Poděbrady expose le traité d'amitié tchéco-français de 1464

Le traité d'amitié tchéco-français de 1464, photo: ČTK

A cinquante kilomètres à l'est de Prague, longeant les deux rives du fleuve de l'Elbe, se trouve Poděbrady : ville thermale de 14 000 habitants connue pour ses sources minérales aux effets bénéfiques pour le cœur, et son château considéré comme le lieu de naissance du roi Georges de Poděbrady. Outre les curistes, des centaines de visiteurs sont venus les journées du 1er au 4 mars à Poděbrady, pour assister aux célébrations du 550e anniversaire de la mission de paix envoyée par le roi de Bohême Georges au roi de France, Louis XI.

Le traité d'amitié tchéco-français de 1464,  photo: ČTK
Dimanche dernier, les visiteurs du musée régional de Poděbrady n'ont eu que neuf heures pour admirer l'original du traité d'amitié signé le 18 juillet 1464 à Dieppe par les représentants du roi de France, Louis XI, et les ambassadeurs du roi de Bohême, Georges de Poděbrady. Exposé dans le cadre des célébrations dédiées au 550e anniversaire de la mission diplomatique du roi Georges, l'original rarissime du traité est remplacé dès ce lundi par un fac-similé :

« Le traité est l'unique texte original qui ait été préservé, et il a un lien très étroit avec le projet de paix du roi Georges de Poděbrady négocié pendant l'été 1464 à la cour du roi de France. »

Ces propos sont ceux de Danko Čumlivski, administrateur des Archives de la couronne de Bohême, qui a assisté au déplacement du document précieux des Archives praguoises au musée de Poděbrady. Trois fois seulement dans son histoire, le traité a été sorti du fond d'un coffre-fort pour être exposé au public : en 1958, en 1988, et en 2001. Cette fois, à Poděbrady, il s'agissait de la première exposition en dehors de Prague. Danko Čumlivski revient sur le contexte historique de l'envoi d'une mission d'ambassadeurs du roi Georges à la cour du roi de France, il y a 550 ans de cela :

Georges de Poděbrady
« Georges de Poděbrady avait besoin d'alliés pour sa politique étrangère. A l'issue des guerres hussites, le royaume de Bohême avait adopté les deux religions qui coexistaient alors : catholique et utraquiste. Le concile de Bâle a confirmé à la Bohême cette spécificité, or les pressions de la curie papale menaçant d'une croisade augmentaient. Georges avait besoin d'alliés pour défendre le Calice, le royaume de Bohême, son intégrité, et pour montrer que le pays n'était pas hérétique et que son souci premier était la paix universelle. La mission d'ambassadeurs est partie de Prague le 16 mai 1464 en direction de Paris. Dans le projet d'union pacifique pan-européenne, le mot décisif devait incomber au roi de France. L'initiative prévoyait par ailleurs la conclusion d'un traité bilatéral entre les deux rois et les deux royaumes. »

La statue de Georges de Poděbrady,  photo: Archives de Radio Prague
Les sons des fanfares ont retenti dimanche, devant le musée de Poděbrady qui expose le traité d'amitié tchéco-français. Une messe a été célébrée par l'Eglise hussite tchécoslovaque en l'honneur de la mission diplomatique du roi Georges. Des fleurs ont été déposées devant la statue équestre du souverain, œuvre de Bohuslav Schnirch qui orne depuis 1896 la place portant le nom de l'unique roi de Bohême non catholique, de sang non royal, issu de la basse noblesse morave. Il n'empêche que selon certaines sources, Georges est né au château de Poděbrady, propriété des seigneurs de Kunštát au XVe siècle. Une exposition installée dans la chapelle du château est dédiée à la vie et aux actes du roi Georges. Pour l'historien du musée de Poděbrady Petr Šorm, la légende selon laquelle Georges est né ici remonte au milieu du XVIIIe siècle, période de remaniement de la demeure gothique par le célèbre architecte baroque Maxmilian Kaňka:

