Il y a 550 ans, Perchta de Rosenberg, la Dame blanche des châteaux tchèques, mourait

Un portrait présumé de Perchta de Rosenberg

Surnommée la Dame blanche, avant de devenir le plus célèbre des fantômes des châteaux tchèques, Percha de Rosenberg avait en réalité été victime d’arrangements politiques, de l’indifférence familiale et de cruelles violences domestiques. Sombre et fascinante à la fois, son histoire intéresse aujourd’hui les visiteurs du monde entier.

Une noble de Bohême victime d’un mariage de raison

Český Krumlov dans le tableau « La répartition des roses » | Photo: Tomáš Záhoř,  NPÚ ÚOP Telč,  Château de Telč

Née en 1429 dans la puissante famille des Rosenberg, qui dominait une grande partie du sud de la Bohême, Perchta passe son enfance au château de Český Krumlov, qui est aujourd’hui l’un des monuments les plus visités du pays.

En 1449, elle est mariée à Jan V de Liechtenstein, un membre de la noblesse morave. L’amour n’avait rien à voir avec cette union, qui était en fait un accord établi pour des raisons de politique et d’argent. En effet, les Rosenberg avaient des difficultés financières et les Liechtenstein avaient besoin d’une dot. Perchta n’était qu’un des éléments de la transaction.

Après son mariage, elle se retrouve loin de chez elle, en Moravie, entourée de personnes qui, en réalité, ne veulent pas d’elle : son mari est impulsif et despotique ; la mère et les sœurs de celui-ci voient en elle une intruse. Elles lui interdisent de prendre place autour de la table familiale, ne lui donnent pas à manger, disent du mal d’elle et montent son mari contre elle.

Les portraits présumés de Perchta de Rosenberg et Jan V de Liechtenstein | Photo: Institut national du patrimoine,  NPÚ

Lorsque les paiements échelonnés de la dot prennent du retard, Jan déverse sa frustration sur Perchta. Il la bat, l’isole et finit par la déloger des appartements de la famille. Elle est contrainte de vivre dans une petite pièce en pierre qu’elle ne peut pas chauffer. Elle dort sur un lit en bois nu, sans matelas, oreiller ni couverture, et sa belle-mère refuse de lui prêter ne serait-ce qu’un édredon. Dans ses lettres, elle implore sa famille de lui envoyer des vêtements chauds parce qu’elle a froid la nuit.

Des lettres qui en disent long sur le Moyen Age

Une lettre de Perchta de Rosenberg | Photo: Institut national du patrimoine,  NPÚ,  CC BY-NC-ND 3.0 CZ

Quelque 32 lettres envoyées par Perchta à son père et à ses frères entre 1449 et 1470 ont été conservées. Crues, pleines d’émotion et étonnamment ouvertes, elles font partie des documents personnels les plus précieux du Moyen Age tchèque.

« Cher père, aie pitié de moi comme un père a pitié de son enfant, » écrit-elle dans l’une d’entre elles. Dans une autre, elle supplie son frère Jošta : « Libère-moi de ces personnes cruelles, et tu auras autant de mérite que si tu avais libéré une âme du purgatoire ! »

Néanmoins, sa famille n’intervient pas : la politique est plus importante que la souffrance d’une seule femme. Quant au divorce, à cette époque, dans la pratique, c’était impossible.

Une lettre de Perchta de Rosenberg | Photo: Institut national du patrimoine,  NPÚ,  CC BY-NC-ND 3.0 CZ

La mort comme une délivrance

Perchta de Rosenberg | Photo: Wolfgang Sauber,  Wikimedia Commons,  CC BY-SA 4.0

Les informations concernant la situation de Perchta parviennent finalement jusqu’au roi Georges de Poděbrady, l’un des souverains tchèques les plus puissants du XVe siècle. Il parle au mari de Perchta, mais cela ne n’aboutit qu’à une légère amélioration de ses conditions.

En 1473, Jan V meurt. D’après la légende, sur son lit de mort, il aurait supplié Perchta de lui accorder son pardon. Néanmoins, celle-ci aurait refusé de le lui donner, et lui l’aurait donc maudite. Quoi qu’il en soit, avec la mort de son mari, Perchta retrouve enfin sa liberté. Néanmoins, elle n’en profite pas longtemps : elle y meurt en 1476, seulement trois ans après son bourreau.

La légende de la Dame blanche des châteaux tchèques

Après sa mort, on commence à entendre des histoires d’apparitions d’une femme fantôme portant une robe blanche, et ce dans les châteaux liés à la famille des Rosenberg, principalement à Český Krumlov, mais aussi dans d’autres sites de Bohême du Sud.

Une Dame blanche au château de Starý Jičín | Photo: Arnošt Pokorný,  Hrad Starý Jičín

Symbole de tristesse et de pureté, la couleur blanche correspondait tout à fait au destin de Perchta. Au XVIIe siècle, l’historien Bohuslav Balbín découvre ses lettres dans les archives de la ville de Třeboň, et il fait le rapprochement avec les légendes populaires. Et c’est ainsi que cette malheureuse femme est devenue le plus célèbre des fantômes tchèques.

mots clefs:

En relation