Pollution de l’air : le ministère de l’Environnement attaqué en justice

Photo illustrative: Zdeňka Kuchyňová

Le plan de lutte contre la pollution atmosphérique du ministère de l’Environnement est inopérant et inefficace. C’est ce que pense la coalition Vlasta, qui rassemble divers mouvements politiques dans le 10e arrondissement de Prague, qui a décidé de porter plainte contre le cabinet du ministre Richard Brabec (ANO), lequel a déjà fait récemment l’objet d’attaques semblables de la part d’associations citoyennes, par exemple à Brno et à Ostrava. Les plaignants veulent que la justice annule le programme du ministère pour que celui-ci soit contraint de revoir sa copie.

Photo illustrative: Zdeňka Kuchyňová
Dans un rapport publié mardi dernier, l'Organisation mondiale de la santé (OMS) estime que plus de neuf dixièmes de la population mondiale respire un air trop pollué. L’institution fournit une carte où la République tchèque apparaît dans le groupe des pays européens, à l’est et au sud-est du continent, les plus affectés par la pollution atmosphérique.

A Prague, les seuils maximaux fixés par l’Union européenne en ce qui concerne la concentration de particules fines dans l’air, des oxydes d’azote et des benzopyrènes sont ainsi régulièrement dépassés. Une situation qui n’est pas sans impactée la santé des habitants de la capitale avec des risques accrus en termes de maladies respiratoires et chroniques, ainsi que de pathologies cardio-vasculaires. C’est ce dont a pris conscience Olga Richterová, membre du parti pirate et de la coalition Vlasta, qui est à l’origine de la plainte déposée auprès du tribunal municipal de Prague contre le ministère de l’Environnement :

Olga Richterová, photo: Site officiel de Piráti z Prahy 10
« Je me suis progressivement aperçu que mon petit garçon, qui a actuellement deux ans et demi, malgré les petits détails qui changent et les espaces verts qui se développent, continuent à jouer le plus souvent avec ses petites voitures. En fait, c’est ce qu’il voit tout le temps autour de lui. Je constate maintenant que certains de ses problèmes de santé ne sont pas juste dus au hasard, ils peuvent être liés à l’environnement dans lequel nous vivons. »

Pour elle comme pour l’avocate Kristína Šabová, qui a élaboré le dossier de plainte, l’ennemi est clairement identifié, il s’agit des transports, une problématique qui serait abordée de façon trop superficielle par le ministère :

Photo illustrative: Filip Jandourek, ČRo
« Quand on parle des particules fines et notamment des particules en suspension PM10, le principal contributeur est le transport. Tant que la question des transports ne sera pas prise en compte, ne sera pas résolue, il est pratiquement exclue que la qualité de l’air s’améliore. »

Le « programme d’amélioration de la qualité de l’air », développé par le ministère et validé au printemps dernier, propose pourtant comme objectif une réduction des émissions polluantes liées aux transports de l’ordre de 40% d’ici à l’horizon 2020. Mais pour les détracteurs de ce plan, celui-ci n’a aucune chance d’aboutir puisqu’il ne propose ni calendrier, ni mesures réellement concrètes pour parvenir au but fixé.

Le ministère rejette en bloc ces allégations et dit ne pas envisager que la justice puisse enterrer son programme. Si tel était finalement le cas, l’adjoint au ministre Vladislav Smrž considère que cela serait une décision déplorable pour l’ensemble des acteurs et en particulier pour les localités qui souffrent le plus de la pollution de l’air puisqu’elles devraient attendre la conception d’une nouvelle version de plan de lutte :

« Les mesures que nous proposons sont très concrètes et elles sont pensées sur la base d’une importante documentation et d’analyses réalisées au sein du ministère, avec des universitaires et des ONG. Elles sont issues de programmes opérationnels sur l’environnement, sur les transports, etc., avec des chiffres et des calendriers concrets. Nous ne sommes donc pas d’accord avec ce qu’affirment les plaignants. »

Des plaignants qui ne viennent pas seulement de Prague. Des plaintes dirigées contre le ministère et contre son programme ont ainsi déjà été déposées ces derniers mois par des associations en Moravie, à Ostrava et à Brno, ainsi que dans la région d’Ústí nad Labem. Ces territoires ne sont pas tant concernés par la pollution issue des transports que par celle liée à l’industrie et au chauffage domestique et font régulièrement face à des épisodes de smog durant l’hiver. La balle est dans le camp de la justice qui dispose de trois mois pour se prononcer sur ces plaintes.