Château de Poděbrady,  photo: Miloš Turek
« Celui-ci a trouvé dans la documentation relative au château une mention selon laquelle Georges de Podebrady était né le 23 avril 1420 dans la salle adjacente à la chapelle. Au XIXe siècle, période du Réveil national, la légende a été propagée par de nombreux historiens et dès lors, le château de Poděbrady est considéré comme le lieu de naissance du roi Georges. Sur les fresques qui ornent la chapelle, le plus intéressant est le fragment du Jugement dernier représentant, en haut, Jésus-Christ avec un nimbe de gloire autour de la tête, entouré de rois sauvés, tandis qu'en bas, on aperçoit des mauvais rois, ceux qui après avoir refusé le projet de Georges subissent des peines éternelles. »

L'exposition montre Georges de Poděbrady comme un précurseur de l'idée de l'Europe unie. Son « Traité d'instauration d'une paix durable dans l'ensemble de l'Europe chrétienne » prônant les principes de souveraineté, de non-ingérence et de solution des conflits devant un tribunal international, n'a finalement pas trouvé un écho favorable auprès des rois et ducs de Pologne, de Hongrie, de Venise, de Saxe ou de Brandebourg. Seul le roi de France Louis XI était d'accord pour conclure un traité d'amitié bilatéral entre les royaumes de Bohême et de France. La fin du règne du roi Georges de Poděbrady a été plutôt dramatique. Excommunié par le pape qui a même organisé une croisade contre lui, il meurt le 22 mars 1471. Il est le dernier roi tchèque sur le trône de Bohême.

Photo: Štěpánka Budková
Aujourd'hui, Poděbrady est une ville thermale calme et accueillante, avec une multitude de parcs, de pistes cyclables et piétonnes le long de l'Elbe, et de lacs aux alentours. Ses sources d’eau gazeuse possèdent de riches propriétés curatives pour les maladies cardiovasculaires et de la circulation, et certaines affections de l'appareil moteur. La naissance des thermes est commémorée par une plaque dans la deuxième cour du château qui indique que c'était ici, le 31 juin 1905, que la première source d'eau minérale alcaline était découverte, à une profondeur de 96,7 mètres. Le prince Arnošt Filip Hohenlohe, alors propriétaire d'une partie de Poděbrady, y a fait venir le baron Karl Bülow, sourcier très recherché à l'époque, comme le raconte Jana Hrabětová, guide touristique à Poděbrady :

La première source d'eau minérale alcaline,  photo: Archives de Radio Prague
« Nous voilà devant une plaque en fer assez modeste mais qui a une importance énorme pour l'histoire moderne de Poděbrady. Car c'est à cet endroit que la première source d'eau minérale a été détectée. En creusant le puits, au travers des couches de marne, les travaux ont failli s'arrêter à une profondeur de 90 mètres, car le prince Hohenlohe ne pensait plus financer cette entreprise. On dit que le pharmacien Jan Hellich, fondateur du musée de Poděbrady, l'a convaincu de continuer jusqu'à la profondeur de 100 mètres. La source est apparue à 96,7 mètres. Les analyses chimiques ont confirmé une composition analogue à celle d'une station thermale allemande très populaire à l'époque. Cela a persuadé le prince Hohenlohe de fonder ici les thermes. »

Photo: Miloš Turek
Le premier bâtiment appelé « Thermes princiers » a été solennellement inauguré le 15 juin 1908. La splendide colonnade conçue dans le style du classicisme a ouvert trois ans plus tard, parallèlement au premier parc romantique. La colonnade et les espaces verts forment aujourd'hui un seul parc central, avec des allées à deux ou trois rangées d'arbres, complété de sculptures, fontaines, et lacs artificiels. Sur la plupart des cartes postales de Poděbrady, on aperçoit une plate-bande de fleurs en forme de montre. Depuis 1937 qu'elle a été créée dans le parc en face de l'entrée des thermes centraux, cette montre est devenue un certain symbole de Poděbrady, tout comme le slogan qui dit que Poděbrady, c'est bon pour le cœur.

Photo: Archives de Radio Prague
Avant de quitter Poděbrady, notre guide nous informe que des cours de tchèque pour étudiants étrangers sont donnés dans une partie du château de Poděbrady où le roi Georges serait né. Depuis 2012, une école élémentaire de Poděbrady porte le nom de Václav Havel en hommage au président qui l’a fréquentée dans sa jeunesse.

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