Papillonner dans la nature tchèque pour aider à recenser les papillons

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Tout au long de cette semaine, les Tchèques peuvent participer à un recensement national des papillons. Il s’agit de la 2e édition de l’opération appelée « Motýlí půlhodinka » (La demi-heure des papillons), lancée pour la première fois au printemps dernier et unique en son genre en Europe centrale.

« Les papillons sont importants pour la nature en Tchéquie, comme dans toute l’Europe, parce que leur présence nous en dit beaucoup sur le bien-être d’un écosystème. Là où vivent des espèces variées de papillons, il existe une diversité d’autres espèces d’animaux et de plantes également. C’est aussi un milieu naturel propice pour l’homme. »

Quelque 160 espèces de papillons de jour vivent en Tchéquie, précise David Číp, membre du groupe international de protection JARO, qui organise le recensement des lépidoptères en collaboration avec plusieurs institutions scientifiques du pays.

L’apollon | Photo: Institut entomologique du Centre de biologie de l’Académie des Sciences

Près de 11 % des espèces ont déjà disparu, dont par exemple l’apollon (jasoň červenooký en tchèque), identifiable à ses ailes blanches colorées par des cercles noirs et rouges que les scientifiques tchèques, aidés par leurs collègues polonais, tentent de réintroduire dans la nature 90 ans après sa disparition.

Si les scientifiques effectuent continuellement, de leur côté, le recensement des papillons partout en Tchéquie, ils ont décidé, pour la première fois cette année, de lancer une opération nationale de comptage :

David Číp | Photo: Skupina JARO

« Les changements au sein de la population des papillons sont significatifs et dynamiques », explique David Číp : « on observe, certes, le déclin des papillons, mais aussi une évolution liée au changement climatique, donc une apparition de plus en plus fréquente d’espèce thermophiles en Tchéquie qui tendent à remplacer les espèces résistantes au froid. Pour mener les observations comme il se doit, la communauté scientifique n’est pas suffisamment nombreuse. Voilà pourquoi nous avons besoin de l’aide du grand public. »

Pour participer, pas besoin d’être un spécialiste. Il faut choisir un moment propice : profiter d’un temps ensoleillé et peu venteux. L’observation se fait le mieux dans la matinée car les papillons, eux aussi, aiment faire la sieste en début d’après-midi.

Ils affectionnent les jardins fleuris, les prairies ou la forêt, mais pour les voir virevolter, il faut parfois se tourner vers des endroits auxquels on n’aurait peut-être pas pensé...

Photo: Magdalena Hrozínková,  Radio Prague Int.

Une ancienne carrière plutôt qu’un jardin à papillons

« Les anciennes carrières, les voies ferrées ou les cimetières sont les lieux qui se prêtent le mieux à l’observation des papillons. Ou plus précisément, ce sont les rares endroits où l’on peut encore voir les papillons. C’est bien connu : l’une des principales menaces qui pèsent sur les espèces est la disparition de leur habitat. Le problème aujourd’hui, c’est que les prairies, les jardins, les pelouses et les espaces verts en général sont soit trop entretenus, donc trop souvent fauchés ou tondus, soit pas assez entretenus, donc délaissés et totalement envahis par la végétation. »

Photo: Štěpánka Budková,  Radio Prague Int.

« L’un des objectifs du recensement des papillons est d’attirer l’attention du public sur leur sauvetage et sur la protection de la nature en tant que telle. En effet, depuis la première opération papillons, on parle beaucoup plus qu’avant du sujet en Tchéquie. Des centaines de personnes y ont participé et elles étaient nombreuses à s’étonner du déclin des papillons dans la nature, phénomène dont elles ne s’étaient jamais rendues compte auparavant… Quand vous allez vous promener pour recenser les papillons et que vous n’en croisez pas un seul, cela vous interpelle ! »

En Tchéquie aussi, créer un jardin à papillons (motýlí louka) est devenu populaire, mais attention : comme le remarque David Číp, les graines vendues à cet effet en Europe centrale proviennent… de l’Amérique du Nord ! Par conséquent, les plantes qui sont ainsi semées sont belles, mais n’ont aucun bénéfice pour les papillons locaux et sont même dangereuses pour la biodiversité, car des espèces invasives peuvent ainsi être apportées en Europe.

Photo: Josef Kopecký,  ČRo

L’odyssée de la belle-dame

Photo: Jolana Nováková,  ČRo

Si on a donc de la chance d’observer des papillons dans la nature en Tchéquie, il suffit, pour aider à les recenser, de remplir le formulaire qui est à télécharger sur le site de l’organisation JARO et de l’envoyer à celle-ci. L’opération a aussi pour but de communiquer au grand public quelques-unes des curiosités liées à la vie éphémère de ce bel insecte aux mille teintes. David Číp nous fait découvrir l’un des secrets des papillons :

La belle-dame | Photo: JirkaSv,  Wikimedia Commons,  public domain

« Beaucoup de gens ne savent pas qu’il existe non seulement les oiseaux migrateurs, mais également les papillons migrateurs ! L’un d’entre eux, la belle-dame (babočka bodláková), peut parcourir des centaines de kilomètres. En l’espace de plusieurs générations, ce petit animal arrive à se déplacer de l’Afrique jusqu’à l’Islande. On peut parfois apercevoir des nuées de belles-dames qui arrivent chez nous depuis l’Europe du sud… C’est vraiment fascinant. »

La 2e édition de La demi-heure des papillons se poursuit en Tchéquie jusqu’au 21 juillet. L’opération se déroulera désormais deux fois par an, au printemps et en été.

Photo: Jana Myslivečková,  ČRo