Pétrole : les Tchèques prêts à inverser le flux de l’oléoduc Droujba pour aider leurs voisins slovaques
Disposée à prendre la tête de la mission européenne d’inspection qui sera chargée d’évaluer l’état réel d’endommagement de l’oléoduc Droujba en Ukraine, par lequel transite le pétrole russe en direction de la Slovaquie et de la Hongrie, la République tchèque est prête également à entreprendre des investissements sur la partie de l’oléoduc se trouvant sur son territoire afin d’offrir à la Slovaquie une nouvelle source d’approvisionnement.
C’est ce qu’a déclaré, mercredi 18 mars, le ministre de l’Industrie et du Commerce, Karel Havlíček, lors de la visite à Prague de la ministre slovaque de l’Économie, Denisa Saková :
« Lundi, une réunion du Conseil des ministres de l’économie de l’Union européenne s’est tenue à Bruxelles lors de laquelle la question de Droujba a été abordée et où j’ai confirmé que nous étions prêts à proposer à la Slovaquie d’inverser le flux du pétrole que nous achetons à Trieste. Après certains aménagements techniques et pendant une certaine période, cela permettrait de proposer ce pétrole également à la Slovaquie, y compris sous la forme de produits finis. »
Lorsqu’en 2022, suite au début de l’agression à grande échelle de l’Ukraine par la Russie, l’UE a interdit la quasi-totalité des importations de pétrole russe, trois pays ont obtenu une dérogation. Trois pays parmi lesquels, outre la Slovaquie et la Hongrie, figurait également la République tchèque. Mais très vite, cette dernière est parvenue à diversifier ses sources d’approvisionnement, notamment en agrandissant l’oléoduc TAL qui part de l’Italie vers l’Allemagne, jusqu’à finalement pouvoir fermer le robinet de Droujba une bonne fois pour toutes en 2025, après plus de soixante années d’exploitation d’une canalisation qui, depuis l’est de la Russie, alimentait autrefois l’ensemble de l’Europe de l’Est en pétrole brut.
Sans accès elle non plus à la mer, la Slovaquie, sur le territoire de laquelle l’oléoduc Droujba entre par l’Ukraine avant de se diviser en deux branches dont l’une part vers le nord en directrion de la République tchèque et l’autre vers le sud en Hongrie, est, elle, restée presque entièrement dépendante du pétrole russe.
La situation actuelle, après que l’oléoduc - selon les autorités ukrainiennes - a été endommagé par une attaque russe à la fin du mois de janvier, complique donc notoirement les livraisons de pétrole russe en Slovaquie. Tandis que Bratislava et Budapest accusent les autorités ukrainiennes de retarder sa remise en service, Kiev affirme de son côté que la réparation des dommages subis nécessite du temps. Mais à l’approche des élections législatives en Hongrie, qui pourraient être marquées par une défaite d’un Viktor Orban qui bloque un prêt européen de 90 milliards d’euros destiné à l’Ukraine, et alors que la Slovaquie de Robert Fico défend elle aussi une position prorusse, ces tensions cachent également un fort enjeu géopolitique.
Et c’est donc dans ce contexte que la République tchèque propose de s’impliquer dans le réglement de ce différend, comme l’a expliqué Karel Havlíček :
« Concernant les négociations entre la Slovaquie, la Hongrie et l’Ukraine, qui sont marquées par des interprétations différentes quant à l’évaluation de l’endommagement réel de l’oléoduc Droujba et, par conséquent, par l’interruption des livraisons de pétrole vers ces deux pays, nous nous tenons prêts, en coordination avec l’UE, à faire partie de l’équipe d’experts proposée par l’UE pour évaluer la situation sur place. Nous avons fait savoir également que nous disposons de suffisamment d’experts et d’un certain savoir-faire pour éventuellement diriger cette équipe. »
« Non seulement parce que nous avons nous aussi utilisé l’oléoduc Droujba, mais aussi parce que nous avons des sociétés telles que Mero (propriétaire et exploitante en République tchèque des oléoducs Droujba et IKL - qui permet le transport du pétrole brut d’Allemagne vers les raffineries tchèques) et Čepro. Nous serions donc en mesure de dépolitiser le problème actuel en l’envisageant de manière plus objective et technique, et donc de faire partie de cette équipe européenne d’inspection qui se rendra en Ukraine. »
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Plus proche de Prague et de Bratislava, la volonté du nouveau gouvernement d’Andrej Babiš de relancer les relations avec le cabinet de Robert Fico, explique aussi pourquoi la République tchèque a proposé à la Slovaquie d’effectuer les travaux nécesssaires afin de pouvoir faire circuler le pétrole en provenance d’Italie également dans sa direction. En présence de représentants des différentes entreprises tant tchèques que slovaques qui seraient directement concernées, le ministre de l’Industrie a même déjà donné un contour chiffré très concret au projet envisagé :
« En ce qui concerne les investissements, la première phase consisterait à consacrer jusqu’à un milliard de couronnes (41 millions d’euros) aux aménagements de l’oléoduc Droujba de manière à pouvoir inverser le flux de pétrole en direction de la Slovaquie. Selon nos estimations, d’ici deux à trois ans, cela pourrait représenter deux à trois millions de tonnes de pétrole vers la Slovaquie. »
En attendant, pour tester ce flux inversé et étudier plus concrètement la faisabilité du projet, un groupe de travail composé de représentants du transporteur de pétrole slovaque Transpetrol, de l’entreprise de raffinerie et de distribution de produits pétroliers Slovnaft (filiale du groupe hongrois MOL) et des sociétés tchèques Mero et Čepro a été mis sur pied avec pour mission de présenter un plan plus détaillé d’ici à la fin du mois d’avril.








