette première. Déjà quatrième du sprint, Simona Bubeníčková a pris la deuxième place de l’épreuve individuelle (12,5 km), une course là aussi remportée par la Chinoise Yue Wang.

Bien qu’étant elle aussi davantage une spécialiste du ski de fond, comme le confirme son titre de championne du monde en titre  du 10 kilomètres style classique, Simona Bubeníčková, dont une maladie du nerf optique lui a progressivement fait perdre la vue, est ainsi montée, à seulement 17 ans, sur un podium olympique dès sa deuxième course aux Jeux. Auteure d’une seule faute au tir, alors qu’elle ne se consacre au biathlon que depuis cette saison, Simona Bubeníčková a elle aussi confié son bonheur au micro de l’envoyé spécial de la Télévision tchèque :

Simona Bubeníčková | Photo: Action Press/Shutterstock Editorial/Profimedia

« J’étais beaucoup plus calme et tranquille qu’hier avant le départ du sprint. Cela m’a aidée à partir très vite, même si à partir du quatrième tour j’ai commencé à me demander si je serais capable de tenir à ce rythme jusqu’au bout. C’est d’ailleurs sans doute ce qui m’a fait commettre une erreur au dernier stand de tir. Mais je suis repartie en me disant qu’il fallait tout donner jusqu’à l’arrivée. Je ressens beaucoup d’émotion, je suis heureuse pour tous les gens qui m’ont toujours aidée et soutenue. Bien sûr, je prends toujours le départ d’une course avec l’envie de gagner, mais après la déception de ma quatrième place au sprint, je me suis dit qu’il ne fallait pas faire une obsession d’une médaille. Donc, voilà, je suis partie aujourd’hui avec l’idée de profiter et de faire de mon mieux, et tout s’est finalement magniquement bien passé. »

Simona Bubeníčková et son guide David Šrůtek | Photo: Action Press/Shutterstock Editorial/Profimedia

Plus grand talent parmi les vingt-quatre sportifs tchèques présents en Italie, pour ce qui constitue une délégation record dans l’histoire des Jeux paralympiques, Simona Bubeníčková est indéniablement celle dont les performances qui, avec celles de l’équipe des para-hockeyeurs sur glace qualifiés pour les demi-finales de ce tournoi olympique (où ils affronteront les États-Unis, champions en titre, vendredi), sont suivies avec la plus grande attention par le public et les médias tchèques.

Et même si une chute en demi-finales dans l’épreuve de sprint, en ski de fond cette fois, a probablement empêché Simona Bubeníčková de monter sur un nouveau podium mardi, il est néanmoins fort à parier que ce n’est là que partie remise et qu’une nouvelle médaille olympique, peut-être bien même du plus beau des métaux, récompensera dans les prochains jours sa régularité au plus haut niveau ces deux dernières saisons.

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