Polémique autour de la création de l'Institut de la mémoire

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Une institution qui fait défaut en République tchèque, l'Institut de la mémoire, devrait bientôt voir le jour. Le débat du projet sénatorial proposant la création de cet institut a toutefois divisé la chambre. Avons-nous besoin d'une institution chargée d'étudier l'histoire de l'ère communiste couvrant les années 1948 - 1989 ? Cette étude, pourra-t-elle être objective, dans la forme proposée ? Des réponses d'historiens et de politiciens, dans cette page d'histoire.

La création de l'Institut de la mémoire est une initiative d'un groupe de sénateurs de droite qui jugent utile que la RT ait une institution qui concentrerait sous sa gestion l'ensemble des fonds d'archives de la période du communisme, donc ceux qui sont aujourd'hui gérés par le ministère de l'Intérieur et l'Office d'investigation et de documentation des crimes du communisme /UDV/. L'Institut de la mémoire rendrait ces fonds accessibles au public, y compris les dossiers de l'ancienne police communiste, la StB, et publierait les résultats de ses recherches. Sa tâche serait également de fournir aux organes de l'Etat les éléments servant à délivrer les certificats de lustration. Aujourd'hui, la seule institution active en matière d'étude du passé et des crimes du communisme, c'est l'Office d'investigation et de documentation UDV, mais qui a des compétences limitées, au niveau de la diffusion d'informations. Le sens de l'Institut de la mémoire est expliqué par l'historien Pavel Zacek :

L'historien Petr Blazek, est convaincu de ce que la RT, de même que la Slovaquie ou la Pologne, a besoin d'une institution examinant les crimes du communisme :

Petr Blazek
«L'Institut de la mémoire en tant qu'institution rendant accessibles les documents de l'appareil répressif et de sécurité, effectuant le travail de recherche et d'enseignement et coopérant avec ses partenaires à l'étranger est utile. Il nous faut quelqu'un qui étudiera un très grand volume de matériaux réunis par l'appareil de sécurité communiste. Pour que ces archives soient sauvegardées et étudiées, pas seulement à des fins historiques, cette institution sera la bienvenue. »

La création de l'Institut de la mémoire divise les politiciens de droite et de gauche. Ces derniers le trouvent inutile du fait que toutes les informations auxquelles il devrait donner l'accès du public sont déjà accessibles. Le député communiste Vojtech Filip est son principal adversaire :

« Il s'agira de concentrer les informations dans un seul centre et donc, de leur abus politique. Le projet n'a pas de sens du fait que toutes les informations qui devraient être rendues publiques par cet institut sont d'ores et déjà accessibles, aux termes de la loi sur l'accès aux registres de la StB. Puisque très peu de gens s'y intéressent, à ma connaissance quelque 4% des citoyens, cela signifiera dépenser beaucoup d'argent pour créer une institution qui n'intéresse pas la majorité de la société. Ce qui aurait un sens, ce serait de documenter l'histoire tchèque depuis 1620, date de la bataille de la Montagne Blanche, qui a marqué le début des plus importants transferts patrimoniaux. »

Les députés sociaux-démocrates sont moins critiques à l'égard de la création de l'Institut de la mémoire. Ce qui ne plait pas à Zdenek Jicinsky, historien, c'est que l'institut est en train de naître sur commande politique et l'étude du passé devrait être définie par une loi:

« L'ordre juridique, ainsi que les lois, ne doivent pas juger l'Histoire. Examiner l'histoire est une tâche de la science historique. Prononcer des jugements autoritaires, résolus, sur l'histoire, par l'intermédiaire de la loi, n'est pas juste, à mon sens. Ce n'est pas en accord avec la conception de la liberté de la science dans un Etat démocratique de droit. »

Le député social-démocrate et ancien ministre de l'Intérieur, Frantisek Bublan, est plutôt favorable à l'idée d'une étude du passé, mais avec quelques réserves :

« Je sais très bien comment était la réalité et je sais aussi ce qu'on en avait écrit dans les registres : souvent la vérité était un peu différente, plus dure.

Bohumil Laušman, foto: ČTK
Je soutiens l'idée de création de l'Institut de la mémoire mais je ne veux pas qu'il devienne un instrument politique. Ce que je souhaite, c'est que les travaux soient objectifs, qu'ils soient effectués par des historiens et chercheurs, non pas par des politiciens, et surtout, que ce ne soit pas une soupape : je crains une fuite d'informations qui seraient ensuite médiatisées, sans commentaire quelconque. »

L'examen des crimes du communisme n'est pas un chapitre clos de l'histoire. Pour l'historien Petr Koura, il est nécessaire de connaître la substance même du régime communiste, non seulement de son appareil répressif, mais aussi de ses mécanismes de domination de la société, des mécanismes de la peur qui contraignaient les gens à obéir. Selon lui, les institutions qui étudient le passé n'ont pas encore répondu à toutes les questions. Ainsi, le bilan des crimes du communisme, tel que nous le connaissons, n'est peut-être pas définitif, et ses victimes ont droit à ce que ces crimes soient entièrement élucidés.